Fabrice Capber
Guide Polaire
6 août
15 août 2026
Fabrice Capber
Guide Polaire
Rémi Suchowierch
Guide naturaliste
Élodie Marcheteau
Géologie
Alain Desbrosse
Spitzberg
Christian Kempf
Président Fondateur de Grands Espaces
Christiane Drieux
Spécialiste Groenland et Culture Inuit
François Leloustre
Groenland
Vincent Lecomte
Écologie Polaire
Dr Laurent Balp
Médecin d'expédition
Justine Forest
Conseillère voyage
Au départ de Paris, notre voyage vers le Groenland débute en… Islande. En effet, nous nous sommes levés très tôt ce matin pour atterrir avant 9 h à Keflavík, sur la péninsule de Reykjanes (qui signifie « péninsule des fumées »), après un court vol de 3 h. Malheureusement, un ciel bas, une pluie fine ainsi qu’une brume coriace ne nous permettent pas de profiter pleinement des paysages alentours et de leurs fumerolles caractéristiques, mais nous ne nous démontons pas et partons envers et contre tout visiter des sites pittoresques et sauvages de la péninsule, accompagnés par les guides Élodie et Fabrice. Au moins, nous avons enfin fui la canicule européenne : il fait 12 °C, quel bonheur !
Notre périple débute par la visite de deux phares à la pointe ouest de la péninsule. Le plus ancien des deux, le phare de Garðskagi, a été construit en 1897 pendant une période de trafic maritime accru autour de la côte sud-ouest. Haut de 28 mètres, ce phare carré en béton a remplacé les feux de signalisation plus anciens qui guidaient les navires depuis des siècles. La construction robuste du phare reflète les conditions difficiles de l’Atlantique Nord qui ont coûté la vie au commandant Charcot le 16 septembre 1936, plus au nord sur la même côte. Construit en 1944, le second phare s’élève à 35 mètres depuis une base rouge. Plus moderne, il a intégré la technologie avancée des lentilles de Fresnel, améliorant considérablement la portée et la fiabilité du signal lumineux. De plus, Fabrice, notre guide vétérinaire, nous apprend que c’est non loin de là, sur l’îlot d’Eldey, que le dernier couple de grands pingouins a été tué en 1844.
Nous continuons la route plus au sud pour visiter un site remarquable dénommé Gunnuhver. Il s’agit du plus grand bassin de boue chaude d’Islande, un chaudron de 20 mètres de large rempli de boue en ébullition, situé dans un champ géothermique avec des jets de vapeur bruyants et un sol teinté de minéraux bigarrés. Il est nommé d’après Gunna, une femme fantôme vengeresse du riche folklore islandais qu’on dit avoir été piégée dans cette source bouillonnante. Notre guide géologue Élodie nous explique en détail la formation des champs géothermiques, mais également celle de toute l’Islande, voilà 20 millions d’années. Une belle leçon de vulcanologie.
Nous devons désormais rejoindre notre navire à Keflavík, le Discoverer, mais nous avons le temps de faire une dernière halte rapide sur un site appelé le Pont entre deux continents, où la dorsale médio-atlantique émerge au-dessus du niveau de la mer. L’Islande est l’un des rares endroits au monde où cette dorsale est visible à terre, et la péninsule de Reykjanes possède certains des exemples les plus accessibles de cette frontière entre les plaques nord-américaine et eurasienne, qui s’écartent de 2,5 cm chaque année.
En chemin, l’histoire de ce jeune et petit pays, depuis les premiers colonisateurs norvégiens guidés par Ingólfur Arnarson en l’an 874 jusqu’aux temps modernes, nous a également été contée par les guides.
Nous rejoignons à temps pour le déjeuner notre bateau qui va nous emmener découvrir le Nord-Est groenlandais et peut-être observer une éclipse totale de Soleil si le temps veut bien se ranger de notre côté, car, pour le moment, ce sont encore des conditions météorologiques difficiles, typiques de cette île islandaise, qui ont retardé le départ du Discoverer de quelques heures.
