Fabrice Capber
Guide Polaire
14 août
25 août 2026
Fabrice Capber
Guide Polaire
Rémi Suchowierch
Guide naturaliste
Élodie Marcheteau
Géologie
Alain Desbrosse
Spitzberg
Christian Kempf
Président Fondateur de Grands Espaces
Christiane Drieux
Spécialiste Groenland et Culture Inuit
François Leloustre
Groenland
Vincent Lecomte
Écologie Polaire
Dr Laurent Balp
Médecin d'expédition
Après notre départ de Paris, notre avion met le cap vers le nord. Quelques heures plus tard, nous atterrissons à Keflavík, en Islande, première étape de notre aventure. Nous poursuivons notre route à travers les paysages islandais en direction d’Akureyri, où nous attend notre navire, l’Heritage Discoverer.
Au fil du trajet, l’Islande commence déjà à nous offrir quelques-uns de ses plus beaux paysages. Sous les nuages se dessinent les reliefs volcaniques et les montagnes aux sommets acérés. Les côtes plongent dans une mer étonnamment calme, presque immobile, sur laquelle vient se refléter la lumière du soleil. Le décor est spectaculaire et nous plonge immédiatement dans l’atmosphère de l’expédition.
En fin d’après-midi, nous atteignons Akureyri, petite ville du nord de l’Islande installée au fond de l’Eyjafjörður, l’un des plus longs fjords du pays. Entourée de montagnes, la ville constitue une porte d’entrée naturelle vers les régions arctiques.

Vers 17 heures, l’équipe de Grands Espaces nous accueille. Après les dernières formalités, nous montons enfin à bord de l’Heritage Discoverer et découvrons nos cabines. Notre voyage prend alors une nouvelle dimension : désormais, c’est par la mer que nous poursuivrons notre route vers le Groenland.
Nous nous retrouvons ensuite au Piano Bar autour d’un verre de bienvenue. C’est l’occasion de faire connaissance avec l’équipe d’expédition et les autres voyageurs qui partageront avec nous les prochains jours.
Dehors, la lumière rasante enveloppe les montagnes et le fjord. La mer est d’huile et les reliefs se reflètent dans une eau presque parfaitement calme. Une très belle lumière accompagne ces premiers instants à bord.
À 19 heures, l’ensemble des passagers et de l’équipage participe à l’exercice obligatoire de sécurité. Chacun rejoint son point de rassemblement et prend connaissance des procédures à suivre à bord.
Le dîner est servi vers 21 heures, concluant cette première longue journée de voyage, puis Il est temps de rejoindre nos cabines pour un repos bien mérité.
Ce matin, nous nous réveillons avec l’intention de profiter encore un peu de la terre islandaise. La météo est tout simplement parfaite : sous un soleil radieux, la baie et le fjord d’Akureyri se parent de magnifiques lumières. Après la présentation de toute l’équipe d’expédition dans le salon panoramique, nos guides nous proposent de partir à la découverte de la ville, la deuxième plus grande d’Islande. Nous parcourons ses rues et ses principaux points d’intérêt, de l’emblématique église d’Akureyri au jardin botanique, avant de rejoindre le centre-ville où chacun peut prendre le temps de déambuler, d’observer l’architecture et de s’imprégner de cette atmosphère islandaise si particulière.
De retour à bord pour le déjeuner, nous repartons dans l’après-midi pour une nouvelle aventure : partir à la rencontre des baleines du fjord d’Akureyri. Pendant deux à trois heures, nous sillonnons les eaux calmes à la recherche de ces géants marins, jusqu’à ce qu’une baleine à bosse nous fasse l’immense plaisir d’apparaître… et surtout de rester avec nous tout au long de l’excursion. Véritable emblème des mers islandaises, la baleine à bosse est une grande migratrice : elle passe une partie de l’année dans les eaux froides et riches des hautes latitudes pour s’alimenter, avant de rejoindre des régions plus chaudes pour se reproduire et mettre bas. Dans les fjords islandais, elle profite notamment de l’abondance de petits poissons et de zooplancton pour reconstituer ses réserves énergétiques. À plusieurs reprises, nous la voyons plonger, remonter à la surface puis se nourrir, tandis que sa spectaculaire nageoire caudale disparaît dans les profondeurs. Un spectacle d’une rare beauté, d’autant plus précieux que nous avons la chance de partager ces instants avec elle pendant toute notre sortie.
