Xavier Allard
Arctique
3 septembre
16 septembre 2026
Xavier Allard
Arctique
Rémi Suchowierch
Guide naturaliste
Christian Kempf
Président Fondateur de Grands Espaces
François Leloustre
Groenland
Nicolas Hanuise
Biologiste
Dr Laurent Balp
Médecin d'expédition
Bernard Manuel
Compétences médicales en milieu isolé
Christiane Drieux
Spécialiste Groenland et Culture Inuit
Rémi Favre
Polaire et Animaux Marins
Après une arrivée tardive à bord du Discoverer hier soir, nous avons quitté Longyearbyen et mis le cap sur le Groenland. Le Discoverer s’est éloigné progressivement du port en longeant les fjords du Spitzberg. Le soleil s’est couché lentement derrière les montagnes, laissant place à cette lumière si particulière des hautes latitudes, qui s’attarde longtemps sur les reliefs avant de disparaître. Peu à peu, les dernières lumières de Longyearbyen se sont effacées derrière nous.

Ce matin, nous nous réveillons dans une mer agitée. La température extérieure est de 4 °C et quelques fulmars boréaux viennent frôler le navire, utilisant le vent et les mouvements de la houle pour planer presque sans effort.
Dans la matinée, notre chef d’expédition nous présente l’équipe de guides, puis le programme de la croisière et les indispensables règles de sécurité. Nous découvrons également les cartes des glaces, qui permettent de suivre l’évolution de la banquise. C’est passionnant et, à bord, on sent déjà monter l’excitation : nous nous dirigeons vers les glaces, que nous devrions atteindre demain.
L’après-midi, les conférences s’enchaînent. François nous présente la cartographie du Groenland, avant de laisser la parole à Christiane pour une conférence consacrée aux Inuits, à leur histoire et à leur mode de vie.
En fin d’après-midi, nous nous retrouvons au salon piano-bar. Plusieurs thèmes sont proposés : cartographie, découverte d’objets et d’accessoires de la vie inuite, atelier photographique… L’ambiance est conviviale et chacun commence à prendre ses marques à bord.
À 18 h 30, le capitaine nous accueille pour le traditionnel verre de bienvenue et nous présente son équipe. Puis vient l’heure du dîner, autour de plusieurs plats délicieux.
Cette première journée en mer s’achève.
Demain, si la glace nous ouvre la voie, nous entrerons dans un autre monde : celui de la banquise.
La nuit fut longue, apanage des transits vers l’Ouest où nous changeons d’heure comme nous changeons de chemise de nuit.
Mais dès 7 heures et demi, la voix de présentateur du journal télévisé de Xavier nous annonce que la banquise n’est plus qu’à 22 kms, alors même que la température est de 2° et le vent de 20 noeuds.
Après un petit déjeuner princier, le même Xavier nous attend pour une subtile conférence sur la banquise, allant jusqu’à détailler les techniques de chasse de l’ours dans ce milieu liquide solidifié.
Cette conférence se conclut sous nos yeux ébahis par l’apparition sur tribord de nos premières glaces. Cette banquise disloquée, remaniée, hérissée, épaisse et très blanche ondule au gré de la houle et du vent du sud qui la compactent du sud au nord, constituant un obstacle à toute navigation vers l’ouest. Nous la longeons donc vers des latitudes de moins en moins australes, heureusement distraits par un souffle de baleine sur bâbord, par un « trou qui souffle » dans la glace sur tribord, par un passage de labbe pomarin au zénith.
Enzo et Laurent nous réunissent alors pour une conférence très imagée sur la photo, sa technique, et sa sensibilité tant artistique qu’ASA
Après le repas chacun rejoint sa cabine pour une petite séance de révisions de la faune du Groenland, puis nous nous retrouvons pour une série d’ateliers: cartographie, approche du Groenland et objets usuels inuits.
Mais pourtant chacun de nous cherche, scrute ou épie l’ours, à travers lunette, jumelles ou zoom, jouant avec amour sur la focale et la dioptrie, car le désir s’accroît quand l’effet se recule, comme l’affirmait ce coquin de Corneille.
