Frédéric Bouvet
Croisières Polaires au Spitzberg
22 août
3 septembre 2026
Frédéric Bouvet
Croisières Polaires au Spitzberg
Après notre vol depuis Paris, nous atterrissons à Brazzaville vers 19h30. La nuit est déjà tombée lorsque nous retrouvons nos guides et prenons la direction du Princesse Ngalessa, notre maison flottante pour les prochains jours.
À peine installés à bord, nous découvrons enfin le fleuve Congo, encore mystérieux dans l’obscurité. Sur l’autre rive scintillent les lumières de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Deux capitales face à face, séparées seulement par l’un des plus grands fleuves du monde.
Le contraste est saisissant : Kinshasa et ses millions d’habitants d’un côté, Brazzaville, bien plus petite, de l’autre. Entre les deux, aucun pont : le fleuve reste le seul passage.
Après un premier dîner à bord, nous gagnons nos cabines. La journée a été longue, mais l’excitation est bien présente : demain, notre véritable aventure congolaise commence.
Notre première matinée est consacrée à la découverte de Brazzaville. Nous commençons par l’École de peinture de Poto-Poto, haut lieu de la création artistique congolaise, avant de rejoindre la remarquable basilique Sainte-Anne, reconnaissable à ses grandes ogives et à son immense toiture de tuiles vertes.
Nous traversons ensuite Bacongo et longeons l’impressionnant marché Total, grouillant de monde et de couleurs, puis gagnons les rapides du fleuve Congo. Même observés à distance, ils donnent une idée de la puissance de ce fleuve, deuxième au monde par son débit.
Notre parcours nous conduit également devant la Case de Gaulle, témoignage du rôle joué par Brazzaville pendant la Seconde Guerre mondiale, puis au mémorial Pierre Savorgnan de Brazza. Nous y découvrons la SAPE, la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes : costumes impeccables, couleurs éclatantes et élégance revendiquée.
De retour sur le Princesse Ngalessa, nous déjeunons tandis que le bateau quitte Brazzaville et commence sa remontée du Congo. Nos guides nous présentent alors les prochaines étapes de notre expédition et nous racontent l’histoire du royaume Téké, en préparation de notre rencontre du lendemain avec la reine Ngalifourou.
Nous passons la fin de l’après-midi sur le pont à regarder défiler les rives du fleuve. Une légère brume de saison sèche adoucit les paysages tandis que la nuit équatoriale tombe rapidement. Brazzaville disparaît peu à peu derrière nous. Devant notre étrave s’ouvre désormais l’immensité du fleuve Congo, et avec elle la véritable aventure.
Après une nuit de navigation sur le fleuve Congo, nous arrivons à Ngabé vers 7 heures. Une rencontre exceptionnelle nous attend : une audience avec la Reine Ngalifourou III, autorité spirituelle du peuple Téké.
Avant de pénétrer dans la salle d’audience, nous respectons un protocole précis : tête découverte, pas de vêtements noirs et, chacun notre tour, nous nous inclinons devant la souveraine en frappant trois fois dans nos mains.
Âgée de 93 ans, la Reine nous accueille en langue téké, accompagnée de son interprète Dieudonné et de sa fille Bertille. Gardienne des traditions et du pouvoir spirituel ancestral, elle répond à nos questions avec simplicité et nous confie, au terme de l’audience, son émotion de nous voir venus de si loin pour la rencontrer. Un moment solennel et privilégié.
Nous traversons ensuite Ngabé à pied pour assister à la danse Kébé-Kébé. Tambours et battements de mains résonnent déjà lorsque les danseurs apparaissent, entièrement dissimulés sous leurs longues capes de raphia. Surmontés de marottes sculptées et ornées de plumes, ils tournoient au rythme des percussions qui s’intensifient peu à peu, entraînant même certains d’entre nous dans la danse.
Nous retrouvons ensuite le Princesse Ngalessa pour déjeuner tandis que le bateau reprend sa remontée du fleuve. Vers 16 heures, à la confluence avec la Léfini, nous embarquons dans deux pinasses et remontons la rivière à la recherche des hippopotames. Nous ne tardons pas à apercevoir une petite troupe de quatre individus, que nous observons longuement à distance.
