Frédéric Bouvet
Croisières Polaires au Spitzberg
22 août
3 septembre 2026
Frédéric Bouvet
Croisières Polaires au Spitzberg
Nous arrivons à Brazzaville vers 19h30 (heure locale, 20h30 heure de Paris), un groupe de neuf passagers, les six autres du groupe total de 15 sont déjà sur place. Il fait déjà nuit, nous avons été privé du coucher de soleil sur la ville par un retard de deux heures au départ, dû à un petit problème sur les systèmes informatiques de l’avion – un aléa normal dans les transports aériens modernes mais complexes.
Les formalités sont relativement rapides et nous voilà bientôt dans le hall accueilli par les guides de notre navire : le Princesse Ngalessa. La traversée de Brazzaville se fait sans encombre et nous voilà bientôt à bord du bateau sur le fleuve que l’on ne peut que deviner dans l’obscurité mais de l’autre côté on aperçoit les lumières de Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), l’ancien Congo belge alors que nous, sur la rive nord du Congo, nous sommes en République du Congo (RC), autrefois le Congo français.
Les deux principaux pays du bassin du Congo qui se partagent une longue partie du cours inférieur du fleuve, se ressemblent dans leurs forêts et leurs paysages mais sont bien différents dans de nombreux aspects et en particulier politique. Tout d’abord, la superficie de la RDC est près de 7 fois celle de la RC et surtout, la population du premier est plus de 17 fois celle du second : 102 millions d’un côté pour 6 millions de l’autre. Rien qu’à Kinshasa, avec ses 17 millions d’habitants, il y a presque trois fois la population de toute la République du Congo.
Il suffit de cinq minutes pour traverser le fleuve en bateau (aucun pont ne l’enjambe) et les habitants de Brazzaville peuvent se rendre à Kinshasa avec une simple carte d’identité mais les citoyens de la RDC ont besoin d’un visa pour venir la rive nord du fleuve.
Après notre premier dîner, nous nous retirons vers nos cabines après cette longue journée de voyage, ravis de cette aventure qui commence !
Particularités démographiques pour une meilleure lecture :
* La RDC, géant francophone : Elle représente le premier pays francophone au monde par sa population. Sa croissance est extrêmement rapide, portée par un indice de fécondité élevé. La RDC est également le deuxième pays d’Afrique par la superficie après l’Algérie.
* La RC, plus urbaine : Bien que beaucoup moins peuplée, la République du Congo est nettement plus urbanisée (plus de 70 %). La majorité de sa population se concentre dans l’axe Brazzaville-Pointe-Noire.
Après le petit déjeuner, nous partons à la découverte de Brazzaville, avec une première halte à l’École de peinture de Poto-Poto. Fondée en 1951 par le peintre et ethnologue français Pierre Lods, elle a permis à de nombreux artistes congolais de développer leur créativité en dehors des codes académiques occidentaux. Plusieurs peintres célèbres en sont issus, notamment Marcel Gotène, François Thango, François Iloki et Philippe Ouassa.
Nous poursuivons vers la superbe basilique Sainte-Anne, chef-d’œuvre de l’architecte Roger Erell. Sa silhouette est particulièrement originale, avec ses grandes ogives et son spectaculaire toit de tuiles vertes vernissées, qui évoque une immense pirogue retournée. Commencée en 1943, elle est aussi étroitement liée à l’histoire de la France libre à Brazzaville.
Nous traversons ensuite Bacongo et son immense marché Total, le plus grand de la capitale. Même en ce dimanche, la foule est grouillante et colorée. Dommage de ne pas pouvoir nous y arrêter : il faudrait sans doute des heures pour n’en découvrir qu’une petite partie !
Nous gagnons ensuite les rapides du fleuve Congo, que nous ne pouvons malheureusement observer que de loin. Ils marquent le début d’une longue succession de rapides et de cataractes qui rendent le fleuve totalement impraticable jusqu’à Matadi, environ 350 km en aval. Même à distance, et surtout avec les jumelles, on devine leur puissance impressionnante. Le Congo est en effet le deuxième fleuve du monde par son débit, après l’Amazone.
Nous apercevons également la Case de Gaulle, aujourd’hui résidence de l’ambassadeur de France. Elle rappelle le rôle exceptionnel joué par Brazzaville pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque la ville fut un centre majeur de la France libre. Construite à partir de 1941, elle est elle aussi l’œuvre de Roger Erell.
Notre matinée se termine au mémorial Pierre Savorgnan de Brazza, où nous assistons à une amusante et très élégante démonstration de sapologie par les « Chasseurs de primes ». La SAPE, c’est la « Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes » : costumes impeccables, couleurs éclatantes et poses soigneusement étudiées !
Quelques observations animalières complètent la matinée, avec des bulbuls, des tisserins et plusieurs agames, ces beaux lézards colorés.
De retour à bord de notre bateau, le Princesse Ngalessa, nous déjeunons tandis que le bateau quitte Brazzaville et commence sa remontée du fleuve Congo.
Dans l’après-midi, Harold, notre chef d’expédition, nous présente les guides qui nous accompagneront : Satch, Mossa et Nati, ainsi que le programme de la croisière. Le responsable de l’hôtellerie, nous présente à son tour son équipe d’une dizaine de personnes, dont Pierre, le chef, et Noé.
Mossa nous propose ensuite un passionnant résumé de l’histoire du Congo-Brazzaville, puis du royaume Téké et de ses reines. Une introduction particulièrement utile puisque nous devons rencontrer dès demain la reine Ngalifourou. Il nous explique avec soin le protocole à respecter lors de cette audience.
Le reste de l’après-midi s’écoule tranquillement sur le pont 4, à regarder défiler la vie et les paysages du fleuve.
Nous sommes à seulement 4° au sud de l’Équateur et la nuit tombe avec une étonnante rapidité. Depuis notre arrivée, une légère brume enveloppe le paysage, caractéristique de la saison sèche. Elle adoucit les couleurs et estompe les lointains. C’est aussi la saison la plus agréable pour les Congolais, avec des températures autour de 30 °C et une humidité bien moindre qu’à la saison des pluies.
À la tombée du jour, Brazzaville est déjà loin derrière nous. Le Princesse Ngalessa poursuit tranquillement sa route sur l’immense fleuve Congo.