En Laponie, vit l’un des derniers peuples indigènes d’Europe, celui des Samis. Si ces derniers jouissent d’une belle et longue histoire, aujourd’hui, les voilà menacés par le changement climatique. Ces éleveurs de rennes font effectivement tout ce qui est en leur pouvoir afin de freiner le développement économique de leur région et les effets négatifs de ce dernier, se battant afin de préserver leur mode de vie et leurs traditions. Chasse, pêche, respect de la nature, le peuple Same vit en parfaite harmonie avec son environnement. Pas question donc, de tout chambouler au compte de l’activité humaine.

En Laponie, le peuple Sami tente, tant bien que mal, de préserver ses acquis. Aujourd’hui minoritaire dans la région, on estime le nombre de représentants de ce peuple indigène, à 88.000 environ. Selon les derniers chiffres, 55.000 d’entre eux vivent en Norvège, 25.000 en Suède, 6.500 en Finlande et environ 2.000 en Russie. Ces derniers vivent principalement de l’élevage de rennes, mais profitent également des bienfaits de la nature. Chasse, pêche et traditions rythment donc le quotidien de ce peuple dont la survie est aujourd’hui menacée.

Laponie - Rencontre avec les Samis

Qui sont les Sami ?

Une histoire riche et très ancienne

Féru de chasse, de pêche, de cueillette et d’élevage, le peuple Same a été nommé ainsi en référence au mot Sapmi, qui signifie l’ensemble de leurs territoires. Unis par la même langue, même si cette dernière se divise en neuf dialectes, les Samis partagent une histoire vieille de plus de dix mille ans. En effet, leur aventure remonte dès le début de la déglaciation. À l’époque, la région que nous connaissons aujourd’hui comme étant la Scandinavie était occupée par plusieurs petits groupes de nomades. Ce sont les ancêtres des Sames. Ces derniers étaient alors regroupés en Sijdan, des clans d’une dizaine de familles, dirigés par des sages. Toutes les richesses au sein du territoire étaient partagées entre les membres du clan.

Samis - éleveurs de rennes - Laponie

Christianisation et assimilation forcée

Cette façon de fonctionner va faire foi jusqu’au XVIIe siècle, lorsque le roi de l’époque, Charles IX de Suède, ordonne aux Samis de rejoindre la couronne et, par la même occasion, d’être soumis à l’impôt le tout, en suivant les préceptes de l’Église. Cette annonce suit la stratégie de christianisation alors en place à l’époque. En effet, le pouvoir en place voit d’un bien mauvais œil les rites et croyances païennes, qu’il considère comme une menace. Ce souhait est également marqué par les envies de développement commercial de l’époque. Le roi Charles IX souhaite obtenir les exclusivités des richesses des terres laponnes et surtout, contrôler la route d’Arkangelsk afin d’y développer une grande voie commerciale. Des églises sont installées dans la région avant que des colons suédois ne viennent également s’installer. Forges, cultures, ces derniers développent la vie sur place, recevant en échange, de nombreux avantages financiers. Les Sames eux, sont chassés de leurs terres, expropriées par le pouvoir.

En Norvège, en Finlande et en Russie, la situation est sensiblement similaire et les droits du sol sont imposés. De fait, certaines familles nomades se voient obligées de payer des impôts à deux, voire trois nations différentes, en fonction de la direction choisie. Un train de vie compliqué que l’industrialisation du continent européen ne viendra pas améliorer, bien au contraire même. En effet, les richesses minières abondent en Laponie, la colonisation se fait plus importante que jamais, le libre-échange se démocratise et le progrès vient mettre le peuple Same face à ses responsabilités. En effet, les constructions se multiplient, les premiers barrages apparaissent détruisant de fait de nombreux pâturages pour les rennes. Les cours d’eau sont déréglés et les lieux autrefois privilégiés pour chasser et pêcher sont désormais inaccessibles.

Le peuple Sami enregistre certaines avancées

Dans les années 30, l’idéologie antisémite gagne du terrain à travers l’Europe et les autorités suédoises décident d’interdire l’emploi de la langue Same, déplacent des familles entières et viennent même à confisquer de nouvelles terres. La culture Same vit ses heures les plus sombres. Heureusement, cette période va être balayée par la fin de la guerre et la prise de décisions courageuses, notamment  par le gouvernement norvégien. En effet, en 1988, ce dernier vote une loi visant à préserver la langue ainsi que la culture des Samis. Une année plus tard, les Samis obtiennent le Sametinget, leur propre assemblée consultative qui vise à garantir les droits des Same et travaille afin de garantir leur autodétermination. Leur première fête nationale sera quant à elle célébrée pas moins de quatre ans plus tard. En Suède, c’est en 1977 que ce peuple sera considéré comme un peuple natif, allant même jusqu’à être reconnu en 2011, comme minorité nationale par la loi. Seul problème, la Suède n’a pas toujours ratifié la convention ILO 169 sur les droits des peuples natifs autochtones et indigènes. Une convention qui permettrait là aussi la protection de la culture et des terres Sames, toujours menacées par diverses industries (minière et gazière notamment).

