Antoine Lochin
Guide naturaliste
5 août
18 août 2026
Antoine Lochin
Guide naturaliste
Xavier Allard
Arctique
Premiers icebergs, orgues basaltiques et rencontre avec les seigneurs de l’Arctique
Le Scoresbysund nous accueille sous son plus beau visage. Dès les premières lueurs du jour, la mer est d’huile et le vent totalement absent. Dans le silence de cette baie située au sud du fjord, baptisée baie des Vikings, l’excitation monte rapidement à bord. Avant même le petit-déjeuner, Xavier repère une silhouette blanche sur une île. À la longue-vue, aucun doute possible : notre premier ours polaire de l’expédition recherche sa nourriture au milieu d’une colonie de sternes arctiques. Une première rencontre qui donne immédiatement le ton de cette journée exceptionnelle.
Quelques instants plus tard, les zodiacs glissent sur une eau parfaitement calme. Les falaises sombres de basalte se reflètent dans le fjord tandis qu’apparaissent nos premiers icebergs, dérivant lentement dans cette immensité minérale. Les contrastes sont saisissants : le bleu intense de la glace tranche avec le noir des montagnes volcaniques.
Notre première exploration nous conduit au pied d’impressionnantes orgues basaltiques. Le décor rappelle instantanément la célèbre Chaussée des Géants en Irlande. Les colonnes de lave, parfaitement dessinées, semblent avoir été sculptées à la main. Nous déambulons entre ces formations géologiques spectaculaires, témoins d’un passé volcanique vieux de plusieurs dizaines de millions d’années.
La navigation reprend ensuite le long des falaises où de nombreuses cascades se jettent directement dans le fjord. Devant nous s’étend un glacier d’environ quatre kilomètres de large. Les zodiacs se frayent un passage à travers le brash, ce tapis de petits morceaux de glace qui craquait doucement sous la coque. Les paysages rappellent parfois l’Islande, tant la géologie est similaire, mais ici les glaciers viennent accentuer encore davantage le contraste avec les montagnes volcaniques sombres.
Les observations d’ours polaires se succèdent tout au long de la matinée. Deux individus sont aperçus au loin, avant que Xavier ne repère un magnifique mâle au-dessus du rivage qui nous observe. Nous prenons le temps de l’observer évoluer dans son environnement, parfaitement à son aise dans ce royaume de glace.
Mais le moment le plus émouvant reste à venir. Antoine découvre une femelle accompagnée de ses deux jeunes, nageant au milieu du fjord. Dans un silence absolu, nous assistons à une scène d’une rare intensité. Curieuse, la mère s’approche doucement de nos zodiacs, semblant chercher à identifier ces visiteurs inhabituels, avant de reprendre calmement sa traversée vers l’autre rive avec ses petits. Un instant privilégié qui restera gravé dans toutes les mémoires.
C’est un total de sept ours pour notre première matinée.
Sur le chemin du retour, un iceberg en forme d’arche attire tous les regards. Impossible de résister à l’envie d’immortaliser cet instant : les zodiacs se placent de part et d’autre de cette sculpture de glace pour quelques photographies mémorables.
Après le déjeuner à bord de l’Nanook, une courte navigation nous conduit vers la baie des Terrasses. Nous débarquons sur une plage de sable noir dominée par un imposant glacier. Ici, le monde semble presque exclusivement minéral. Pourtant, la vie trouve sa place. Au fil de la randonnée, nous découvrons quelques plantes arctiques capables de survivre dans ces conditions extrêmes : le saule nain, l’épilobe ou encore les délicates saxifrages colorent discrètement ce paysage austère.
La promenade nous offre de magnifiques panoramas sur les glaciers, les moraines et les bédières qui serpentent à la surface de la glace. Peu à peu, nous atteignons le front glaciaire. Toucher cette glace vieille de plusieurs siècles est une expérience saisissante qui rappelle toute la puissance des paysages groenlandais.
De retour à bord, Antoine nous propose une conférence passionnante consacrée à la géographie du Groenland. Une excellente manière de mieux comprendre les paysages extraordinaires que nous découvrons chaque jour.