Nous profitons de l’après-midi pour découvrir nos chambres et le bateau, participer à l’exercice d’abandon du navire obligatoire pour la sécurité de tous et écouter Vincent, notre chef d’expédition, nous parler de cet immense et fantastique territoire qu’est le Groenland, avant que les guides ne se présentent. Ça y est, nous sommes certes fatigués par cette longue journée, mais prêts pour cette expédition prometteuse.
Après une nuit bercée par une houle généreuse, nous nous réveillons dans une mer encore bien formée. Le Discoverer poursuit sa route vers le nord de l’Islande. Au loin se dessinent les silhouettes acérées des montagnes volcaniques des Vestfirðir, sculptées par des millions d’années d’activité volcanique, puis par les glaciers. Les pentes d’un vert profond contrastent avec le noir des anciennes coulées de lave, tandis que les brumes matinales enveloppent doucement le paysage.
Compte tenu des conditions de mer, le capitaine a choisi de longer les côtes islandaises afin de profiter de l’abri offert par les fjords et de limiter les effets de la houle.
La matinée débute par la présentation des consignes de sécurité, animée par Vincent, notre chef d’expédition. Il rappelle les règles essentielles de sécurité ainsi que les précautions lors de nos futures excursions, notamment en présence potentielle d’ours polaires.
Nous retrouvons ensuite Fabrice, notre guide naturaliste et vétérinaire, qui nous entraîne dans une passionnante conférence consacrée aux mammifères marins de l’Atlantique Nord : baleines, phoques, morses et autres espèces.
À l’heure du déjeuner, le Discoverer vient s’abriter dans le majestueux Ísafjarðardjúp, le plus vaste système de fjords des Vestfirðir. Ce vaste fjord a été creusé par les glaciers il y a des milliers d’années.
L’après-midi est placé sous le signe de la détente. Certains rejoignent le confort de leur cabine, tandis que d’autres se retrouvent au salon pour un tea time accompagné de délicieuses pâtisseries. Installés dans les confortables fauteuils panoramiques, passagers et membres de l’équipe d’expédition échangent librement autour des paysages, de la faune, de l’histoire de l’Arctique et des aventures qui nous attendent.
À l’extérieur, plusieurs fulmars boréaux, l’un des oiseaux marins les plus emblématiques d’Islande, glissent avec une étonnante élégance au ras des vagues, sans presque battre des ailes.

À 17 h 30, Élodie nous propose une conférence consacrée au Groenland. Elle retrace l’histoire de cette immense terre arctique, son peuplement et les grandes migrations qui l’ont façonnée au fil des millénaires. Les questions fusent.
En fin de journée, Vincent nous réunit pour le briefing quotidien. Il présente le programme de la nuit ainsi que les activités prévues pour la journée de demain.
Cette nuit, le Discoverer traversera le détroit du Danemark.
Pendant la nuit, le Discoverer a gardé une belle allure et est sorti de la dépression en se rapprochant des côtes du Groenland.
Les premiers icebergs brillent au soleil, les fulmars boréaux tournent autour du navire et un souffle de baleine a été aperçu au loin : nous sommes en zone polaire !
Nous avons dormi une heure supplémentaire en passant de l’heure islandaise à celle du Groenland, et c’est bien reposés que nous rejoignons la salle à manger pour un copieux petit-déjeuner.
À 10 h 15, dans la salle de conférence, François nous retrace l’histoire du Groenland, de l’occupation américaine durant la Seconde Guerre mondiale, de sa marche vers l’indépendance et des réactions récentes du peuple groenlandais face aux déclarations brutales et parfois guerrières de Donald Trump.
Avant le déjeuner, nous allons essayer nos bottes, bien rangées sur des étagères dans la salle « mud-room ».
Durant le déjeuner, se découpent les côtes du Groenland : glaciers, fjords, sommets enneigés et nunataks.

La conférence de Christiane sur le peuplement d’Ittoqqortoormiit doit être retardée pour nous permettre d’admirer un ballet de nombreuses baleines : baleines à bosse, baleines de Minke et rorquals communs. Tout le monde sur le pont ! Les baleines sont parfois très proches du navire !
Christiane nous explique ensuite pourquoi et comment un village a été créé à l’embouchure de cet immense fjord, le Scoresby Sund. Puis c’est au tour d’Élodie de nous présenter ce que nous aurons le temps de voir du village actuel lors de l’excursion à terre prévue après le dîner.

