Fabrice Capber
Guide Polaire
6 août
15 août 2026
Fabrice Capber
Guide Polaire
Rémi Suchowierch
Guide naturaliste
Élodie Marcheteau
Géologie
Alain Desbrosse
Spitzberg
Christian Kempf
Président Fondateur de Grands Espaces
Christiane Drieux
Spécialiste Groenland et Culture Inuit
François Leloustre
Groenland
Vincent Lecomte
Écologie Polaire
Dr Laurent Balp
Médecin d'expédition
Au départ de Paris, notre voyage vers le Groenland débute en… Islande. En effet, nous nous sommes levés très tôt ce matin pour atterrir avant 9 h à Keflavík, sur la péninsule de Reykjanes (qui signifie « péninsule des fumées »), après un court vol de 3 h. Malheureusement, un ciel bas, une pluie fine ainsi qu’une brume coriace ne nous permettent pas de profiter pleinement des paysages alentours et de leurs fumerolles caractéristiques, mais nous ne nous démontons pas et partons envers et contre tout visiter des sites pittoresques et sauvages de la péninsule, accompagnés par les guides Élodie et Fabrice. Au moins, nous avons enfin fui la canicule européenne : il fait 12 °C, quel bonheur !
Notre périple débute par la visite de deux phares à la pointe ouest de la péninsule. Le plus ancien des deux, le phare de Garðskagi, a été construit en 1897 pendant une période de trafic maritime accru autour de la côte sud-ouest. Haut de 28 mètres, ce phare carré en béton a remplacé les feux de signalisation plus anciens qui guidaient les navires depuis des siècles. La construction robuste du phare reflète les conditions difficiles de l’Atlantique Nord qui ont coûté la vie au commandant Charcot le 16 septembre 1936, plus au nord sur la même côte. Construit en 1944, le second phare s’élève à 35 mètres depuis une base rouge. Plus moderne, il a intégré la technologie avancée des lentilles de Fresnel, améliorant considérablement la portée et la fiabilité du signal lumineux. De plus, Fabrice, notre guide vétérinaire, nous apprend que c’est non loin de là, sur l’îlot d’Eldey, que le dernier couple de grands pingouins a été tué en 1844.
Nous continuons la route plus au sud pour visiter un site remarquable dénommé Gunnuhver. Il s’agit du plus grand bassin de boue chaude d’Islande, un chaudron de 20 mètres de large rempli de boue en ébullition, situé dans un champ géothermique avec des jets de vapeur bruyants et un sol teinté de minéraux bigarrés. Il est nommé d’après Gunna, une femme fantôme vengeresse du riche folklore islandais qu’on dit avoir été piégée dans cette source bouillonnante. Notre guide géologue Élodie nous explique en détail la formation des champs géothermiques, mais également celle de toute l’Islande, voilà 20 millions d’années. Une belle leçon de vulcanologie.
Nous devons désormais rejoindre notre navire à Keflavík, le Discoverer, mais nous avons le temps de faire une dernière halte rapide sur un site appelé le Pont entre deux continents, où la dorsale médio-atlantique émerge au-dessus du niveau de la mer. L’Islande est l’un des rares endroits au monde où cette dorsale est visible à terre, et la péninsule de Reykjanes possède certains des exemples les plus accessibles de cette frontière entre les plaques nord-américaine et eurasienne, qui s’écartent de 2,5 cm chaque année.
En chemin, l’histoire de ce jeune et petit pays, depuis les premiers colonisateurs norvégiens guidés par Ingólfur Arnarson en l’an 874 jusqu’aux temps modernes, nous a également été contée par les guides.
Nous rejoignons à temps pour le déjeuner notre bateau qui va nous emmener découvrir le Nord-Est groenlandais et peut-être observer une éclipse totale de Soleil si le temps veut bien se ranger de notre côté, car, pour le moment, ce sont encore des conditions météorologiques difficiles, typiques de cette île islandaise, qui ont retardé le départ du Discoverer de quelques heures.
Nous profitons de l’après-midi pour découvrir nos chambres et le bateau, participer à l’exercice d’abandon du navire obligatoire pour la sécurité de tous et écouter Vincent, notre chef d’expédition, nous parler de cet immense et fantastique territoire qu’est le Groenland, avant que les guides ne se présentent. Ça y est, nous sommes certes fatigués par cette longue journée, mais prêts pour cette expédition prometteuse.
Après une nuit bercée par une houle généreuse, nous nous réveillons dans une mer encore bien formée. Le Discoverer poursuit sa route vers le nord de l’Islande. Au loin se dessinent les silhouettes acérées des montagnes volcaniques des Vestfirðir, sculptées par des millions d’années d’activité volcanique, puis par les glaciers. Les pentes d’un vert profond contrastent avec le noir des anciennes coulées de lave, tandis que les brumes matinales enveloppent doucement le paysage.