La soirée se poursuit avec le verre de bienvenue tandis que le Nanook s’enfonce toujours plus profondément dans le Scoresbysund. Les lumières rasantes du soleil habillent les premiers géants de glace de nuances dorées et bleues. D’immenses icebergs cathédrales défilent lentement dans un silence presque irréel, offrant un spectacle d’une beauté saisissante.
Après un excellent dîner, une partie de carte s’improvise au salon avant que chacun regagne sa cabine avec des images plein la tête. Cette nuit, la mer devrait être plus mouvementée : un vent de nord se lève progressivement à la sortie du fjord. Mais après une journée aussi riche en émotions, le sommeil viendra facilement, bercé par les premiers roulis de l’océan Arctique.
Le Scoresbysund nous accueille sous son plus beau visage. Dès les premières lueurs du jour, la mer est d’huile et le vent totalement absent. Dans le silence de cette baie située au sud du fjord, baptisée baie des Vikings, l’excitation monte rapidement à bord. Avant même le petit-déjeuner, Xavier repère une silhouette blanche sur une île. À la longue-vue, aucun doute possible : notre premier ours polaire de l’expédition recherche sa nourriture au milieu d’une colonie de sternes arctiques. Une première rencontre qui donne immédiatement le ton de cette journée exceptionnelle.
Quelques instants plus tard, les zodiacs glissent sur une eau parfaitement calme. Les falaises sombres de basalte se reflètent dans le fjord tandis qu’apparaissent nos premiers icebergs, dérivant lentement dans cette immensité minérale. Les contrastes sont saisissants : le bleu intense de la glace tranche avec le noir des montagnes volcaniques.
Notre première exploration nous conduit au pied d’impressionnantes orgues basaltiques. Le décor rappelle instantanément la célèbre Chaussée des Géants en Irlande. Les colonnes de lave, parfaitement dessinées, semblent avoir été sculptées à la main. Nous déambulons entre ces formations géologiques spectaculaires, témoins d’un passé volcanique vieux de plusieurs dizaines de millions d’années.
La navigation reprend ensuite le long des falaises où de nombreuses cascades se jettent directement dans le fjord. Devant nous s’étend un glacier d’environ quatre kilomètres de large. Les zodiacs se frayent un passage à travers le brash, ce tapis de petits morceaux de glace qui craquait doucement sous la coque. Les paysages rappellent parfois l’Islande, tant la géologie est similaire, mais ici les glaciers viennent accentuer encore davantage le contraste avec les montagnes volcaniques sombres.
Les observations d’ours polaires se succèdent tout au long de la matinée. Deux individus sont aperçus au loin, avant que Xavier ne repère un magnifique mâle au-dessus du rivage qui nous observe. Nous prenons le temps de l’observer évoluer dans son environnement, parfaitement à son aise dans ce royaume de glace.
Mais le moment le plus émouvant reste à venir. Antoine découvre une femelle accompagnée de ses deux jeunes, nageant au milieu du fjord. Dans un silence absolu, nous assistons à une scène d’une rare intensité. Curieuse, la mère s’approche doucement de nos zodiacs, semblant chercher à identifier ces visiteurs inhabituels, avant de reprendre calmement sa traversée vers l’autre rive avec ses petits. Un instant privilégié qui restera gravé dans toutes les mémoires.
C’est un total de sept ours pour notre première matinée !!!
Sur le chemin du retour, un iceberg en forme d’arche attire tous les regards. Impossible de résister à l’envie d’immortaliser cet instant : les zodiacs se placent de part et d’autre de cette sculpture de glace pour quelques photographies mémorables.
Après le déjeuner à bord de l’Nanook, une courte navigation nous conduit vers la baie des Terrasses. Nous débarquons sur une plage de sable noir dominée par un imposant glacier. Ici, le monde semble presque exclusivement minéral. Pourtant, la vie trouve sa place. Au fil de la randonnée, nous découvrons quelques plantes arctiques capables de survivre dans ces conditions extrêmes : le saule nain, l’épilobe ou encore les délicates saxifrages colorent discrètement ce paysage austère.
La promenade nous offre de magnifiques panoramas sur les glaciers, les moraines et les bédières qui serpentent à la surface de la glace. Peu à peu, nous atteignons le front glaciaire. Toucher cette glace vieille de plusieurs siècles est une expérience saisissante qui rappelle toute la puissance des paysages groenlandais.