À 18 h 45, nous sommes tous conviés au « repas de gala ». Un succulent dîner, cinq plats servis par l’équipe de restauration, qui a très vite trouvé ses marques et nous gâte avec de très gentilles attentions.
Après ce dîner, nous regagnons nos cabines pour nous équiper pour notre première sortie. Nous allons mettre les bottes essayées ce matin et inaugurer nos gilets de sauvetage.
Enfin, nous débarquons au Groenland, à Ittoqqortoormiit exactement. Les lumières du soir illuminent les sommets, pas de vent ni de vagues : nous voici sur la plage de galets d’Ittoqqortoormiit, prêts à visiter ce village du bout du monde, créé en 1925 à l’initiative du gouvernement danois et surtout d’Einar Mikkelsen, dont le buste en bronze, qui domine le village, est le but de notre première visite.
Ensuite, nous allons à l’église, où Christiane nous explique la technique de la chasse traditionnelle en kayak avec un harpon à propulseur. Puis chacun déambule à sa guise, parfois au milieu des nombreux lièvres arctiques, non loin de l’école.
23 h, il faut regagner la plage où les zodiacs nous attendent pour regagner le navire, notre chambre et notre lit.
Demain matin, à notre réveil, les premières montagnes du Groenland devraient apparaître à l’horizon. Une nouvelle étape de notre expédition commencera alors, au cœur de la plus grande île du monde.
Pendant notre sommeil, le Discover a progressé à bonne allure. Le soleil illumine les cabines. Nous nous réveillons dans un décor de rêve : le pays des superlatifs.
Déjà, l’équipe des guides s’affaire à mettre à l’eau les zodiacs pour notre première longue croisière découverte de la baie des Vikings dans le Scoresbysund. Nous sommes dans le plus grand système de fjords et le plus vaste parc national du monde.

Après un copieux petit déjeuner et un rapide passage dans la salle des bottes, gilets ajustés, lunettes de soleil sur le nez, nous embarquons !
Les zodiacs glissent sur une mer lisse comme un miroir. Très vite, les incroyables richesses de l’immense parc s’offrent à nous : glaciers, icebergs, oiseaux, fleurs, roches… encore et encore !
À gauche, à droite, de toutes parts, d’imposants et paisibles icebergs miroitent et ponctuent la baie. Alertées par notre venue, des centaines de gracieuses sternes virevoltent et piaillent au-dessus de nos têtes. Une mouette ivoire accompagne notre sillage. De larges tapis écarlates d’épilobes nous accueillent, tandis que de sombres orgues de basalte sculptent les parois du rivage. Quelques guillemots à miroir se chamaillent en déployant leurs petites ailes noires ornées d’une tache blanche.

Dans les flancs des montagnes environnantes, des glaciers ont creusé leur lit et serpentent vers les eaux de la baie. De longues traînées de moraine soulignent les méandres de ces fleuves de glace. Tout est calme, lumineux, immense.
Soudain, un iceberg bleuté attire notre attention. Il oscille, se balance. Nous retenons notre souffle… il semble prendre son élan… pour finalement se retourner, s’enfoncer dans les eaux et en ressortir, tel un bouchon mué par une puissance phénoménale, puis reprendre son équilibre.
Le fond de la baie des Vikings est barré par l’immense front crevassé du glacier Brede. Un brash très dense nous incite à rejoindre les eaux libres bordant les rives. Autre émerveillement : tapies dans d’étroites gorges, de gigantesques cascades tombent des sommets en soulevant un voile de brume irisé. Mais il est déjà l’heure de rejoindre le bateau, où l’équipe hôtelière nous attend pour le déjeuner.
C’est sans compter de nouvelles surprises. Rémi vient d’apercevoir deux jeunes oursons nageant à la suite de leur mère, puis, à nouveau, une autre ourse se prélassant nonchalamment sur une plaque de glace. Cette première croisière en zodiac nous gâte vraiment !
Au retour de cette longue et mémorable matinée, le déjeuner est amplement apprécié.
Après un moment de détente et de contemplation du paysage depuis les coursives, nous nous retrouvons dans la salle de conférence pour une présentation, par Fabrice, de la baleine à bosse. Pas de doute, nous la reconnaîtrons maintenant entre toutes !