Après ces moments inoubliables, nous regagnons l’Heritage Discoverer, où un cocktail de bienvenue nous attend, accompagné d’une présentation d’une partie des membres de l’équipage. Puis vient le moment de lever les amarres. Le navire quitte doucement le quai d’Akureyri et s’engage dans le fjord, tandis que les dernières lumières de la journée enveloppent les montagnes et la mer d’une atmosphère presque irréelle. La navigation se poursuivra durant la nuit : nous allons maintenant traverser le détroit du Danemark pour mettre le cap vers une nouvelle terre, sauvage et encore largement inexplorée… le nord-est du Groenland.

Cette nuit, tandis que nous dormirons, notre navire entamera sa route vers le Groenland.
Toute la nuit, l’Heritage Discoverer a poursuivi sa route vers le Groenland. Au réveil, la terre a disparu. Autour de nous, la mer s’étend à perte de vue et l’horizon semble ne plus avoir de limites.
Quelques oiseaux accompagnent notre navigation. Parmi eux, les fulmars boréaux attirent particulièrement notre regard. Ils suivent le navire et glissent au ras de l’eau, frôlant parfois la crête des vagues sans presque battre des ailes. Leur vol accompagne silencieusement notre progression vers l’ouest.
La matinée débute avec Vincent, notre chef d’expédition, qui nous présente le Groenland et les différents sites que nous espérons découvrir au cours de notre voyage. Il nous rappelle également les règles de sécurité indispensables à toute expédition dans ces régions sauvages et isolées. Valentine, ethnologue mais également spécialiste des baleines, prend ensuite la parole pour nous faire découvrir le monde fascinant de ces géants des mers. Une conférence passionnante, qui captive rapidement l’auditoire. À la fin de la présentation, les questions se succèdent tant le sujet suscite curiosité et enthousiasme. Les échanges se prolongent, témoignant de l’intérêt de chacun pour ces mammifères marins que nous espérons avoir la chance d’observer au cours de notre voyage.
Après un déjeuner copieux, nous retrouvons Christiane, notre ethnologue, pour une conférence consacrée à l’Histoire et au peuplement d’Ittoqqortoormiit,« le lieu aux grandes maisons » l’une des communautés les plus isolées du Groenland. Son récit nous conduit jusqu’à la création de la colonie de Scoresbysund dans les années 1920, sous l’impulsion notamment de l’explorateur danois Ejnar Mikkelsen.
La journée prend ensuite une dimension toute particulière avec l’intervention de Vittus Qujaukitsoq, ancien ministre groenlandais.
Dès les premiers instants, il nous demande simplement de ne pas l’appeler « Monsieur le Ministre ». Derrière l’homme politique, nous découvrons surtout un homme accessible, profondément attaché à son pays et à son peuple.
Pendant un long échange, il partage avec nous sa vision du Groenland, son histoire et les réalités auxquelles la société groenlandaise est aujourd’hui confrontée. Les questions des passagers sont nombreuses et abordent notamment les enjeux géopolitiques et l’avenir du Groenland.
À ses côtés, Christian Kempf assure l’interprétation. Les deux hommes se connaissent depuis de nombreuses années et, au fil de leurs échanges, on perçoit une véritable complicité et surtout un profond respect mutuel.
Plus tard dans l’après-midi, nous nous retrouvons au salon autour d’un thé. C’est un moment plus informel, l’occasion d’échanger avec les différents membres de l’équipe d’expédition, chacun partageant ses connaissances et sa passion pour les régions polaires.
Puis vient l’heure du dîner.
Et dehors, quelque chose a changé.
À l’horizon, la côte groenlandaise apparaît enfin.
Progressivement, l’Heritage Discoverer s’approche de l’entrée de Scoresby Sund. Les premiers icebergs surgissent dans la lumière du soir. D’abord quelques silhouettes blanches au loin, puis des masses de glace de plus en plus imposantes qui semblent flotter, immobiles, sur une mer devenue presque silencieuse.
Autour de nous se dessinent les reliefs montagneux de Liverpool Land, qui bordent l’entrée du fjord.
Le soleil descend lentement derrière les crêtes. Ses derniers rayons illuminent la glace, les montagnes et la mer avant de disparaître progressivement à l’horizon.