De retour à bord, Antoine nous propose une conférence passionnante consacrée à la géographie du Groenland. Une excellente manière de mieux comprendre les paysages extraordinaires que nous découvrons chaque jour.
La soirée se poursuit avec le verre de bienvenue tandis que le Nanook s’enfonce toujours plus profondément dans le Scoresbysund. Les lumières rasantes du soleil habillent les premiers géants de glace de nuances dorées et bleues. D’immenses icebergs cathédrales défilent lentement dans un silence presque irréel, offrant un spectacle d’une beauté saisissante.
Après un excellent dîner, une partie de carte s’improvise au salon avant que chacun regagne sa cabine avec des images plein la tête. Cette nuit, la mer devrait être plus mouvementée : un vent de nord se lève progressivement à la sortie du fjord. Mais après une journée aussi riche en émotions, le sommeil viendra facilement, bercé par les premiers roulis de l’océan Arctique.
Après avoir navigué toute la nuit depuis le Scoresby Sund, nous nous réveillons au petit matin dans le Storefjord. Le Grand Nanook remonte progressivement le fjord jusqu’à sa terminaison, entouré par les impressionnantes Alpes de Liverpool. Les sommets escarpés, les vallées glaciaires et les immenses parois rocheuses donnent au paysage une véritable allure alpine, en plein cœur du Groenland.
Dans la matinée, nous embarquons à bord du zodiac pour rejoindre deux anciennes vallées glaciaires. Les paysages sont particulièrement fleuris, avec notamment d’immenses tapis d’épilobes à feuilles larges, une plante emblématique du Groenland. Ses fleurs roses profitent du court été arctique pour pousser rapidement et coloniser les sols récemment libérés par le manteau neigeux. Ces tapis colorés contrastent magnifiquement avec les montagnes et les moraines environnantes.
Au loin, nous avons même la chance d’apercevoir un faucon gerfaut en vol !
Nous profitons également de la sortie pour naviguer entre plusieurs icebergs aux formes spectaculaires avant de regagner le Grand Nanook pour le déjeuner. Le navire se repositionne ensuite dans un autre bras du Storefjord, où une nouvelle sortie nous attend.
À peine débarqués, une observation exceptionnelle: un ours polaire est couché sur la plage. Nous approchons très doucement en zodiac. Après quelques minutes, l’ours se lève tranquillement et commence à s’éloigner vers l’intérieur des terres. Il remonte une vaste vallée où serpente une rivière, tandis que les tapis d’épilobes colorent les paysages autour de lui. Cette scène est vraiment magnifique.
Plusieurs goélands bourgmestres nous accompagnent également, notamment de jeunes individus, reconnaissable à leurs plumage juvénile.
Le vent se renforce ensuite rapidement et le clapot devient plus marqué. Nous poursuivons malgré tout notre excursion jusqu’à un autre bras du fjord, où nous effectuons un dernier débarquement rapide avant de rejoindre le navire.
De retour à bord, Xavier nous propose une conférence passionnante consacrée à la flore de l’Arctique. Nous découvrons comment les plantes polaires se sont adaptées à des conditions extrêmes : températures basses, vents violents, sol gelé et saison de croissance très courte.
Après le dîner, le Grand Nanook reprend sa navigation vers le nord. Demain, nous espérons atteindre les limites du Parc national du Nord-Est du Groenland.
Ce matin, nous partons dans la vallée de Karupelv, face à la baie de Holmbukta. Nous sommes ici sur un site qui possède une histoire scientifique toute particulière. C’est dans cette région du Groenland oriental que Christian Kempf, géographe et écologue, a développé ses premières grandes recherches arctiques.
En 1978, il crée le Groupe de Recherches en Écologie Arctique (GREA), qu’il présidera jusqu’en 1992. Il dirigera ensuite de nombreuses expéditions scientifiques dans l’Arctique. Il recense notamment une expédition au Spitzberg en 1978, puis une première mission au Groenland oriental en 1979, sur l’île de Traill. Puis bien d’autres par la suite !
Cette histoire résonne particulièrement dans les paysages que nous parcourons aujourd’hui. Une petite cabane, autrefois utilisée comme refuge lors des tempêtes, témoigne de ces premières années d’exploration scientifique. Elle sert aujourd’hui encore de dépôt de matériel pour les équipes qui poursuivent les observations dans cette région. Ici, le passé scientifique n’est jamais très loin : quelques installations, des traces anciennes et surtout cette impression d’être au cœur d’un immense laboratoire naturel.