Ce sera finalement vers 18 heures que nous pouvons enfin briser la glace, glisser sous le vent et gagner le nord ouest, car la raison était bien de contourner cette immense bande d’épaisse et solide banquise qui nous barrait la route, ce détour nous mena tout droit vers notre premier iceberg, gros tabulaire de 400 mètres de long, pour lequel Christian nous prédit une survie de 5 ans dans cette eau de mer frisquette. Dérivant à plus de 100 kms de côte, il vient du « NEGIS » à 400 kms au nord.
Avant de diner, Xavier nous expliquera le pourquoi de ce prudent détour, et nous annoncera le programme de demain, qui nous mènera au Brodefjord.
Au matin, nous nous réveillons dans le Smallefjord, face à notre première rencontre avec les côtes du Groenland. Le paysage qui s’offre à nous est saisissant : de part et d’autre du fjord, d’imposantes falaises plongent vers les eaux calmes, révélant dans leurs parois toute l’Histoire géologique de cette terre. Les couches successives de roches sédimentaires se superposent comme les pages d’un immense livre, alternant teintes sombres, rouges, ocres et grisâtres. Ici, les événements du Krummedal ont profondément marqué la géologie de la région, tandis que la gigantesque structure de la baie d’Éléonore témoigne de l’ampleur des forces qui ont façonné ces paysages. Plissements, fractures et strates se lisent directement dans les falaises, donnant au fjord une dimension presque monumentale.
Nous embarquons ensuite à bord des zodiacs pour remonter vers le fond du fjord. L’équipe repère soudain une ourse accompagnée de son petit. Nous nous approchons avec précaution et restons de longues minutes à les observer déambuler tranquillement au milieu de la moraine terminale. La mère avance, attentive, tandis que le jeune l’accompagne dans cette vaste étendue minérale, donnant à cette scène une atmosphère aussi sauvage qu’intime.

Un peu plus tard, un troisième ours est aperçu sur les hauteurs de la moraine. Lui aussi semble parfaitement tranquille. Il descend progressivement vers la berge avant de s’installer sur un promontoire, où il joue et se nourrit d’une jambe de bœuf musqué. Cette découverte apporte une explication à la présence de plusieurs plantigrades dans ce secteur : les restes de cette carcasse constituent une ressource alimentaire particulièrement précieuse dans cet environnement où la nourriture est rare. Nous assistons alors à une scène animalière d’une rare beauté, dans un décor où la puissance minérale du Groenland contraste avec la délicatesse des comportements observés.
Après cette rencontre exceptionnelle, les zodiacs reprennent leur route en direction du front du glacier. À mesure que nous avançons, nos guides nous racontent la géomorphologie spectaculaire des lieux et le rôle majeur joué par les glaciers dans la formation de ces vallées. Leur progression, répétée sur des milliers d’années, a profondément sculpté la roche, creusant ces vastes vallées glaciaires aujourd’hui occupées par les fjords. Nous découvrons alors les différences frappantes entre une langue glaciaire morte, largement recouverte de débris et dont la dynamique s’est presque éteinte, et un front beaucoup plus actif, où la glace demeure en mouvement et continue de façonner le paysage. Les variations de couleur, de texture, de crevasses et de débris témoignent directement de cette différence d’activité. Ici, chaque relief, chaque moraine et chaque strate raconte une partie de l’histoire mouvementée du Groenland : une histoire écrite à la fois par la roche, la glace et le temps.