Sur le pont, les conversations s’apaisent.
Devant nous dérivent les premiers géants de glace. Leur taille, leur silence et leur présence imposent naturellement le respect. Nous ressentons soudain toute la puissance du lieu, mais aussi son incroyable fragilité.
Après une journée passée en mer, le Groenland est enfin devant nous.
Nous entrons dans Scoresby Sund. Le voyage prend désormais une tout autre dimension.
Durant notre sommeil, le Discoverer s’est lentement avancé dans le Scoresbysund où une règlementation de la vitesse protège l’aire de reproduction des narvals.
En ouvrant les rideaux de nos cabines, c’est l’éblouissement ! Une multitude d’icebergs, tels des sentinelles, aussi imposants que paisibles, scintillent le long de notre sillage. Leurs silhouettes impressionnantes se découpent sur fond de sommets vertigineux. De texture lisse, striée ou grenelée, de couleur variant du blanc immaculé au turquoise ou au bleu profond, tous sont différents.
Nous avons atteint l’archipel de l’ile aux ours, véritable labyrinthe encombré à perte de vue de gigantesques icebergs. Accrochées aux falaises, quelques taches d’épilobes écarlates illuminent les roches mordorées. Certaines de ces roches peuvent dater de trois milliards d’années ! Un phoque nonchalant se prélasse sur une plaque de glace. Les zodiacs se faufilent entre cathédrales de cristal et parois vertigineuses. La surface de l’eau est aussi lisse qu’un miroir. Quatre heures d’exploration de cet inimaginable réseau de fjords dans lequel viennent se perdre des icebergs au gré des courants marins, et nous rejoignons le Discoverer pour un déjeuner copieux, bien apprécié après cette matinée mémorable.
Puis, en salle de conférence, Christian Kempf nous emmène dans le monde fascinant des icebergs et de la côte Est du Groenland.
Le Discoverer poursuit sa route dans la vaste embouchure du Scoresbysund bordée par la terre de Jameson et les Alpes de Liverpool. Près de 1500 narvals viennent se reproduire en été dans les eaux de ce fjord. Les Inuits les chassent pour consommer leur peau, le mattaq, source précieuse de vitamine C.
Des sommets de plus de 2100 mètres s’élancent comme des flèches vers le ciel. Christian Kempf nous explique les trois différents types de glace : la banquise (glace de mer salée), la glace de terre (glace d’eau douce) et le sol gelé en permanence sur 600 à 1000 mètres. Le sol gelé, pergélisol, représente la plus grande superficie de glace sur la planète. La totalité de l’inlandsis couvre environ 83% de la superficie du Groenland. Des carottages dans cette calotte, permettent de retracer l’histoire de l’atmosphère. La glace est la mémoire de l’atmosphère, tout comme les roches sont les mémoires de la vie. En fait la calotte enregistre l’histoire des hommes. A l’Est, certains morceaux de glace issus de la calotte peuvent glisser vers la mer et dériver jusqu’en Islande ou au Groenland du sud.
Après cet exposé rafraichissant, nous nous retrouvons tous dans le grand salon du Discoverer pour un « tea time », moment convivial d’échanges avec nos guides.
Notre invité d’honneur, Vittus Qujauqitsoq, ancien ministre du Groenland, nous livre alors quelques réflexions sur l’avenir de son pays dont les roches sédimentaires contiennent près de 25% des réserves mondiales de gaz et de pétrole. Une large part se trouve dans les Alpes de Liverpool que nous côtoyons. Selon lui, le Groenland, pour gérer son indépendance, doit développer ses propres richesses minérales, mais pas à n’importe quel prix. Cela doit se faire dans le cadre d’un respect de l’environnement.
Après le diner, nous atteignons la baie d’Ittoqqortoormiit, une des deux seules implantations de la côte Est. Nous débarquons pour découvrir ce petit village de pêcheurs fondé par Ejnar Mikkelsen en 1925. Les maisons colorées se pressent autour de la petite église de bois rouge érigée lors de la création du village. Les chiens de traineau regroupés près du ruisseau nous accueillent dans un concert de jappements. Chacun découvre le village à son propre rythme : la statue de Mikkelsen, le monument dédié au commandant Charcot, la station météorologique. Des enfants, profitant de la douceur de cette soirée, jouent dans les ruelles escarpées. Le soleil se couche. Nous regagnons le bateau pour en faire de même. Journée riche en découvertes. Le Discover reprend sa route en longeant les Alpes de Liverpool peuplées de millions d’oiseaux.