À 16 h 30, le traditionnel « tea time » nous réunit dans le grand salon pour quelques petites viennoiseries et des échanges avec nos guides. Vincent nous montre des échantillons de minéraux témoins de la géologie du Groenland.
Puis c’est le cocktail du commandant, Obrist Roman. Celui-ci nous présente son équipe, qui œuvre en coulisses pour faire de cette croisière expédition un souvenir ineffaçable.
Un savoureux dîner clôt cette journée riche en émerveillement et en émotions.
Après avoir longé la Terre de Liverpool toute la nuit, le Discoverer embouque le fjord du Roi Oscar au petit matin, sur des eaux parfaitement calmes, sous un ciel nuageux aux mille nuances de gris. Nous faisons route en direction du site de Haslum, une baie parfaitement abritée sur la côte sud-est de la grande île de Traill.
Après une présentation de la biologie de l’ours polaire par Rémi et Vincent le matin, l’après-midi est consacrée à la découverte de la toundra et des paysages glaciaires de cette île qui ferme le fjord côté est. Deux groupes de marcheurs et un groupe constitué d’explorateurs en zodiac partent à la découverte des toundras colorées du vert des saules et des bouleaux nains ou du rouge vermillon des massifs de raisin d’ours.
Des pics escarpés dominent des niveaux de plages fossiles étagées sur plusieurs dizaines de mètres d’altitude. Tout près du lieu d’échouage des zodiacs, des cercles de pierres marquent l’emplacement d’un campement de chasseurs paléo-inuits qui vivaient ici au cours des millénaires passés. Au centre du cercle, des plaquettes de grès délitées par l’action du gel et du dégel marquent la zone du foyer, entretenu grâce à la graisse des phoques ou des morses chassés.
La toundra ne résonne plus aujourd’hui que du chant plaintif du Grand Gravelot, dont les jeunes, parfaitement emplumés, volètent tout près de nous, tandis que le Plongeon catmarin, au miaulement lancinant, accompagne son jeune de l’année en bordure du rivage.

Le groupe des grands marcheurs, parti à l’ascension du sommet dominant la baie, redescend pour être récupéré sur la rive sud de la baie, où les adeptes du bain en eau froide ont fait trempette, le temps que les zodiacs viennent rapatrier tout notre groupe sur le Discoverer, dont la table bien garnie nous attend pour le repas du soir.
Ce matin, le soleil radieux illumine la baie de Dromebugt, révélant toute la richesse minérale de ses paysages. Les parois rocheuses qui nous entourent présentent de magnifiques teintes rougeâtres, orangées et brunâtres, témoins de l’oxydation des minéraux riches en fer contenus dans la roche. Sous cette lumière rasante, ces couleurs contrastent avec les derniers névés et le vert tendre de la toundra, donnant au fjord une atmosphère presque irréelle.
Les zodiacs sillonnent lentement la large baie, dont les eaux parfaitement calmes reflètent les reliefs environnants. À bord, nos guides nous expliquent les différentes formes d’érosion qui ont façonné ce fjord au fil du temps. L’action des anciens glaciers a profondément sculpté le paysage, donnant naissance à cette vallée caractéristique en U, aux versants larges et abrupts. Plus récemment, l’eau de fonte et les précipitations continuent de remodeler les reliefs : elles s’engouffrent dans les pentes, creusent des ravines et des canyons avant de déposer les matériaux arrachés au relief sous forme de cônes de déjection. Ceux-ci s’étalent progressivement jusqu’à la mer, formant de vastes pentes douces au pied des versants.
Autour des zodiacs, plusieurs femelles eiders voltigent à la surface de l’eau, certaines accompagnées de leurs petits. Puis, au détour d’un regard vers les hauteurs, quelques silhouettes sombres attirent notre attention : des bœufs musqués ont été repérés sur un névé tardif, à plusieurs centaines de mètres du rivage. L’équipe d’expédition décide alors de nous faire débarquer afin de tenter une approche, tout en conservant une distance respectueuse avec ces imposants habitants de l’Arctique.