Cet après-midi, nous mettons pied à terre dans la baie de Peters, au cœur d’une toundra déjà saisie par les premières couleurs de l’automne arctique. Jaunes, orangés et bruns se mêlent aux mousses et aux lichens, donnant au paysage une douceur presque cotonneuse sous la lumière rasante. Notre balade nous conduit jusqu’à l’ancien site de Jonsbu, une station norvégienne de chasse et de radio édifiée en 1932 lors de l’expédition de John Schjelderup Giæver, l’un des grands trappeurs norvégiens de l’Est groenlandais. La petite station servit notamment de base aux chasseurs qui passaient ici les longs hivers arctiques, avant d’être détruite en août 1943 par le patrouilleur américain Northland, pendant la Seconde Guerre mondiale, afin d’éviter que ses installations ne puissent être utilisées par les forces allemandes. Aujourd’hui, il ne reste que les traces de cette histoire humaine, presque absorbées par la toundra. Les différents groupes déambulent dans cette végétation basse et duveteuse, tandis que plusieurs lièvres arctiques se laissent approcher à seulement quelques mètres, offrant de magnifiques rencontres avec cette faune parfaitement adaptée aux immensités groenlandaises. Autour de l’ancien site, nos guides font revivre l’époque des trappeurs, racontant ces hommes qui venaient ici s’isoler durant des mois, dépendants des ressources de ce territoire sauvage. Au milieu de la toundra, des ossements et de grands crânes de bœufs musqués parsèment encore le sol : autant de vestiges silencieux qui témoignent de la vie passée dans cette région et donnent à notre promenade une atmosphère singulière, entre histoire polaire, nature sauvage et premières prémices de l’hiver.
Nous nous réveillons ce matin avec un très beau soleil et une mer d’huile. Le reflet des montagnes du Bodefjord se reflètent dans le miroir de l’eau claire de cet endroit.
Après un copieux petit déjeuner, nous nous préparons pour une sortie en Zodiac.
Le temps est clément et la température douce. Nous commençons notre expédition vers un petit glacier qui a déjà beaucoup reculé et dont la langue glacière n’atteint plus le rivage.
En arrivant une variété de faune s’offre à nous. tout d’abord des phoques essentiellement des phoques annelés qui s’approchent très près de nos embarcation en nous n’argüant d’un oeil malicieux. Ils viennent jouer avec nous.

Un peu plus loin dans un coin de toundra, Rémi aperçoit un lagopède. Il est facile à voir car déjà dans un plumage quasi immaculé. Certains le verrons de près les autres le verrons virevolter de pierre en pierre.
Nous continuons notre périple au milieu des phoques joueurs et nous arrivons devant le front du glacier qui ferme ce fjord. Nous assistons alors à de petites chutes de glace qui par deux reprises un vêlage très spectaculaire de plusieurs dizaines de tonnes de glace qui s’effondrent dans la mer créant ainsi une onde adoucie par la profondeur des flots.
Un peu plus loin nous voyons un grand groupe de goélands essentiellement des immatures et un petit groupe de mouettes tridactyles à la pêche.
Nous continuons notre navigation dans le crash où nous pouvons percevoir le bruit des millions bulles emprisonnées dans la glace et qui éclatent à notre passage.
Nous retournons ensuite au bateau, l’esprit vagabond de toutes ces belles images.
La navigation reprend pour parcourir les nombreux mile qui nous séparent de Vega sud notre destination espérée pour le lendemain.
Après le repas Xavier a prévu des conférences.
Tout d’abord Christian va nous parler des trappeurs. Leurs motivations étaient parfois multiples. Bien sur tout d’abord l’appât du gain mais aussi parfois des raisons plus intimes comme une rupture sentimentale ou des faits délictueux. Leur vie faite d’isolement, de froid, de glace, de nuits continues, de traineaux et de chiens est racontée de façon romanesque dans les racontars arctiques de Jorn RIEL. Le plus célèbre d’entre eux Rudy Le Rouge compte à son actif plusieurs centaines d’ours tués pendant sa vie de trappeur.
Ensuite Enzo va nous parler de l’ursus maritimus. depuis sa division récente de la famille des ours, ses caractéristiques physiques, son alimentation, ses cycles de reproduction. Sa populations stable car son plus grand prédateur, l’homme prélève environ mille ours par an ce qui correspond environ à sa capacité de reproduction. plus que les modifications récentes du climat l’homme est le plus grand péril de l’ours blanc.