Ce matin, avant le petit-déjeuner, beaucoup d’entre nous se sont rassemblés sur les ponts extérieurs pour admirer un magnifique arc-en-brume. Vers neuf heures trente, nous avons pénétré dans le majestueux fjord du Roi Oscar, du nom du roi de Suède jusqu’en 1907 et roi de Norvège jusqu’en 1905, année de l’indépendance de la Norvège. En passant entre le cap Biot au sud et le cap Simpson au nord, nous avons officiellement franchi les frontières du plus grand parc national du monde. À dix heures, Florian Ledoux nous a offert une avant-première exclusive de son dernier chef-d’œuvre cinématographique, « The Grinch ». Ce film poignant retrace la vie éphémère d’une jeune ourse au Spitzberg. Les observations de Florian avaient propulsé « Grinch » sur la scène internationale, notamment grâce à ses remarquables talents de chasseuse de rennes. Avant le déjeuner, Vittus Qujaukitsoq nous présente un aperçu perspicace et incisif de la réalité politique du Groenland et de ses relations complexes avec le Danemark, l’Europe et les États-Unis. Il est 14h45, Christian Kempf nous captive en décrivant les caractéristiques uniques de la toundra. Élodie a ensuite pris le relais pour nous éclairer sur les formations géologiques fascinantes de ces roches colorées que nous aurons le privilège d’admirer dans le fjord Segelsällskapet, du nom du prestigieux Royal-Yacht-Club de Suède, l’un des cinq plus anciens au monde. Ensuite, nous débarquons à Skipperdal, site emblématique du Parc National. Une jolie plage marque le début de la petite et de la grande marche vers le col et les lacs qui la surplombent. C’est aussi le lieu de baignade de quelques passagers téméraires. À notre retour sur le « Discoverer », nous nous retrouvons tous, avec nos guides, dans le grand salon-bar pour des conversations animées, autour d’un verre ou d’une tasse de thé, et pour de nouvelles explications sur ce monde polaire que nous explorons depuis quelques jours.Les immenses baies vitrées du restaurant offrent une vue imprenable sur les parois spectaculaires du «détroit de l’Antarctique», que nous traverserons cette nuit pour atteindre l’Isfjord demain.
La journée commence sous un ciel bleu absolument fabuleux, alors que nous entrons dans l’Isfjord. Autour de nous, les montagnes racontent près d’un milliard d’années d’histoire à travers les roches de la Séquence de la Baie d’Éléonore.
Nous avançons vers les glaciers de De Geer et de Jætte. Le petit Cervin se détache dans le paysage, avec sa silhouette étonnamment alpine, tandis que les langues glaciaires descendent des hautes montagnes vers le fjord. Nous pénétrons ensuite dans le brash, ce tapis mouvant de fragments flottants à travers lequel le navire se fraie lentement un passage. Le craquement discret sous la coque accompagne notre progression.
Quelques phoques annelés et phoques barbus apparaissent entre les fragments, juste le temps de croiser notre regard avant de replonger dans l’eau sombre.
Puis viennent les icebergs.
Immenses, hérissés de crêtes, de tours et de pinacles, certains semblent être de véritables montagnes flottantes. Les bleus sont incroyables : turquoise, laiteux, profonds, parfois presque électriques. À plusieurs reprises, nous restons silencieux devant ces géants. Les appareils photo se baissent. On regarde. On contemple. Face à ces sculptures éphémères, les mots deviennent presque inutiles. Sous le soleil, chaque fissure, chaque relief, chaque nuance semble soudain vivant.
L’après-midi, nous poursuivons notre navigation dans le vaste réseau de fjords de l’Empereur Franz Josef, un immense labyrinthe de vallées glaciaires ennoyées qui s’enfonce profondément dans le nord-est du Groenland.
Les montagnes y révèlent toujours les couleurs extraordinaires de la Séquence de la Baie d’Éléonore : rouges, ocres, grises et sombres. Ces roches étaient autrefois des sédiments qui s’accumulaient, il y a près d’un milliard d’années, dans le contexte du supercontinent Rodinia. Aujourd’hui, ces anciennes couches se dressent devant nous comme d’immenses murailles colorées.