Nous les observons finalement à quelques centaines de mètres. Le petit groupe est composé d’un mâle, de deux femelles et d’un jeune. Tous quatre sont paisiblement allongés dans la neige, profitant manifestement de sa fraîcheur. Ils ne semblent nullement perturbés par notre présence. À nos pieds, les sols polygonaux témoignent du gel et du dégel répétés qui caractérisent le pergélisol arctique. Tout autour, la toundra est étonnamment verdoyante, offrant un contraste saisissant avec les névés encore présents sur les hauteurs.
Le silence, la lumière, les couleurs du paysage et la présence tranquille de ces animaux emblématiques composent un instant particulièrement bucolique. Un moment suspendu, loin de toute agitation, avant de reprendre doucement le chemin du navire. Nous regagnons les zodiacs, puis notre bateau, où nous attend le déjeuner.
L’après-midi est consacrée à la navigation, tandis que nous mettons le cap vers une zone particulièrement favorable à l’observation de l’éclipse tant attendue du lendemain. À bord, nos guides se succèdent en salle de conférence pour nous éclairer sur ce phénomène astronomique aussi rare que fascinant. Fabrice partage avec nous son expérience de chasseur d’éclipses et nous prodigue de précieux conseils sur les techniques photographiques, sans oublier les consignes de sécurité, à prendre très au sérieux durant ce spectacle céleste. Christiane, notre anthropologue, nous invite quant à elle à découvrir une dimension plus spirituelle et mythologique de l’éclipse, en évoquant la manière dont différents peuples ont interprété ce phénomène au fil des siècles, notamment chez les peuples inuits.
Le traditionnel Tea Time devient ensuite un agréable moment d’échange et de convivialité, propice aux discussions avec nos différents guides ainsi qu’avec notre directrice de croisière. En soirée, la navigation se poursuit dans une atmosphère calme et sereine. Peu à peu, les lumières crépusculaires viennent souligner les reliefs des Alpes de Stauning, offrant un panorama grandiose dont les teintes changeantes nous laissent quelque peu songeurs, à la veille de l’événement que nous attendons tous avec impatience.
La matinée commence dans une brume épaisse, qui estompe les contours de la côte de Blosseville et donne au paysage une atmosphère presque suspendue. Puis le soleil apparaît derrière les nuages lorsque les zodiacs quittent le navire, éclairant par touches les montagnes et le front du Bartholin Bræ.
Sur le chemin, un immense iceberg en pinacle, près de 25 mètres émergés, nous rappelle brutalement notre petite taille face à la nature. Et soudain, au détour de la côte, une silhouette jaunâtre dans l’eau : un ours polaire ! Il nage tranquillement le long du rivage, comme si nous n’étions pas là, poursuivant sa route vers la sortie du fjord.

Nous reprenons notre navigation, encore sous le coup de cette rencontre, lorsqu’une nouvelle forme attire les regards sur les pentes. Un deuxième ours ! Il descend lentement un vaste cône d’éboulis jusqu’à la plage, s’arrête et nous observe avec curiosité. Après quelques instants, il entre lui aussi dans l’eau et se met à nager. Deux rencontres totalement inattendues, en quelques minutes seulement. Le seigneur de l’Arctique, que nous avons déjà eu la chance d’observer ces derniers jours, continue décidément de nous surprendre.
Nous longeons ensuite le front du Bartholin Bræ, observant ses grandes moraines médianes, témoins de la convergence des différentes langues glaciaires qui alimentent le glacier depuis l’Inlandsis. Derrière lui, les immenses falaises basaltiques de la côte de Blosseville racontent une histoire vieille d’environ 60 millions d’années, née du volcanisme lié à l’ouverture de l’Atlantique Nord.
Sur le chemin du retour, un troisième ours apparaît très loin sur la rive opposée. Trois ours déjà, et pourtant la journée était loin de nous avoir livré toutes ses surprises.

Après un point précis sur les horaires de l’éclipse, nous repartons dans le fjord adjacent au Bartholin Bræ. La phase partielle commence et, très vite, la lumière change. Une nouvelle silhouette apparaît au-dessus de la plage : un quatrième ours polaire. Il marche tranquillement, sans même sembler remarquer les zodiacs.