Karupelv est en effet devenu un site scientifique de référence. Depuis 1988, le Karupelv Valley Project y mène un suivi annuel consacré notamment aux cycles du lemming à collier et à leurs conséquences sur tout l’écosystème de la toundra. Lemming, renard polaire, labbe à longue queue et surtout chouette harfang sont suivis depuis des décennies. Cette exceptionnelle continuité permet aujourd’hui de disposer de l’une des plus longues séries d’observations sur les écosystèmes terrestres du Haut-Arctique.
Avec nos deux guides, nous partons à notre tour à la découverte de cette toundra. Nous scrutons attentivement le paysage à la longue-vue, dans l’espoir d’apercevoir une chouette harfang. La recherche est presque aussi passionnante que l’observation elle-même : ici, le moindre indice compte. Une empreinte, une coulée, un reste de repas ou une trace dans la végétation peuvent révéler la présence d’un animal que nous ne verrons finalement pas.
La vallée s’étend à perte de vue. Au milieu de cette immensité, la végétation nous surprend par sa diversité : de petites fleurs arctiques éclatent de couleurs dans un paysage qui paraît pourtant si austère. Et les moustiques, eux, ont parfaitement compris que nous étions là…
La météo est plutôt clémente, avec quelques passages nuageux, mais une belle visibilité sur les montagnes environnantes. La faune, elle, se montre beaucoup plus discrète. Nous entendons quelques corbeaux et voyons des groupes de canards à bec court s’envoler à proximité. Mais la chouette harfang et les autres mammifères restent invisibles. Dans l’Arctique, il faut accepter cette part d’incertitude : on peut chercher des heures sans rien voir, puis soudain vivre une rencontre exceptionnelle.
De retour sur la plage, nous embarquons dans le zodiac pour découvrir les îlots d’Aslum, un petit archipel aux roches volcaniques spectaculaires, notamment avec leurs formations en orgues basaltiques. Nous observons quelques lagopèdes alpins, tandis que plusieurs sternes viennent nous survoler avec curiosité.
Puis retour à bord. Pendant le déjeuner, le navire traverse le fjord du Roi Oscar pour gagner le secteur de Skipperdal, célèbre pour ses paysages géologiques aux couleurs étonnantes.
Nous partons cette fois pour une véritable plongée dans le temps. Les roches de Skipperdal appartiennent à l’histoire très ancienne du Groenland. Elles sont notamment rattachées à l’Andrée Land Group, une succession de formations essentiellement constituées de calcaires, dolomies et roches sédimentaires déposées au Néoprotérozoïque, il y a plusieurs centaines de millions d’années. La formation de Skipperdal elle-même comprend notamment des dolomies blanches, grises ou jaunes, des calcaires gris ou bleutés et des brèches quartzifères brunes ou pourpres.
Puis, bien plus tard, ces anciennes couches ont été prises dans les grandes déformations liées à l’orogenèse calédonienne. C’est cette gigantesque histoire tectonique qui a plissé, fracturé et redressé les couches, avant que l’érosion ne fasse son travail. Les glaciers ont ensuite raboté les reliefs pendant les grandes périodes glaciaires, révélant progressivement les structures et polissant certaines surfaces.
C’est ce mélange entre sédimentation marine très ancienne, tectonique et érosion glaciaire qui donne à Skipperdal son aspect presque irréel. Les couches ondulent, se contorsionnent et changent de couleur au fil de nos pas. Jaune, beige, gris, vert, brun, parfois rouge ou pourpre : on a réellement l’impression de marcher sur une immense peinture minérale. Les paysages de Skipperdal sont d’ailleurs régulièrement décrits comme l’un des grands spectacles géologiques du Groenland oriental.
Au loin, les montagnes dépassent les 1 500 mètres et portent elles aussi les cicatrices de cette histoire géologique. Nous contemplons ce paysage avec le sentiment étrange de voir, presque à ciel ouvert, plusieurs centaines de millions d’années d’histoire de notre planète.
Nous regagnons ensuite le bateau pour avaler un petit goûter. Mais à peine sommes-nous installés que Xavier nous appelle : il vient de repérer un bœuf musqué sur la plage !