Puis apparaît le Teufelschloss, le « château du Diable », ainsi nommé lors des explorations allemandes de Karl Koldewey au XIXe siècle. Avec ses tours et ses murailles naturelles, la montagne semble presque avoir été construite tant son architecture est spectaculaire.
Nous débarquons ensuite dans la Baie des Fleurs pour une marche dans la vallée. Un lièvre arctique, des bruants, des sizerins et de grands corbeaux apportent mouvement et vie à ce décor minéral.
Au détour du chemin, un vaste lac apparaît, teinté par les sédiments rouges descendus des montagnes voisines. Et puis, près de ses rives, une silhouette attire notre attention.
Un bœuf musqué.
Immobile dans l’immensité de la vallée, il semble presque appartenir aux montagnes. Son épaisse silhouette se détache près de l’eau, minuscule face aux falaises, et pourtant il impose toute sa présence. Pendant quelques instants, nous nous arrêtons. Plus besoin de parler. Il y a seulement le vent, les montagnes, le lac et cet animal venu d’un autre âge.
Nous regagnons le navire alors que la lumière descend doucement sur les sommets. Les couleurs se réchauffent, les ombres s’allongent et le paysage semble ralentir avec nous.
Et comme un dernier cadeau, un gigantesque iceberg percé d’une arche apparaît devant nous. Le navire ralentit. Nous restons là, sur le pont, à regarder la lumière traverser l’ouverture et révéler les bleus profonds de cette sculpture naturelle. Autour, les montagnes s’assombrissent doucement.
Une journée où se sont mêlés un milliard d’années de géologie, la puissance des glaciers, des icebergs aux formes impossibles et la présence discrète de la faune arctique.
Une de ces journées où nous avons simplement eu la chance d’être là, au bon endroit, au bon moment.
Ce matin, nous nous réveillons au cœur de Vega Sund, dans un dédale d’îles et de chenaux aux eaux peu profondes. Le ciel anthracite se reflète sur une mer presque parfaitement lisse, offrant mille nuances de gris et d’argent. Une atmosphère calme et profondément arctique nous entoure.
Nous embarquons dans les Zodiacs pour partir à la découverte de cet archipel. L’air frais nous caresse le visage. Nous longeons les différentes îles, attentifs au moindre mouvement sur les rivages.
Notre patience est bientôt récompensée : une ourse polaire accompagnée de son ourson apparaît. La femelle s’engage dans l’eau et traverse à la nage un petit détroit avec son petit. Elle rejoint ensuite la rive et poursuit son chemin parmi les rochers, toujours attentive à son ourson, avant que tous deux ne disparaissent derrière le relief.
Un peu plus tard, une nouvelle silhouette se dessine près d’une crête : un imposant mâle. Il nous observe calmement, sans paraître impressionné par notre présence. Nous gardons nos distances et profitons de cet instant rare. Ici, nous ne sommes que de passage : l’ours polaire est chez lui, dans son royaume.

Après près de trois heures de navigation en Zodiac, nous regagnons notre navire, heureux de retrouver son confort.
Nous poursuivons ensuite notre navigation dans Vega Sund, puis le long de Sofia Sund. Montagnes sombres, falaises abruptes, îles désertes et eaux tranquilles se succèdent dans un paysage où domine une extraordinaire sensation d’immensité.
À 16 h 30, guides et passagers se retrouvent autour d’un verre pour partager les impressions et les observations de la journée. Vincent fait un point sur notre navigation et les prochaines étapes de l’expédition. Christian Kempf revient ensuite sur les rencontres exceptionnelles du matin et partage avec nous ses connaissances sur l’ours polaire et sur ce Groenland qu’il connaît si bien.
Nous mettons ensuite le cap vers l’île Sabine, en passant à proximité du cap Humboldt, où une ancienne hutte témoigne encore du passage des trappeurs et des expéditions norvégiennes dans cette région isolée.
Ces lieux portent également les traces d’une histoire plus récente. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le nord-est du Groenland fut le théâtre d’une véritable « guerre météorologique ». Allemands et Alliés cherchaient à contrôler les précieuses observations météo de l’Arctique, indispensables pour prévoir le temps sur l’Atlantique Nord. Une patrouille groenlandaise créée en 1941 pour surveiller ces immenses territoires est à l’origine de l’actuelle patrouille Sirius, qui les parcourt encore aujourd’hui en traîneaux à chiens.