Peu à peu, la lumière continue de décliner. Le paysage se transforme, les couleurs s’éteignent, et l’attente devient palpable. Lorsque la Lune finit par recouvrir entièrement le Soleil, nous entrons à notre tour dans la nuit.
En quelques secondes, le jour disparaît. Le silence s’installe. Le froid devient soudain perceptible. À l’horizon, le ciel reste embrasé de couleurs crépusculaires tandis que Vénus et Jupiter apparaissent dans cette nuit soudaine.
Pendant un peu plus d’une minute trente, nous sommes suspendus à ce spectacle. La couronne solaire apparaît autour de la Lune, délicate et éclatante, tandis que tout autour de nous semble figé. Personne ne semble vraiment savoir quoi dire. C’est indescriptible. Une éclipse totale est déjà un phénomène exceptionnel ; la vivre ici, au cœur d’un fjord sauvage du Groenland, entourés de montagnes, d’icebergs et d’ours polaires, est une expérience qui dépasse tout ce que nous pouvions imaginer.
Et puis, en un instant, la lumière revient. Un éclat surgit autour de la Lune, le jour reprend ses droits et le monde se remet doucement en mouvement.
Sur la plage, notre ours s’est allongé pendant la totalité, peut-être comme s’il avait lui aussi cru que la nuit polaire revenait. Nous poursuivons jusqu’au fond du fjord, où nous attendent des icebergs gigantesques, dont l’un atteint près de 70 mètres de hauteur. Leurs silhouettes imposantes se dressent dans les eaux calmes, certaines aux formes étranges, sculptées par le vent et les courants. Après ce que nous venons de vivre, ce paysage semble presque irréellement grandiose.
Sur le chemin du retour, un dernier ours est aperçu. Il ne nous laissera pas le temps de l’approcher et préfère s’éloigner, disparaissant progressivement derrière les éboulis.
Six ours, des géants de glace, un glacier, des montagnes volcaniques et une éclipse totale au cœur de l’Arctique.

Une journée merveilleuse, mémorable, inoubliable. Une de ces journées rares où les événements semblent s’enchaîner sans que l’on ait le temps de réaliser ce que l’on est réellement en train de vivre.
Aujourd’hui, nous avons simplement eu la chance d’être là, au bon endroit, au bon moment, pour assister à quelque chose qui nous dépasse.
Mère Nature nous aura offert un spectacle d’une générosité et d’une beauté rares. Et ce soir, nous sommes tous un peu repartis avec la sensation d’avoir vécu quelque chose que nous raconterons encore longtemps.
Après ce moment magique de l’éclipse d’hier après-midi, en présence du roi de ces terres, Nanook, une nuit de repos avec, pour certains, les rêves de ces instants célestes qui resteront gravés dans nos mémoires. Une mer formée balance lentement le bateau, rendant parfois difficile la déambulation dans les coursives.
Après, Justine et les guides réunissent les passagers au salon-bar pour présenter les différentes destinations de Grands Espaces. Fabrice échange avec les passagers autour des photos prises hier. Emma, pendant ce temps, présente les livres de l’Escargot savant et les différents objets « Grands Espaces ». Ensuite, Fabrice nous fait un très bel exposé sur les bœufs musqués. Une « chèvre » de 400 kg et de 1,30 mètre au garrot, capable d’encaisser des chocs de plusieurs tonnes sur ses cornes, est un animal qui vit en petit groupe avec un mâle dominant et quelques femelles. Notre observation d’avant-hier nous l’a bien confirmé : nous avons vu un mâle, deux femelles et un jeune. Ces animaux d’un autre âge, dont 1/3 du poids est constitué de poils extrêmement isolants, peuvent cependant mourir si leur pelage est mouillé, ce qui arrive plus fréquemment du fait des modifications climatiques anthropiques. On peut les apercevoir fréquemment sur les crêtes où, en hiver, les vents vont balayer la neige, leur permettant de trouver une maigre nourriture.