De retour sur le Congo, une surprise nous attend : notre équipage a installé un apéritif sur un immense banc de sable blanc au milieu du fleuve. Certains se baignent prudemment tandis que d’autres partent marcher sur le sable et observer les pêcheurs et les oiseaux, notamment plusieurs becs-en-ciseaux d’Afrique. Le soleil décline sur le fleuve : une magnifique alliance de culture et de nature.
Petit déjeuner à 5h30. Nous quittons temporairement la République du Congo et traversons le fleuve en canot pour rejoindre la République démocratique du Congo, seul pays au monde où vivent les bonobos à l’état sauvage.
Après une soixantaine de kilomètres sur des pistes parfois à peine plus larges qu’un sentier, nous atteignons la lisière de la forêt. Les pisteurs ont déjà localisé le groupe. Nous nous enfonçons derrière eux sous les arbres lorsque des bruissements et quelques cris nous parviennent. Soudain, des silhouettes graciles apparaissent dans la canopée : nos premiers bonobos. L’émotion est immédiate.
Protégés et suivis depuis plusieurs décennies, ils sont habitués à la présence humaine. Nous pouvons ainsi les observer lorsqu’ils descendent au sol puis remontent dans des arbres chargés de fruits, parfois à quelques mètres seulement de nous.
Nous rejoignons ensuite Nkala et le camp de Mbou-Mon-Tour, où nous passons la nuit sous tente. L’après-midi est consacré à la découverte des environs, aux rencontres avec les habitants et à l’observation des oiseaux. Après le dîner autour du feu, de jeunes villageois nous offrent un spectacle de danses inspirées des bonobos. Nous nous endormons à la lisière de la forêt, bercés par les chants des oiseaux et des insectes.
Le lendemain, réveil à 5 heures pour une nouvelle expédition. Pendant près de deux heures, nous observons les bonobos se reposer, jouer et interagir paisiblement dans les arbres. La forêt elle-même participe au spectacle, rythmée par les chants des coucous et les appels des calaos. Un moment rare, suspendu, au cœur de leur univers.
Nous rejoignons ensuite le fleuve pour retrouver le Princesse Ngalessa. Autour de nous défile toute la vie du Congo : pêcheurs en pirogue, radeaux de bois, « Daka-Dakas » chargés de passagers et de marchandises, puis d’immenses barges, véritables villages flottants. Le spectacle se poursuit jusqu’à la nuit.
À 6 heures, nous embarquons en petit groupe pour une sortie ornithologique sur le fleuve Congo. Le soleil se lève à peine et la brume enveloppe les innombrables îlots dispersés sur cette immense étendue d’eau, large ici de plus de douze kilomètres.
Au fil de notre navigation, nous observons hérons, aigrettes, touracos, coucous et surtout de nombreux tisserins, affairés à construire leurs étonnants nids suspendus. Mais la plus belle rencontre est celle du souimanga du Congo, petit oiseau au plumage vert irisé dont l’aire de répartition se limite à cette région du fleuve.
Après le petit déjeuner, nous accostons à Mossaka, important carrefour fluvial où se rejoignent le Congo, la Sangha et la Likouala-Mossaka. Nous parcourons ses rues sablonneuses jusqu’au marché animé, où le poisson frais, fumé ou séché occupe une place centrale.
Nous reprenons ensuite la navigation sur la Sangha jusqu’au village de pêcheurs de Likendze. Les habitants nous accueillent et partagent plusieurs de leurs savoir-faire traditionnels : lancer de l’épervier, extraction de l’huile de palme, récolte de la sève et fabrication de nasses en lianes naturelles.
Les hippopotames que nous espérions observer restent invisibles, mais nous repartons en canot explorer un petit affluent. Au retour, dans la lumière du soleil couchant, nous retrouvons les pêcheurs du village : l’un relève sa nasse tandis qu’un autre lance son filet depuis sa pirogue. Une dernière image paisible qui clôt cette journée au rythme du fleuve et de ceux qui en vivent.
Après une nuit paisible devant le village de Likendze, nous repartons dès 6 heures en canot sur la Sangha pour observer les oiseaux. Nous croisons notamment le vautour palmiste ainsi que le gymnogène d’Afrique, reconnaissable à ses longues pattes particulièrement agiles.