Compte tenu des conditions de mer, le capitaine a choisi de longer les côtes islandaises afin de profiter de l’abri offert par les fjords et de limiter les effets de la houle.
La matinée débute par la présentation des consignes de sécurité, animée par Vincent, notre chef d’expédition. Il rappelle les règles essentielles de sécurité ainsi que les précautions lors de nos futures excursions, notamment en présence potentielle d’ours polaires.
Nous retrouvons ensuite Fabrice, notre guide naturaliste et vétérinaire, qui nous entraîne dans une passionnante conférence consacrée aux mammifères marins de l’Atlantique Nord : baleines, phoques, morses et autres espèces.
À l’heure du déjeuner, le Discoverer vient s’abriter dans le majestueux Ísafjarðardjúp, le plus vaste système de fjords des Vestfirðir. Ce vaste fjord a été creusé par les glaciers il y a des milliers d’années.
L’après-midi est placé sous le signe de la détente. Certains rejoignent le confort de leur cabine, tandis que d’autres se retrouvent au salon pour un tea time accompagné de délicieuses pâtisseries. Installés dans les confortables fauteuils panoramiques, passagers et membres de l’équipe d’expédition échangent librement autour des paysages, de la faune, de l’histoire de l’Arctique et des aventures qui nous attendent.
À l’extérieur, plusieurs fulmars boréaux, l’un des oiseaux marins les plus emblématiques d’Islande, glissent avec une étonnante élégance au ras des vagues, sans presque battre des ailes.
À 17 h 30, Élodie nous propose une conférence consacrée au Groenland. Elle retrace l’histoire de cette immense terre arctique, son peuplement et les grandes migrations qui l’ont façonnée au fil des millénaires. Les questions fusent.
En fin de journée, Vincent nous réunit pour le briefing quotidien. Il présente le programme de la nuit ainsi que les activités prévues pour la journée de demain.
Cette nuit, le Discoverer traversera le détroit du Danemark.
Pendant la nuit, le discoverer a gardé une belle allure et est sorti de la dépression en se rapprochant des côtes du Groenland.
Les premiers icebergs brillent au soleil, les fulmars boréaux tournent autour du navire et un souffle de baleine a été aperçu au loin : nous sommes en zone polaire !
Nous avons dormi une heure supplémentaire en passant de l’heure islandaise à celle du Groenland, et c’est bien reposés que nous rejoignons la salle à manger pour un copieux petit-déjeuner.
À 10 h 15, dans la salle de conférence, François nous retrace l’histoire du Groenland, de l’occupation américaine durant la Seconde Guerre mondiale, de sa marche vers l’indépendance et des réactions récentes du peuple groenlandais face aux déclarations brutales et parfois guerrières de Donald Trump.
Avant le déjeuner, nous allons essayer nos bottes, bien rangées sur des étagères dans la salle « mud-room ».
Durant le déjeuner, se découpent les côtes du Groenland : glaciers, fjords, sommets enneigés et nunataks.
La conférence de Christiane sur le peuplement d’Ittoqqortoormiit doit être retardée pour nous permettre d’admirer un ballet de nombreuses baleines : baleines à bosse, baleines de Minke et rorquals communs. Tout le monde sur le pont ! Les baleines sont parfois très proches du navire !
Christiane nous explique ensuite pourquoi et comment un village a été créé à l’embouchure de cet immense fjord, le Scoresby Sund. Puis c’est au tour d’Élodie de nous présenter ce que nous aurons le temps de voir du village actuel lors de l’excursion à terre prévue après le dîner.
À 18 h 45, nous sommes tous conviés au « repas de gala ». Un succulent dîner, cinq plats servis par l’équipe de restauration, qui a très vite trouvé ses marques et nous gâte avec de très gentilles attentions.
Après ce dîner, nous regagnons nos cabines pour nous équiper pour notre première sortie. Nous allons mettre les bottes essayées ce matin et inaugurer nos gilets de sauvetage.
Enfin, nous débarquons au Groenland, à Ittoqqortoormiit exactement. Les lumières du soir illuminent les sommets, pas de vent ni de vagues : nous voici sur la plage de galets d’Ittoqqortoormiit, prêts à visiter ce village du bout du monde, créé en 1925 à l’initiative du gouvernement danois et surtout d’Einar Mikkelsen, dont le buste en bronze, qui domine le village, est le but de notre première visite.
Ensuite, nous allons à l’église, où Christiane nous explique la technique de la chasse traditionnelle en kayak avec un harpon à propulseur. Puis chacun déambule à sa guise, parfois au milieu des nombreux lièvres arctiques, non loin de l’école.