Nous repartons en Zodiac et débarquons à bonne distance. Il s’agit d’un vieux mâle solitaire, ce qui nous permet de l’approcher progressivement sans le déranger. Nous avançons lentement, en prenant soin de respecter sa tranquillité. Peu à peu, sa silhouette imposante se détache sur la plage.
Le bœuf musqué (Ovibos moschatus) est l’un des grands survivants de la faune des périodes glaciaires. Il est considéré comme un véritable relique du Pléistocène : autrefois largement répandu dans l’hémisphère Nord, il a disparu de la majeure partie de son ancienne aire de répartition et ne subsiste naturellement aujourd’hui que dans l’Arctique nord-américain et au Groenland.
Nous pouvons donc observer cet extraordinaire animal dans son milieu naturel. Avec son épaisse toison, ses épaules massives et ses cornes puissantes, il semble appartenir à une autre époque. Il avance tranquillement, indifférent à notre présence.
Nous remontons dans le zodiac et le suivons à distance. Puis il se rapproche de la plage, nous offrant une nouvelle possibilité d’observation. Nous sommes alors à moins d’une centaine de mètres. Les appareils photo crépitent. Pendant quelques minutes, nous pouvons réellement mesurer le privilège de cette rencontre : un animal emblématique des grands froids, parfaitement adapté à cet environnement extrême, devant nous, libre et sauvage.
Après cette magnifique observation, nous reprenons notre navigation vers le cap Marcheal, où nous débarquons pour découvrir une ancienne cabane de trappeur. Elle a été laissée pratiquement telle quelle après le départ de son occupant. Ces petits abris norvégiens des années 1930 étaient d’une simplicité extrême : un lit, un fourneau, quelques réserves de charbon et juste suffisamment de matériel pour pouvoir survivre à une tempête ou passer quelques jours loin de toute assistance.
Nous nous glissons à l’intérieur et imaginons la rudesse de la vie de ces hommes dans ces immensités. Ici, quelques mètres carrés pouvaient faire toute la différence entre une nuit difficile et une nuit impossible.
La lumière commence alors à changer. Les nuages qui traversent le ciel donnent aux montagnes et aux glaciers du fjord Alpe des teintes douces et changeantes. Les reliefs se parent progressivement de rose, d’ocre et de gris. C’est une magnifique conclusion à cette journée particulièrement riche.
Nous regagnons finalement le navire. Il est déjà 19 heures lorsque nous montons à bord. Après une journée aussi généreuse, nous trinquons au dîner pour célébrer cette belle rencontre avec le bœuf musqué, cette étonnante découverte géologique de Skipperdal et tous ces paysages traversés.
Le navire reste au mouillage jusqu’à environ 22 heures. Puis il reprend sa route vers notre prochaine étape.
Après avoir navigué une grande partie de la nuit, nous nous réveillons ce matin au niveau du fjord Kaiser Franz Joseph. Avant même le petit déjeuner, le spectacle commence : d’immenses icebergs autour du navire, dont l’un est particulièrement impressionnant avec une magnifique arche naturelle. Haut de plus de 60 mètres !
Au fil de notre navigation, nous passons devant une immense falaise verticale de plus de 1 000 mètres, dont les formes rappellent la célèbre falaise d’Atestupan, notamment connue pour ses parois vertigineuses.
En milieu de matinée, les zodiacs sont mis à l’eau pour rejoindre le glacier Nordenskiöld. La baie est encombrée de glace, entre petits icebergs, growlers et blocs plus imposants. Nous progressons lentement au milieu de ce véritable labyrinthe avant d’atteindre le front du glacier, large de plusieurs kilomètres. Le spectacle est saisissant.
Nous poursuivons ensuite jusqu’à la plage. Certains profitent de l’occasion pour faire une petite marche dans la toundra, tandis que d’autres découvrent de belles traces d’ours polaire, encore fraîches dans le sable. Et puisque certains attendaient ce moment depuis plusieurs jours, deux courageux profitent également de cette plage pour se jeter à l’eau ! Une baignade arctique bien fraîche !