La journée s’achève alors que nous poursuivons notre route vers l’île Sabine. Des ours polaires aux paysages silencieux de Vega Sund, puis aux traces de l’histoire, le Groenland nous aura une nouvelle fois offert une journée exceptionnelle.
Nous naviguons ce matin sur une mer d’huile, sous un grand soleil qui resplendit sur la Mer du Groenland. Nous faisons route vers l’ile Sabine et le site de Germania Havn où hiverna l’un des deux bateaux de l’expédition allemande constitué de la Hansa et de la Germania. Dans la matinée, Vincent nous présente la biologie de l’ours polaire et ses origines paléontologiques. Suit une présentation de l’habillement groenlandais traditionnel par Christiane tandis que Vittus et Naïa, groenlandais de la côte ouest nous donnent toutes les indications sur leur propre costume hérité de leurs parents. Ils se prêtent bien volontiers à une séance photographique sur le pont arrière où règne une température plus adaptée au port de l’anorak et de la culotte en peau d’ours qu’en salle de conférence.
L’après-midi est consacrée au débarquement dans l’anse de la Germania, là où hiverna l’un des deux bateaux de l’expédition allemande dirigée par Koldewey en 1869-1870. L’anse parfaitement abritée de la houle de l’Atlantique nous permet de débarquer sur un littoral fait de gros galets issus de l’érosion des coulées de dolérite marquant l’ouverture de cet océan il y a 100 millions d’années. La surface de cet univers minéral rougeâtre, digne d’un paysage martien, balayée par les tempêtes arctiques, est occupée par des cercles de pierre des civilisations de chasseurs venus jusqu’ici traquer morses et bœufs musqués depuis le Nord du Groenland. Des éclats de silex et la base pédonculé d’une pointe de lance nous rappellent au souvenir de ces habitants qui peuplèrent ces côtes dans les millénaires passés. Un peu plus loin, ce sont une série de plusieurs maisons enterrées de la civilisation de Thulé qui permettent à Christiane de nous dévoiler l’organisation familiale de ces campements encore jonchés des ossements des phoques, ours et morses dont se nourrissaient les ancêtres des actuels groenlandais. Aujourd’hui, nous devrons nous contenter d’une belle harde d’eiders et d’hareldes dans la lagune que vient survoler un magnifique Faucon gerfaut, le plus gros de tous les faucons, dont les territoires de chasse s’étendent aux immensités de la toundra de la côte est. Son apparition sera immédiatement saluée par une enthousiaste déclamation du poème de José Maria de Hérédia, les Conquérants : « Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, de Palos, de Moguer, routiers et capitaines, ivres d’un rêve héroïque et brutal, partaient …. »
Depuis le matin, nous poursuivons notre navigation vers le nord en longeant plusieurs fjords de la côte est du Groenland. Montagnes, vallées glaciaires et icebergs se succèdent tandis que nous faisons progressivement route vers notre destination du jour : la péninsule de Haystack.
À bord, Fabrice nous offre une passionnante conférence consacrée aux phénomènes optiques et célestes des régions polaires. Lumières, halos et autres manifestations du ciel arctique nous permettent de mieux comprendre certains des spectacles qui accompagnent nos navigations dans le Grand Nord.

Christian prend ensuite le relais et nous présente l’histoire des croisières polaires, de leurs origines jusqu’aux voyages qui permettent aujourd’hui de découvrir ces régions parmi les plus reculées de la planète.
Après le déjeuner, Christiane nous plonge dans l’univers des cultures inuit, leurs traditions et leur remarquable adaptation à cet environnement arctique.
Notre navigation se poursuit et, à mesure que nous approchons de Haystack, de grands icebergs apparaissent autour de nous. Leurs formes sculptées par la mer, le vent et la fonte se détachent dans un paysage de plus en plus sauvage.

Vers 16 h, les Zodiacs sont mis à l’eau et nous partons explorer la péninsule de Haystack.