Ensuite pendant les goûters conviviaux plusieurs ateliers sont organisés. La micro faune arctique par Rémi, les vêtements inuit par Christiane, la photographie pratique par Laurent. Ces moments particuliers sont des instants d’échange, de dialogue, de résolutions de difficultés.
Pendant le repas nous profitons d’une belle navigation entre les iles. Un peu plus tard le coucher de soleil sublime ces paysages de sa teinte rouge orangée
Après cette belle journée, le coucher est proche. Il s’est vite éloigné quand avant minuit Xavier nous annonce la présence d’aurores boréales out d’abord petite puis qui s’est développée au fil des minutes embrasant la voute céleste de ses flammes irisées.
Après cette très belle observation ou la quasi totalité des passagers était présent il est l’heure d’aller au lit. Les yeux plein des toutes ces merveilleuse images.
Après avoir navigué vers le sud durant toute la nuit, nous approchons ce matin d’un vaste détroit bordé d’îles et d’îlots sauvages. Ce secteur arctique, particulièrement propice à l’observation de la faune, retient immédiatement toute l’attention de l’équipe d’expédition. Dès l’arrivée à proximité des premières terres, les guides prennent position en passerelle, jumelles vissées aux yeux, à la recherche du maître des lieux : l’ours polaire.
Les efforts de veille sont rapidement récompensés. Un premier ours est signalé, nageant dans une passe entre deux îles. Notre navire poursuit sa progression sur quelques milles avant que nous ne nous préparions à embarquer dans les zodiacs pour explorer plus attentivement les environs. D’autres silhouettes ont déjà été repérées au loin et la matinée s’annonce prometteuse.

Au cours de notre navigation, nous observons d’abord un ours solitaire marcher en direction d’une crête. Puis notre attention se porte sur une tache blanche aperçue au loin. À mesure que nous nous rapprochons, plusieurs silhouettes se dessinent : une ourse adulte accompagnée non pas d’un, ni de deux, mais de trois oursons !
Indifférents à notre présence et observés à distance respectueuse, les quatre ours alternent périodes de repos et déplacements à travers la végétation de la toundra. Deux des jeunes s’offrent même une baignade. Un détail intrigue particulièrement nos guides : le troisième ourson présente une corpulence nettement supérieure à celle des deux autres, suscitant de nombreuses hypothèses et discussions à bord des embarcations.

Comme si cette rencontre ne suffisait pas, un renard polaire apparaît à son tour. Il furette quelque temps parmi les rochers avant de s’éloigner en direction des hauteurs. En quelques instants, deux des espèces les plus emblématiques de l’Arctique se sont ainsi dévoilées devant nous.
Nous poursuivons ensuite notre exploration dans une petite baie protégée. Des lagopèdes semblent en garder l’entrée tandis que d’importants groupes de hareldes boréales trouvent refuge dans les eaux plus calmes du fond de la baie. Le paysage offre également un remarquable aperçu de la géologie de la région, avec d’imposantes formations et colonnes basaltiques qui témoignent de son histoire volcanique.
Avant de regagner le navire, la faune nous réserve encore plusieurs rencontres. Nous observons différents ours solitaires : l’un vient tout juste de sortir de l’eau tandis que d’autres se reposent dans la toundra. Parmi eux se trouve un imposant mâle, que nous avons la chance de pouvoir longuement observer et photographier tout en maintenant les distances nécessaires.
Dans l’après-midi, nous repartons en zodiac pour explorer plus profondément le secteur. Cette région possède également une histoire particulière pour certains membres de l’expédition, qui y ont autrefois participé à des campagnes d’études ornithologiques. Retrouver ces paysages plusieurs décennies plus tard constitue un moment chargé d’émotion.
La chance continue de nous accompagner. Sur une colline dominant une baie, une ourse et ses deux oursons sont installés dans la toundra. Nous les observons à bonne distance avant de poursuivre notre navigation. Un peu plus loin, un autre grand mâle se laisse à son tour admirer.