Le Grand Nanook reprend ensuite sa route vers la baie du Paradis. Alors que nous nous préparons à débarquer, un ours polaire est soudain repéré depuis le navire par Xavier. Nous changeons immédiatement de programme pour aller à sa rencontre en zodiac. Il s’agit d’un mâle qui dort tranquillement au bord de la plage. Après plusieurs minutes, il se lève et commence à marcher le long du rivage. Nous pouvons l’observer longuement dans une magnifique lumière. Il finit par poursuivre son chemin, tandis que nous reprenons le nôtre.
Nous débarquons ensuite sur la plage pour découvrir une ancienne cabane de trappeurs datant des années 1930, ainsi que plusieurs vestiges d’occupations inuites. Les restes de huttes construites en pierres et en terre témoignent de la présence ancienne des populations de la civilisation thuléenne qui vivaient et chassaient dans ces paysages avant l’arrivée des trappeurs européens.
De retour à bord, Antoine nous propose une conférence consacrée au lexique polaire des glaces. Nous apprenons à distinguer les différents types de glace : icebergs, growlers, brash, glace de mer et autres formations
Le Grand Nanook reprend ensuite sa route vers la baie des Fleurs, notre destination pour demain. La navigation du soir reste spectaculaire, avec des dizaines d’icebergs qui dérivent dans le fjord.
La journée commence sous des auspices exceptionnels. Le ciel est d’une limpidité parfaite et la lumière du matin donne déjà au paysage une intensité particulière. Notre première destination est Blomsterbugt, la vallée des Fleurs, une enclave étonnamment verte au cœur des immensités minérales du Groenland oriental.
Dès notre débarquement, le contraste est saisissant. Dans cette vallée relativement abritée des vents, la toundra profite d’un microclimat favorable et se couvre d’une végétation que l’on n’imaginerait pas trouver sous de telles latitudes. Saxifrages, dryades, pavots arctiques et autres petites plantes du Grand Nord ponctuent le sol.
Nous passons d’abord près d’une ancienne cabane de trappeurs, modeste construction qui rappelle les conditions de vie particulièrement rudes de ceux qui venaient autrefois chasser dans ces régions reculées. À proximité, deux oies à bec court attirent notre attention.
Nous poursuivons notre marche en remontant tranquillement la vallée. La flore devient de plus en plus présente et, bientôt, ce sont les animaux qui nous réservent une belle surprise. Deux lièvres arctiques apparaissent parmi les rochers. D’abord parfaitement immobiles, presque invisibles dans le paysage, ils se mettent soudain à bondir d’une pierre à l’autre. Puis un troisième se montre, bientôt suivi d’un quatrième et d’un cinquième ! Certains se laissent approcher à seulement quelques mètres. L’un d’eux, particulièrement curieux, semble même nous observer avec autant d’intérêt que nous le regardons.
En prenant de la hauteur, nous atteignons un magnifique point de vue. Devant nous s’étend le fjord de l’Empereur François-Joseph, immense, calme et ponctué d’icebergs. Au-dessus de ce décor se dresse une montagne impossible à confondre avec une autre : le Teufelsschloss, le « Château du Diable ».
Avec ses parois rougeâtres, ses strates superposées et ses reliefs évoquant les tours et les remparts d’une forteresse, la montagne domine le fjord du haut de ses quelque 1 300 mètres. Son nom lui fut donné lors de l’expédition allemande de Carl Koldewey, en 1869-1870. Sous cette lumière exceptionnelle, les différentes couches rocheuses se détachent avec une netteté extraordinaire.
Après le déjeuner, nous poursuivons notre navigation au pied du Teufelsschloss. Le soleil éclaire directement les falaises et souligne leurs couleurs, leurs fractures et leurs innombrables variations géologiques.
Mais la journée est encore loin d’avoir livré toutes ses surprises.
Nous embarquons de nouveau dans les zodiacs et partons cette fois au milieu d’un véritable royaume de glace. Devant nous dérivent plus d’une dizaine d’icebergs gigantesques sur une mer presque parfaitement lisse. Certains ressemblent à des tours, d’autres à des cathédrales, des aiguilles ou d’immenses dômes sculptés.
Le plus spectaculaire s’élève à près de 62 mètres au-dessus de l’eau. Sa hauteur est déjà impressionnante, mais elle donne surtout le vertige lorsqu’on imagine la masse de glace invisible qui se prolonge sous la surface.