Pour profiter pleinement du site, nous formons trois groupes. Le premier reste à bord des Zodiacs pour explorer la baie et naviguer au plus près de ses icebergs majestueux, aux formes sculptées par la mer et le vent. Les deux autres débarquent à terre : l’un part pour une longue marche à travers la toundra, tandis que le second choisit une promenade plus tranquille, permettant à chacun de découvrir le site à son rythme.
Sur l’une des plages se trouve encore une petite cabane de trappeurs norvégiens, construite dans les années 1930. Seule face à l’immensité, elle témoigne de ces hommes venus autrefois chasser et hiverner dans des conditions particulièrement difficiles.Au fil de nos explorations, nous faisons de belles observations : lagopèdes, labbe parasite, lièvre arctique et phoque viennent animer la toundra et les eaux de la baie. Au sol, quelques cercles de pierres, vestiges d’anciennes occupations inuit, nous ramènent encore plus loin dans le passé et témoignent de la présence des chasseurs qui parcouraient ces côtes bien avant l’arrivée des Européens.

Sur l’une des plages se trouve encore une petite cabane de trappeurs norvégiens, construite dans les années 1930. Seule face à l’immensité, elle témoigne de ces hommes venus autrefois chasser et hiverner dans des conditions particulièrement difficiles.
Notre promenade nous offre également de belles observations : lagopèdes, labbe parasite, lièvre arctique et phoque viennent animer la toundra et les eaux environnantes. Dans ce paysage qui semble au premier regard presque désert, la vie est pourtant bien présente, parfaitement adaptée aux conditions de l’Arctique.

Au sol, quelques cercles de pierres, vestiges d’anciennes occupations inuit, nous ramènent encore plus loin dans le passé et témoignent de la présence des chasseurs qui parcouraient ces côtes bien avant l’arrivée des Européens.
Nous regagnons finalement nos Zodiacs pour rejoindre le navire. La lumière rasante de cette fin de journée enveloppe alors les montagnes, la toundra et les icebergs de teintes presque irréelles. La mer reflète les dernières lueurs du jour et nous sommes tous subjugués par la beauté et la sérénité de cet instant.

Nous laissons derrière nous Haystack et sa petite cabane solitaire face à l’immensité. Cette nuit , nous poursuivrons notre route encore plus au nord avec un nouvel objectif : partir à la recherche de la banquise.
Hier soir, nous avons quitté les eaux groenlandaises pour mettre le cap sur le Svalbard, où nous arriverons probablement dans la nuit du 24 août. Alors que la lumière rasante de fin de journée nous offrait un dernier regard magnifique sur les icebergs près de Haystack, le navire le lendemain matin était, lui, enveloppé de brume. Dans notre cas, une bonne nouvelle : un signe possible de la proximité de la banquise dérivante que nous espérions tant côtoyer sur cette traversée.
À 10h30, alors que Vincent, notre chef d’expédition, nous proposait une conférence passionnante sur l’anatomie et la morphologie de l’ours polaire, le spectacle s’est imposé de lui-même : la banquise est en vue ! Rapidement réorganisés, chacun a commencé à apprécier les premières traces, d’abord sporadiques, à bâbord et à tribord, puis progressivement plus denses. Sur tous les ponts extérieurs, jusqu’à la pointe avant grâce à l’amabilité du commandant, tout le monde a été saisi par cette ambiance soudain plus fraîche, brumeuse, mais surtout presque mystique, face à cette banquise venue tout droit de l’océan Arctique.

Grâce aux explications de Christian Kempf, les termes de « floe », « crête de compression » ou encore « bummock » deviennent langage commun à bord. Beaucoup sont émus par cette première rencontre avec la banquise ; d’autres ne se lassent pas d’y revenir sans cesse ; tous savourent cet instant suspendu.
Notre chef d’expédition décide de profiter des bonnes conditions météo et de glace pour organiser une croisière en zodiaques. Rapidement, neuf zodiaques sont mis à l’eau, les passagers embarqués, et chacun chemine dans ce dédale de glaces sous le regard curieux de quelques mergules nains et fulmars boréaux, gardiens discrets de cette frontière blanche. Après quelques explications données par les guides, le silence se fait naturellement, à l’écoute des craquements et murmures de cette banquise, comme pour mieux savourer la chance de vivre cette rencontre unique. Ainsi, entre le Groenland et le Svalbard, à 270 km et 700 km des côtes respectives, le temps semble se figer face à cet écosystème fragile — et aujourd’hui, hautement vulnérable.