23 h, il faut regagner la plage où les zodiacs nous attendent pour regagner le navire, notre chambre et notre lit.
Demain matin, à notre réveil, les premières montagnes du Groenland devraient apparaître à l’horizon. Une nouvelle étape de notre expédition commencera alors, au cœur de la plus grande île du monde.
Pendant notre sommeil, le Discover a progressé à bonne allure. Le soleil illumine les cabines. Nous nous réveillons dans un décor de rêve : le pays des superlatifs.
Déjà, l’équipe des guides s’affaire à mettre à l’eau les zodiacs pour notre première longue croisière découverte de la baie des Vikings dans le Scoresbysund. Nous sommes dans le plus grand système de fjords et le plus vaste parc national du monde.
Après un copieux petit déjeuner et un rapide passage dans la salle des bottes, gilets ajustés, lunettes de soleil sur le nez, nous embarquons !
Les zodiacs glissent sur une mer lisse comme un miroir. Très vite, les incroyables richesses de l’immense parc s’offrent à nous : glaciers, icebergs, oiseaux, fleurs, roches… encore et encore !
À gauche, à droite, de toutes parts, d’imposants et paisibles icebergs miroitent et ponctuent la baie. Alertées par notre venue, des centaines de gracieuses sternes virevoltent et piaillent au-dessus de nos têtes. Une mouette ivoire accompagne notre sillage. De larges tapis écarlates d’épilobes nous accueillent, tandis que de sombres orgues de basalte sculptent les parois du rivage. Quelques guillemots à miroir se chamaillent en déployant leurs petites ailes noires ornées d’une tache blanche.
Dans les flancs des montagnes environnantes, des glaciers ont creusé leur lit et serpentent vers les eaux de la baie. De longues traînées de moraine soulignent les méandres de ces fleuves de glace. Tout est calme, lumineux, immense.
Soudain, un iceberg bleuté attire notre attention. Il oscille, se balance. Nous retenons notre souffle… il semble prendre son élan… pour finalement se retourner, s’enfoncer dans les eaux et en ressortir, tel un bouchon mué par une puissance phénoménale, puis reprendre son équilibre.
Le fond de la baie des Vikings est barré par l’immense front crevassé du glacier Brede. Un brash très dense nous incite à rejoindre les eaux libres bordant les rives. Autre émerveillement : tapies dans d’étroites gorges, de gigantesques cascades tombent des sommets en soulevant un voile de brume irisé. Mais il est déjà l’heure de rejoindre le bateau, où l’équipe hôtelière nous attend pour le déjeuner.
C’est sans compter de nouvelles surprises. Rémi vient d’apercevoir deux jeunes oursons nageant à la suite de leur mère, puis, à nouveau, une autre ourse se prélassant nonchalamment sur une plaque de glace. Cette première croisière en zodiac nous gâte vraiment !
Au retour de cette longue et mémorable matinée, le déjeuner est amplement apprécié.
Après un moment de détente et de contemplation du paysage depuis les coursives, nous nous retrouvons dans la salle de conférence pour une présentation, par Fabrice, de la baleine à bosse. Pas de doute, nous la reconnaîtrons maintenant entre toutes !
À 16 h 30, le traditionnel « tea time » nous réunit dans le grand salon pour quelques petites viennoiseries et des échanges avec nos guides. Vincent nous montre des échantillons de minéraux témoins de la géologie du Groenland.
Puis c’est le cocktail du commandant, Obrist Roman. Celui-ci nous présente son équipe, qui œuvre en coulisses pour faire de cette croisière expédition un souvenir ineffaçable.
Un savoureux dîner clôt cette journée riche en émerveillement et en émotions.
Après avoir longé la Terre de Liverpool toute la nuit, le Discoverer embouque le fjord du Roi Oscar au petit matin, sur des eaux parfaitement calmes, sous un ciel nuageux aux mille nuances de gris. Nous faisons route en direction du site de Haslum, une baie parfaitement abritée sur la côte sud-est de la grande île de Traill.
Après une présentation de la biologie de l’ours polaire par Rémi et Vincent le matin, l’après-midi est consacrée à la découverte de la toundra et des paysages glaciaires de cette île qui ferme le fjord côté est. Deux groupes de marcheurs et un groupe constitué d’explorateurs en zodiac partent à la découverte des toundras colorées du vert des saules et des bouleaux nains ou du rouge vermillon des massifs de raisin d’ours.
Des pics escarpés dominent des niveaux de plages fossiles étagées sur plusieurs dizaines de mètres d’altitude. Tout près du lieu d’échouage des zodiacs, des cercles de pierres marquent l’emplacement d’un campement de chasseurs paléo-inuits qui vivaient ici au cours des millénaires passés. Au centre du cercle, des plaquettes de grès délitées par l’action du gel et du dégel marquent la zone du foyer, entretenu grâce à la graisse des phoques ou des morses chassés.