Les conditions météorologiques commencent cependant à évoluer. Le vent forcit progressivement et soulève une mer de plus en plus hachée, nous rappelant combien l’environnement arctique peut changer rapidement. Il est temps d’entamer le retour vers le navire.
Un dernier détour nous offre pourtant une nouvelle surprise : nous apercevons de près notre premier bœuf musqué. Avec sa silhouette massive, son épaisse toison et son allure préhistorique, cet animal emblématique des hautes latitudes vient compléter une journée déjà exceptionnellement riche.

De retour à bord, les guides nous réunissent pour dresser le bilan des observations. Le chiffre est impressionnant : 25 ours polaires ont été aperçus au cours de la journée, un total remarquable qui restera longtemps dans les mémoires. C’est également l’occasion de revenir sur la géologie particulière de la région et notamment sur les spectaculaires formations basaltiques observées au fil de nos explorations.
En soirée, nous quittons progressivement le secteur pour poursuivre notre navigation vers de nouveaux paysages arctiques. La houle du large se fait bientôt sentir et chacun regagne le confort de sa cabine, la tête encore remplie des images de cette journée hors du commun : ours polaires, oursons, renard polaire, oiseaux arctiques et bœuf musqué auront fait de ces quelques heures un véritable concentré de vie sauvage.

Ce matin, nous croisons dans le magnifique Fjord de l’Empereur François Joseph (Kaiser Franz Joseph Fjord), dominé par des flancs montagneux escarpés.
Nous passons bientôt sous l’imposante falaise d’Attestupan, dominant le fjord du haut de ces 1300m de tombant et nommée par le Suédois Nathorst lors de son expédition de 1899 en référence au mythe viking de la « falaise des suicides ».
Nous rencontrons alors notre premier champ d’icebergs géants : le paysage est grandiose.
Après le petit déjeuner, nous sortons pour une première excursion dans le Kjerulf Fjord, sur le site historique de Paradisdal, où nous apercevons au loin nos premiers bœufs musqués.
Pendant que les petits marcheurs écoutent le récit passionnant de Christiane sur les maisons d’hiver des inuits de la civilisation de Thulé, les grands marcheurs débarquent plus loins pour tenter l’approche de bœufs musqués aperçus sur les hauteurs.
Quel bonheur de mettre pied à terre et grimper dans la toundra aux couleurs d’automne !
Après quelques mètres de dénivelé, quelques bœufs musqués se laissent photographier pour notre plus grand plaisir.

Après cette excursion, les grands marcheurs débarquent à Paradisdal pour la visite guidée du site : Christiane et Valentine font parler les pierres pour évoquer le passé des inuits thuléens pendant que d’autres visitent la cabane de trappeurs rénovée par l’association Nanok ou tentent l’approche d’un bœuf musqué conciliant couché non loin.
Pendant ce temps, un petit groupe de non marcheurs préfèrent explorer le Kjerulf Fjord avec Christian et Laurent : leur prospection est récompensée par l’observation d’une mère ours et de son petit, ainsi qu’une mère bœuf musqué et son taurillon : quelle chance !
De retour au bateau, après avoir repris des forces, nous ressortons les zodiacs pour un raid de 20 km de slalom entre les icebergs géants du Franz Kaiser Joseph.
Issus du glacier de Nordenskjöld, ces géants des glaces partent à la dérive, poussés au gré des vents et courant, soit vers la sortie, soit piégés dans les cimetières d’icebergs tels que le fond du Kjerulf Fjord.
Nous rentrons congelés mais très heureux de cette magnifique sortie dans le monde des glaces.
Alors que certains dégèlent dans le jacuzzi bouillonnant, la soirée est consacrée au traditionnel Récap de la journée : les maisons thuléennes par Christiane, les lagopèdes par Nicolas et le point programme par Xavier.
Il est temps de dîner pour faire le plein d’énergie : il faudra être en forme pour la sortie très matinale prévue demain !