Puis Martial va nous conter les récits des exploratrices polaires. Un point commun à toutes ces femmes : elles vont apporter une aide humaine sous la forme d’un enseignement réciproque, d’une compréhension des coutumes et du mode de vie, contrairement à la majeure partie des hommes, là pour des exploits personnels. Martial nous parlera entre autres de Joséphine Peary, qui décide d’accompagner son mari au Groenland et qui devra se battre pour pouvoir le faire. Elle observera les Inuits et leur côté humaniste. Elle accouchera au Groenland, le « Snow Baby » (12/09/1893) sera le premier Occidental à naître au Groenland depuis les Vikings. Arnaulunnguaq, femme inuite, accompagnera Rasmussen dans sa cinquième expédition à Thulé. Elle partira trois ans et parcourra 18 000 km en traîneau à chiens. Jette Bang (1914-1964), photographe au Groenland, rapportera de nombreux clichés sur le travail quotidien des Inuits. Mais aussi Louise Arner Boyd, Liv Arnesen, Ann Bancroft et Sarah McNair Landry.
Ensuite, Christiane nous contera les subtilités et les particularités de la nourriture des Inuits, en commençant tout d’abord par nous parler du lien social et du besoin de survie qu’induit la nourriture. Cette quête de nourriture est influencée par la saisonnalité, qui conditionne les espèces présentes, donc les techniques de chasse ainsi que la quantité et la qualité de l’alimentation. Cette chasse se fait par la mise en commun des moyens et des efforts. Les fruits sont répartis entre toute la communauté. Même en cas de conservation, les personnes de la communauté peuvent venir se servir en cas de difficultés. Prédominent le respect envers les animaux chassés, les croyances ancestrales et l’appropriation par l’homme des qualités des animaux. L’alimentation est essentiellement carnée, avec peu de végétaux et pas de produits lactés. Nous pouvons retrouver : caribou, phoque, ours, morse, narval (mattak, aliment identitaire), bœuf musqué, lièvre, oiseaux (mergules), poissons (flétans/Kaleralik, ombles arctiques/Iqualkuk, capelans/Ammassuat) et coquillages. Les femmes ont une technique de chasse différente : elles ne font pas couler le sang, d’où l’utilisation des pièges et autres collets, alors que les hommes font couler le sang. Les techniques traditionnelles de conservation sont variées : séchage, macération dans la graisse, fermentation (Kiviak, ce merveilleux mets de fête composé de mergules dans une peau de phoque, laissée parfois un an avant d’être mangée), faisandage et fumage. Les caches à viande sont des réserves en pierres sèches. Le rythme et la quantité des repas sont très aléatoires. Un Inuit va manger quand il a faim, quand il y a de la nourriture et en fonction des activités. Il n’est pas rare qu’un chasseur de phoques ne mange pas pendant plus de 48 heures. Quand il a tué le phoque tant attendu, il peut manger plusieurs kilos de viande puis dormir plus de 24 heures. Les aliments traditionnels sont consommés sur un carton posé par terre, avec les doigts, alors que les aliments occidentaux sont mangés à table, avec assiette et couverts. La nourriture est avant tout un acte collectif et de partage.
Durant toute l’après-midi, la passerelle est ouverte. Les passagers peuvent la visiter, accompagnés des guides, avec de nombreuses explications du commandant et des guides. Ensuite, Élodie nous parle de la géologie du Groenland, ce livre ouvert sur les vicissitudes de notre planète. Après un rappel sur les bases de la géologie, Élodie va nous parler de la Rodinia (-900 Ma), avec ses mers chaudes peu profondes sujettes à la sédimentation, puis du Cambrien (-541 à -485 Ma), avec la découverte de quantité de fossiles : trilobites, Halkieria evangelista, entre un mollusque et un ver, et des eaux riches en phosphate permettant de construire une carapace. Elle aborde ensuite l’orogenèse calédonienne (-485 à -419 Ma), avec la création d’une chaîne de montagnes de plus de 8 000 m, la fermeture de l’Iapetus et la réunion des divers morceaux du Svalbard, ainsi que la création des Alpes de Liverpool et de Stonning. Elle nous parle ensuite de l’ouverture des bassins de l’Est (-419 à -66 Ma), puis du Dévonien (-419 à -350 Ma), avec un climat aride et des précipitations entraînant la formation de sédiments et une oxydation du fer formant alors les vieux grès rouges. Puis vient la dislocation de la Pangée à partir de -180 Ma et la formation de l’Atlantique. La création d’un supercontinent pousse le Groenland vers le nord et le sépare de la Norvège. Cette période est également celle de la création des argiles, roche mère des hydrocarbures au Crétacé. Puis vient l’orogenèse de l’Eureka (-66 à -33 Ma), avec l’ouverture de l’océan Arctique et de l’Atlantique et l’arrêt de la progression de la mer du Labrador. Enfin, la période glaciaire du Quaternaire depuis 2,6 Ma, avec de grands cycles de glaciations tous les 100 000 ans et la dernière glaciation en Arctique il y a 21 000 ans, surtout dans l’hémisphère Nord, recouvert d’une couche de glace de 1,5 à 4 km d’épaisseur, entraînant une baisse du niveau des mers et la création des reliefs du Groenland.