De retour à bord, le Princesse Ngalessa reprend sa route. Nous rejoignons le fleuve Congo avant de gagner l’Alima, que nous remonterons jusqu’à Oyo. Pendant la navigation, Arold nous fait découvrir les croyances animistes encore présentes au Congo, où nature, esprits et ancêtres occupent traditionnellement une place importante.
Après le déjeuner, nous nous arrêtons près de Bonda et troquons notre bateau pour des kayaks. Nous pagayons sur le canal de Konda, au milieu des roselières et des vastes marais. Au fil de l’eau, nous croisons pêcheurs et familles en pirogue.
À peine revenus à bord, nous repartons à terre pour découvrir Bonda, village du peuple Moye. Les habitants nous accueillent avec leurs danses traditionnelles, rythmées par les tambours. Peu à peu, le jour décline et l’énergie des danses laisse place à la douceur du crépuscule.
Après le dîner, nous embarquons une dernière fois dans les canots et glissons dans l’obscurité pour découvrir la forêt de nuit. Autour de nous, les silhouettes disparaissent et une multitude de sons prennent le relais.
Avant même le lever du jour, le Princesse Ngalessa quitte Bonda et reprend sa navigation vers Oyo. L’Alima est bien plus étroite que le fleuve Congo et nous avançons au plus près des impressionnantes murailles végétales qui bordent ses rives. Une infinité de verts et de feuillages s’entremêlent au-dessus de l’eau calme.
Pour la première fois du voyage, la pluie nous accompagne. En milieu de matinée, nous faisons escale dans le petit village de Mondongo, avec ses maisons aux toits de feuilles de palmier. Trois habitants spécialistes de la pharmacopée forestière embarquent avec nous et récoltent différentes écorces avant de préparer plusieurs décoctions traditionnelles.
L’après-midi, nous partons explorer les coulisses du Princesse Ngalessa. Dans la timonerie, le commandant nous explique les années de formation et d’expérience nécessaires pour maîtriser la navigation sur le fleuve. Nous découvrons ensuite la salle des machines et mesurons l’importance des 25 membres d’équipage qui assurent la vie quotidienne à bord.
Après un quiz préparé par nos guides, le ciel se dégage enfin. Pour la première fois, un véritable bleu apparaît et le soleil couchant embrase l’Alima.
Pour notre dernière soirée à bord, l’équipage nous prépare un barbecue sur le pont supérieur. Peu à peu, un tambour apparaît et les rythmes africains accompagnent la soirée. Guides, équipage et voyageurs se retrouvent pour partager ce dernier moment sur le fleuve.
Encore un réveil avant l’aube. À 6 heures, nous quittons pour la dernière fois le Princesse Ngalessa et embarquons en canot vers Oyo. Dans la fraîcheur du petit matin, la navigation est paisible avant de reprendre la route vers Brazzaville.
Après trois heures de trajet, nous abandonnons le minibus pour deux 4×4 et retrouvons les pistes qui nous conduisent jusqu’à la réserve naturelle de la Léfini. Patrice, notre guide, nous attend au bord de la petite rivière Louna.
Nous embarquons sur un canot et partons à la rencontre des gorilles. Autrefois disparus de la réserve, ils sont aujourd’hui de retour grâce au programme de protection et de réintroduction. Nous rencontrons notamment Kélé, un impressionnant gorille qui n’a jamais pu retrouver totalement la vie sauvage et vit aujourd’hui sur une grande île de la Louna.
Nous poursuivons notre navigation. Des touracos géants traversent le ciel et des cercopithèques de Brazza apparaissent dans la végétation. Puis, au détour d’un méandre, une quinzaine d’hippopotames surgissent devant nous. Massifs et imposants, ils occupent tranquillement la rivière tandis que nous restons prudemment à distance.
Patrice nous apprend également que des pièges photographiques ont récemment confirmé le retour des lions au cœur de la réserve. Cette zone, strictement protégée, devient peu à peu un véritable refuge où la grande faune reprend sa place.
Nous retrouvons finalement la route vers Brazzaville, où nous arrivons à la tombée de la nuit, fatigués mais encore marqués par cette journée passée au plus près de la vie sauvage.
Ce matin, nous quittons Brazzaville pour rejoindre Pointe-Noire, la capitale économique du Congo. Notre avion a des airs d’un autre temps : un MD-80 à l’aménagement vintage. Après une quarantaine de minutes de vol, nous découvrons une ville à l’atmosphère bien différente.