Ce matin, le réveil sonne autour de 5 h 30 pour une opération sur un site abritant une cabane de trappeur ainsi que des vestiges d’élevage de renards arctiques. Le ciel est dégagé et les premiers rayons du soleil illuminent d’une lueur flamboyante les sommets qui surplombent le fjord de Moskusoksefjord (littéralement « le fjord des bœufs musqués »). Les reflets sur les faces rouges des roches sédimentaires renforcent les couleurs automnales de la toundra.
Nous partons visiter cette cabane, relativement bien préservée, ainsi que les enclos où des tentatives d’élevage de renards arctiques ont été menées. Il y a également des vestiges de pièges à renards, sortes de plaques en bois recouvertes de roches, qui servaient alors à tuer l’animal.
Nous rentrons prendre le petit-déjeuner et une seconde opération est planifiée plus tard dans la matinée : une marche d’une centaine de mètres de dénivelé dans la toundra pour surplomber l’un des plus grands fronts glaciaires de cette zone du parc national du Nord-Est du Groenland, le glacier Waltershausen : 140 km de long pour un front de glace large de 11 km.
Le vent s’est levé et le trajet en zodiac sur la plage est relativement humide. Une fois arrivés, nous serpentons dans la toundra jusqu’à atteindre le point de vue. « Spectaculaire » est le premier mot qui vient à l’esprit : nous surplombons ce géant de glace millénaire et pouvons imaginer et entrapercevoir le domaine de la calotte polaire du Groenland, qui débute plus à l’ouest. Les reflets du soleil sur la glace permettent d’en appréhender toute la complexité et les contrastes.
Sur le chemin du retour, nous croisons une famille de lièvres arctiques, une quinzaine ! Nous rejoignons sans encombre nos zodiacs, laissés sur la plage et maintenus par des ancres afin d’éviter que les vents catabatiques ne les éloignent du rivage.

Nous mangeons copieusement pour reprendre des forces après ces deux opérations du matin. Nous avons l’impression que c’est la fin d’après-midi, mais une troisième et dernière sortie nous attend cette après-midi, cette fois-ci au cap Ovibos (qui signifie également « cap des bœufs musqués », mais que nous ne verrons pas ici).
Ce cap est très exposé et la houle y est souvent très forte. Heureusement, Xavier, notre chef d’expédition, nous annonce que la météo est très bonne : peu de vent, car nous sommes abrités, et pas de houle non plus.
Le trajet en zodiac est relativement court et nous dépose devant une cabane offrant une vue imprenable sur la partie est du fjord de l’empereur François-Joseph. De là, on voit l’embouchure de ce fjord et le large.
Cette petite cabane, ravitaillée et entretenue par la patrouille Sirius, ne comporte qu’une minuscule pièce dans laquelle on peine à se tenir debout, ainsi qu’un vestibule très étroit faisant office de lieu de stockage pour le combustible du poêle. Des bouts de bois, des restes de branchages et du charbon servent alors à chauffer la cabane lors des mois les plus rudes de l’année.
Nous partons en différents groupes de marche. Nous atteignons les parties hautes de ces contreforts de toundra et apercevons une vue plus dégagée sur l’immense fjord. Plus à l’ouest, nous apercevons l’entrée du fjord Geologfjord, divers icebergs disséminés et, au loin, la formation rocheuse du « Château du Diable », notre destination prévue pour le lendemain.
En redescendant, un iceberg se fracture et se retourne en face de la plage. Nous redescendons aisément vers les zodiacs sur cette toundra rougeoyante. Les myrtilles des marais, les baies des ours ainsi que les saules colorent ainsi le sol, donnant parfois à voir des teintes irréelles, faisant écho aux falaises de grès rouge qui nous entourent.
De retour au navire, Enzo nous parle des roches sédimentaires du fjord et Nicolas des huttes de trappeurs ainsi que des pièges à renards que nous avons vus.
Xavier nous indique qu’un gros coup de vent se prépare pour les deux prochains jours, avec des vents à 60 nœuds et des creux de 7 mètres ! La décision est prise de rester un jour de plus dans ce dédale de fjords pour continuer à explorer et découvrir les secrets cachés de l’est du Groenland.
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