Ensuite, notre traditionnelle soirée de fin de croisière, avec un rappel de la journée de transit pour les passagers quittant le navire, un retour d’informations sur notre croisière, l’itinéraire et les différentes observations réalisées, dont cette magnifique magie de l’éclipse en présence de Monsieur Ours. Enfin, le cocktail de fin de croisière avec présentation des équipes. Le dîner « Nous nous reverrons bientôt » a clos cette journée avec, dans les yeux, toutes les étoiles inhérentes à cette fabuleuse croisière.
Nous nous réveillons à Akureyri pour cette dernière journée de notre voyage. Après plusieurs jours de navigation et de découvertes au Groenland, nous profitons encore de quelques heures en Islande avant de prendre la route vers Keflavík.
Le matin, nous partons en excursion en bus avec Alain et Élodie, qui nous accompagnent pour cette dernière sortie. Tout au long du trajet, ils nous donnent leurs explications et commentaires sur les paysages que nous traversons, les lieux visités et les particularités de cette région du nord de l’Islande.
Nous prenons tout d’abord la direction de Mývatn, une région réputée pour ses paysages volcaniques et la beauté de ses grands espaces. Nous découvrons notamment le lac de Mývatn et les nombreux reliefs façonnés par l’activité volcanique. Les paysages, avec leurs formations de lave, leurs montagnes et leurs étendues sauvages, offrent un magnifique aperçu de la nature islandaise.
Nous poursuivons ensuite notre route jusqu’aux chutes de Goðafoss, l’un des sites incontournables du nord de l’Islande. La rivière se précipite avec force entre les rochers et forme une large cascade particulièrement impressionnante. Nous profitons de ce beau spectacle pour prendre quelques photos et apprécier une dernière fois les paysages islandais. Les explications données pendant l’excursion nous permettent également de mieux comprendre l’histoire et les particularités de ce site, dont le nom signifie « cascade des dieux ».

Après cette matinée de découverte, nous reprenons le bus pour Akureyri et retrouvons le bateau pour le déjeuner, vers 14 heures. Ce sont ensuite nos derniers instants à bord. Après plusieurs jours passés sur le navire, nous profitons une dernière fois de l’ambiance du bateau avant de le quitter définitivement.
L’après-midi, nous avons encore un peu de temps pour profiter d’Akureyri. Ceux qui le souhaitent peuvent se rendre en ville et se promener dans la rue centrale, où quelques boutiques permettent de faire les derniers achats et de rapporter quelques souvenirs du voyage. C’est une dernière occasion de profiter tranquillement de la ville avant notre départ.
En fin de journée, nous retrouvons notre bus pour Keflavík. Nous quittons Akureyri et prenons la route vers notre hôtel, où nous passons notre dernière nuit avant le retour en France.
Le lendemain matin, nous prenons notre vol retour vers Paris. Nous refermons ainsi cette belle aventure, après plusieurs jours de croisière à la découverte du Groenland, de ses paysages grandioses et de ses fjords. Une expérience riche en découvertes et en souvenirs, qui restera longtemps dans nos mémoires.
Suivez nos voyages en cours, grâce aux carnets de voyages rédigés par nos guides.
Messages
Message pour Daniel et Martine de la part de leur fille Anne Sophie
J’espère que vous avez passé une bonne croisière et que vous avez pu profiter de l’éclipse et faire de belles photos de ces magnifiques paysages ( je fais confiance à papa )
Profitez car le retour à la canicule risque d’être bien difficile.
Pleins de bisous
Anne so