La toundra ne résonne plus aujourd’hui que du chant plaintif du Grand Gravelot, dont les jeunes, parfaitement emplumés, volètent tout près de nous, tandis que le Plongeon catmarin, au miaulement lancinant, accompagne son jeune de l’année en bordure du rivage.
Le groupe des grands marcheurs, parti à l’ascension du sommet dominant la baie, redescend pour être récupéré sur la rive sud de la baie, où les adeptes du bain en eau froide ont fait trempette, le temps que les zodiacs viennent rapatrier tout notre groupe sur le Discoverer, dont la table bien garnie nous attend pour le repas du soir.
Ce matin, le soleil radieux illumine la baie de Dromebugt, révélant toute la richesse minérale de ses paysages. Les parois rocheuses qui nous entourent présentent de magnifiques teintes rougeâtres, orangées et brunâtres, témoins de l’oxydation des minéraux riches en fer contenus dans la roche. Sous cette lumière rasante, ces couleurs contrastent avec les derniers névés et le vert tendre de la toundra, donnant au fjord une atmosphère presque irréelle.
Les zodiacs sillonnent lentement la large baie, dont les eaux parfaitement calmes reflètent les reliefs environnants. À bord, nos guides nous expliquent les différentes formes d’érosion qui ont façonné ce fjord au fil du temps. L’action des anciens glaciers a profondément sculpté le paysage, donnant naissance à cette vallée caractéristique en U, aux versants larges et abrupts. Plus récemment, l’eau de fonte et les précipitations continuent de remodeler les reliefs : elles s’engouffrent dans les pentes, creusent des ravines et des canyons avant de déposer les matériaux arrachés au relief sous forme de cônes de déjection. Ceux-ci s’étalent progressivement jusqu’à la mer, formant de vastes pentes douces au pied des versants.
Autour des zodiacs, plusieurs femelles eiders voltigent à la surface de l’eau, certaines accompagnées de leurs petits. Puis, au détour d’un regard vers les hauteurs, quelques silhouettes sombres attirent notre attention : des bœufs musqués ont été repérés sur un névé tardif, à plusieurs centaines de mètres du rivage. L’équipe d’expédition décide alors de nous faire débarquer afin de tenter une approche, tout en conservant une distance respectueuse avec ces imposants habitants de l’Arctique.
Nous les observons finalement à quelques centaines de mètres. Le petit groupe est composé d’un mâle, de deux femelles et d’un jeune. Tous quatre sont paisiblement allongés dans la neige, profitant manifestement de sa fraîcheur. Ils ne semblent nullement perturbés par notre présence. À nos pieds, les sols polygonaux témoignent du gel et du dégel répétés qui caractérisent le pergélisol arctique. Tout autour, la toundra est étonnamment verdoyante, offrant un contraste saisissant avec les névés encore présents sur les hauteurs.
Le silence, la lumière, les couleurs du paysage et la présence tranquille de ces animaux emblématiques composent un instant particulièrement bucolique. Un moment suspendu, loin de toute agitation, avant de reprendre doucement le chemin du navire. Nous regagnons les zodiacs, puis notre bateau, où nous attend le déjeuner.
L’après-midi est consacrée à la navigation, tandis que nous mettons le cap vers une zone particulièrement favorable à l’observation de l’éclipse tant attendue du lendemain. À bord, nos guides se succèdent en salle de conférence pour nous éclairer sur ce phénomène astronomique aussi rare que fascinant. Fabrice partage avec nous son expérience de chasseur d’éclipses et nous prodigue de précieux conseils sur les techniques photographiques, sans oublier les consignes de sécurité, à prendre très au sérieux durant ce spectacle céleste. Christiane, notre anthropologue, nous invite quant à elle à découvrir une dimension plus spirituelle et mythologique de l’éclipse, en évoquant la manière dont différents peuples ont interprété ce phénomène au fil des siècles, notamment chez les peuples inuits.
Le traditionnel Tea Time devient ensuite un agréable moment d’échange et de convivialité, propice aux discussions avec nos différents guides ainsi qu’avec notre directrice de croisière. En soirée, la navigation se poursuit dans une atmosphère calme et sereine. Peu à peu, les lumières crépusculaires viennent souligner les reliefs des Alpes de Stauning, offrant un panorama grandiose dont les teintes changeantes nous laissent quelque peu songeurs, à la veille de l’événement que nous attendons tous avec impatience.
Suivez nos voyages en cours, grâce aux carnets de voyages rédigés par nos guides.
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