La culture du peuple Sami

Rencontre avec les samis - croisière Laponie

Un drapeau et un hymne national

Malgré ces quelques déboires avec l’histoire, les Sami restent relativement fiers de leur culture. Si cette dernière est moins présente due à l’assimilation et au mélange entre les peuples Sami et les Suédois, Norvégiens, Finlandais ou Russes, la jeune génération effectue un véritable travail afin de la préserver. Ainsi, ces derniers aiment mettre en avant la langue Sami, les plus jeunes étant souvent bilingues. Tous restent également unis sous le même drapeau dont les couleurs représentent les symboles de leur survie. Le bleu symbolisant l’eau, le rouge, l’amour, le jaune, la vie et le vert, la nature ainsi que les plantes. Autre symbole commun, celui de l’hymne national. Écrit en 1906 par Isaac Saba, cet hymne dont le titre est « La Chanson du peuple Sami » est commun à tous les peuples Same.

Une religion traquée

Enfin, la religion Same a joué un grand rôle chez ce peuple nordique. En effet, dès le XVIIe siècle, la couronne suédoise a tout fait pour christianiser les Samis, soucieuse de ne pas voir de croyances païennes sur son sol. Dès cette période, la religion Same a donc perdu en importante. Cette dernière se basait alors sur le culte de l’ours, animal vénéré, le chamanisme et les sacrifices. Les dieux vénérés eux, différaient en fonction des femmes et des hommes. Une religion qui tend à disparaître, celle-ci n’existant pratiquement plus, même si, là encore, la nouvelle génération tente de s’en faire le porte-voix.

Les nouveaux défis des Samis

Aujourd’hui, les Samis font face à de nouveaux défis. Outre les risques de disparition de leur culture, ces derniers doivent également faire face au développement économique et aux menaces que représente ce dernier sur l’ensemble de leur écosystème. Le peuple Same de Jokkmokk, en Suède, en est l’exemple parfait. En effet, les éleveurs de rennes passent l’été en montagne avant de redescendre dans les forêts des plaines, forêts aujourd’hui exploitées par diverses industries. Une cohabitation difficile puisque les exploitants détruisent les arbres en les coupant à blanc et en dégradant les sols, détruisant par la même occasion de lichen dont les rennes raffolent.

Développement économique et réchauffement climatique, les vraies menaces

Autre point problématique, leur territoire d’élevage est parcouru et divisé par une ligne de train. Barrages et autres lacs artificiels ont considérablement chamboulé le paysage et les constructions de routes, de villes et de mines abîment toujours plus la région, poussant les Sames à devoir trouver de nouvelles ressources. Enfin, le changement climatique et le réchauffement de la planète a des conséquences terribles sur les températures hivernales. Les réchauffements et refroidissements successifs détruisent les sols et favorisent l’apparition d’épaisses couches de glace, empêchant donc les rennes de creuser et de se nourrir.

Face à ces nouvelles barrières, les Samis doivent donc trouver de nouvelles ressources et vont jusqu’à creuser les sols à leur place. Enfin, ces derniers, afin de survivre, vendent directement de la viande de leurs animaux et décident de se tourner vers des emplois intermittents, souvent dans le secteur du tourisme. Toutefois, certaines femmes optent pour des carrières de commerçante, voire même de journaliste et de professeure. Dans l’idée, celles-ci apportent leur contribution à la survie de la famille et surtout, à la survie d’un pan de leur histoire. 

Premiers habitants de la Laponie, le peuple Same a traversé des heures sombres, et ce, dès le début du XVIIè siècle. Christianisation forcée, assimilation, aujourd’hui ces derniers font face à de nouvelles menaces liées notamment au développement de l’activité économique et au changement climatique. Forcés de revoir leur façon de vivre, ces derniers mettent leur culture en péril, au profit de leur survie. Toutefois, leur combat en faveur de leur histoire n’est pas perdu, la situation ayant tendance à globalement s’améliorer pour ces derniers. Toutefois, leur désir de reconnaissance reste l’un des facteurs principaux de leur lutte et tant que les Samis ne jouiront pas de réels droits, ces derniers devraient continuer à œuvrer en faveur de leurs idéaux.

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