Premier détail qui nous frappe : les taxis, verts à Brazzaville, sont ici bleus, couleur de l’océan. Pointe-Noire semble aussi plus animée par les voitures particulières, reflet d’une économie largement tournée vers le port et l’industrie pétrolière.
Après avoir déposé nos bagages à l’hôtel, nous retrouvons Nicolas Ducret, qui a organisé notre aventure congolaise, avant de repartir presque aussitôt vers l’océan.
Depuis la plage, nous embarquons à bord de deux vedettes rapides pour partir à la recherche des baleines à bosse, venues des eaux antarctiques jusqu’au golfe de Guinée pendant l’hiver austral. Le changement de décor est saisissant : après les fleuves bordés de forêts, nous voici au milieu d’un paysage maritime profondément industriel, entre bateaux de pêche, porte-conteneurs, méthaniers et plateformes pétrolières.
Nous finissons par apercevoir plusieurs baleines, dont une mère accompagnée de son jeune. Cette sortie nous révèle aussi les pressions qui pèsent sur les ressources marines congolaises.
Nous regagnons finalement la côte avec le sentiment d’avoir changé de monde en quelques heures : de la forêt et des grands fleuves du cœur du Congo, nous sommes désormais face à l’immensité de l’Atlantique.
Pour notre dernière journée complète au Congo, nous quittons Pointe-Noire en direction des gorges de Diosso. La route traverse une ville pleine de vie, bordée d’échoppes colorées, avant de nous conduire jusqu’aux impressionnantes falaises dominant l’Atlantique.
Nous faisons halte au mémorial de la Main de l’Afrique, près de l’ancien port de Loango, l’un des grands lieux de départ de la traite transatlantique en Afrique centrale. Le site paraît presque oublié, mais les manguiers, l’arbre de l’oubli et la stèle témoignent d’une histoire bouleversante.
Nous poursuivons jusqu’au musée Mâ Loango, où une visite guidée nous permet de mieux comprendre l’histoire et les traditions du Congo. Mais nous devons bientôt reprendre la route : les chimpanzés nous attendent.
À l’embouchure du fleuve Kouilou, Carel, de l’Institut Jane Goodall, nous accueille pour rejoindre le sanctuaire de Tchimpounga. Nous embarquons en canot et remontons le fleuve entre les palétuviers et la végétation luxuriante.
Sur les îles vivent plus de 120 chimpanzés en semi-liberté. Lorsque nous arrivons, une quinzaine d’entre eux attendent le nourrissage sur la rive. Cris, bonds dans les branches et courses autour de la nourriture : le spectacle est impressionnant.
Carel nous raconte ensuite le grand projet du sanctuaire : préparer une communauté d’une quarantaine de chimpanzés à retrouver la vie sauvage dans le parc national de Conkouati-Douli.
Nous regagnons Pointe-Noire au crépuscule. À notre arrivée, des centaines de grandes roussettes quittent les arbres et envahissent le ciel du soir. Une dernière scène sauvage et spectaculaire, comme un ultime salut du Congo à la fin de notre aventure.
Pour cette dernière journée au Congo, chacun profite librement de Pointe-Noire avant le départ. Certains choisissent de découvrir le Musée du Cercle Africain, consacré à l’histoire, à l’art et aux cultures du pays, puis de rejoindre le grand marché central Ndji-Ndji pour une dernière immersion dans l’animation de la ville.
D’autres préfèrent flâner dans les rues, profiter tranquillement de la matinée ou simplement savourer quelques heures de repos après notre longue aventure. Pour une partie du groupe, l’heure du départ a déjà sonné.
À l’heure du déjeuner, nous sommes huit à nous retrouver à Casa Papaya, sur une magnifique plage de sable blond. Face à l’Atlantique, nous partageons un dernier repas dans un décor paisible.
Puis vient le temps des adieux et des derniers départs. Notre voyage au Congo s’achève ainsi au bord de l’océan, après des jours de navigation, de pistes, de forêts et de rencontres avec une faune exceptionnelle.
Nous rentrons avec en mémoire les paysages traversés, les rencontres et les nombreux visages de ce pays qui nous aura accompagnés jusqu’aux dernières heures de notre aventure.