De retour à bord, notre guide Élodie complète cette sortie par une conférence sur ce monde fascinant des glaces. Les termes « frasil », « sorbet », « nilas » ou encore « shuga » viennent enrichir le vocabulaire déjà acquis et n’ont désormais plus de secrets pour nos passagers.
Après un moment convivial autour d’un goûter d’honneur servi au grand salon de l’Heritage Discoverer, en présence de Christian Kempf, de nos invités d’honneur ainsi que de toute l’équipe d’expédition, Vincent nous livre les dernières informations sur la suite de notre navigation. La fin de cette journée est agrémentée d’un concours de photographies où chaque passager peut proposer ses œuvres qui seront soumises à un jury à la fois mixte, cosmopolite et international….composé de plusieurs membres de l’équipe d’expédition! Finalement, c’est Alain qui nous bercera avec l’un des racontars arctiques de Jorn Riel, à la fois humoristique et tendre, « une balle perdue ».
Cap sur Longyearbyen !
Après les immensités sauvages du Groenland et la banquise nous faisons désormais route vers Longyearbyen, au Svalbard. La traversée est belle et paisible. La mer change de couleur au fil des heures, passant du bleu profond à des nuances d’acier et d’argent sous la lumière arctique. Autour du navire, quelques oiseaux marins nous accompagnent encore, planant au-dessus des vagues comme pour prolonger un peu le voyage.
Cette dernière journée en mer est aussi celle des souvenirs et du partage.
La matinée débute avec Florian Ledoux, photographe animalier spécialiste des régions polaires et notamment de l’ours polaire. À travers ses images exceptionnelles, il nous fait entrer dans son univers et partage son regard sur la faune et les paysages arctiques. Les photographies sont magnifiques et l’auditoire est captivé, parfois simplement silencieux devant la beauté de son travail.
En début d’après-midi, Christian Kempf nous offre une conférence consacrée aux grands explorateurs et à l’histoire de l’exploration des régions polaires. Une belle manière de replacer notre propre aventure dans la longue histoire de ces hommes et de ces femmes partis à la découverte des confins du monde.
Puis vient le moment de retracer notre propre expédition. Vincent, notre chef d’expédition, reprend les cartes du Groenland et nous fait revivre notre itinéraire, les fjords parcourus, les débarquements et les nombreuses découvertes de ces derniers jours.
Alain et Fabrice prennent ensuite le relais avec une rétrospective photographique beaucoup plus légère, ponctuée d’anecdotes et de moments parfois inattendus de notre voyage. Les rires fusent dans la salle : une belle façon de se souvenir que cette aventure aura été faite de paysages extraordinaires, mais aussi de nombreux moments de complicité.
En fin de journée vient le très attendu concours photo, avec trois catégories : faune et flore, paysage et originalité. Et cette année, nous avons le privilège de compter Florian Ledoux lui-même parmi les membres du jury. Philippe, l’un de nos passagers, se distingue en remportant deux prix avec deux très belles images, dont une étonnante photographie d’un lichen posé sur une pierre noire marbrée.
Puis vient le moment des au revoir avec notre capitaine et son équipage. Autour d’un dernier verre, nous les remercions chaleureusement pour leur accueil et leur accompagnement tout au long de cette aventure. Un moment convivial qui marque doucement l’approche de la fin de notre voyage.
L’ambiance est particulière. On échange les dernières photos, les adresses et les contacts. Les conversations se prolongent ensuite au salon et au Piano Bar. Chacun sait que ce moment marque la fin de quelque chose que nous ne retrouverons probablement jamais exactement de la même manière.
Pendant ces jours passés ensemble, nous avons partagé bien plus qu’un itinéraire : les fjords et les glaciers du Groenland, les icebergs, la toundra, la banquise, les ours polaires, mais aussi des découvertes, des émotions, des rires et des rencontres.
Cette nuit, nous arriverons à Longyearbyen. Il sera alors temps de nous dire au revoir.
Nous regagnons progressivement nos cabines après un dernier long moment de partage. Le navire poursuit sa route dans la nuit arctique et nous nous endormons une dernière fois au rythme des vagues.
Demain, chacun s’envolera vers sa destination. Mais une partie de cette aventure, elle, restera encore longtemps avec nous.
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