Nous naviguons lentement entre ces géants. Le silence, la lumière et l’absence de vent donnent à la scène quelque chose d’irréel. Selon leur densité et la façon dont le soleil les traverse, les icebergs passent du blanc éclatant au bleu le plus profond.
Plus loin, nous découvrons un étonnant rivage calcaire. Nous pouvons nous glisser entre les rochers et pénétrer dans plusieurs cavités naturelles creusées dans la pierre. Encore un paysage totalement différent en l’espace de quelques heures.
Nous regagnons finalement le Nanook pour prendre un café lorsque Xavier nous appelle : un iceberg mérite absolument que nous ressortions.
Et il avait raison.
Devant nous se trouve une nouvelle merveille de la nature, un iceberg percé d’une grande arche, surmonté de deux tours de glace. Après tout ce que nous avons déjà vu aujourd’hui, le spectacle parvient encore à nous surprendre.
En fin d’après-midi, nous repartons pour une nouvelle exploration, cette fois en direction du cap Ovibos, connu pour être fréquenté par les bœufs musqués.
Nous débarquons discrètement sur la plage et progressons avec précaution. Le vent est de notre côté : il emporte notre odeur dans la bonne direction et nous permet d’approcher sans perturber les animaux.
Deux silhouettes apparaissent finalement dans le paysage : un superbe mâle accompagné d’une femelle. Nous pouvons les observer à une centaine de mètres. Leur allure tranquille contraste avec la puissance qu’ils dégagent. Il ne faut pas oublier qu’un bœuf musqué peut accélérer et charger avec une rapidité impressionnante.
Nous restons donc à bonne distance et profitons longuement de la scène. Après quelques instants, les deux animaux s’éloignent paisiblement vers les hauteurs et reprennent leur pâturage, comme si notre présence n’avait été qu’une courte parenthèse dans leur journée.
Notre découverte du cap se poursuit ensuite sur les traces de ceux qui ont vécu ici bien avant nous.
Entre le fjord de la Géologie et celui de l’Empereur François-Joseph subsistent plusieurs témoignages de l’occupation humaine de ces terres : une ancienne cabane de trappeurs, un piège à renard et, plus émouvantes encore, les traces laissées plusieurs siècles auparavant par les Thuléens, ancêtres des Inuits actuels.
Au sol apparaissent encore les fondations de leurs anciennes habitations d’hiver, aménagées avec de la pierre et de la tourbe. Des fragments d’os dispersés autour du site racontent à leur manière la vie de ces populations capables de tirer parti des moindres ressources disponibles pour traverser les interminables hivers arctiques et les mois de nuit polaire.
Lorsque nous retrouvons enfin le navire, il est déjà 19 h 30. Le dîner nous attend et permet de revenir sur cette journée d’une incroyable diversité : fleurs arctiques, lièvres, montagnes rouges, icebergs monumentaux, grottes calcaires, bœufs musqués et vestiges de populations anciennes.
La soirée s’achève devant un documentaire consacré à Camp Century, l’étonnante base américaine construite sous la calotte glaciaire groenlandaise pendant la guerre froide.
Après une nuit paisible au mouillage près du cap Ovibos, le Grand Nanook reprend sa route vers 7 heures en direction du glacier Walter. La matinée commence au cœur d’un paysage entièrement façonné par la glace. Le front du glacier est particulièrement actif en cette période, et une importante quantité de brash et d’icebergs encombre la baie.
La progression en zodiac jusqu’à la côte est déjà une petite aventure. Il faut se frayer un chemin entre les blocs de glace avant de parvenir à la plage. Une fois débarqués, nous entamons une ascension d’environ 100 mètres de dénivelé afin de rejoindre un magnifique point de vue sur le glacier Walter. Devant nous s’étend un front glaciaire d’environ 11 kilomètres de large, tandis que la masse de glace se prolonge sur plus de 120 kilomètres vers la calotte du Groenland.
Mais la glace nous rappelle rapidement qu’elle reste maîtresse des lieux. Le brash s’accumule progressivement contre la plage et menace de bloquer l’accès aux zodiacs. Il faut donc écourter notre randonnée et redescendre rapidement. Un marin vient à notre rencontre en zodiac. Nous remontons à bord juste à temps : quelques minutes plus tard, la plage est pratiquement encerclée par la glace. Une expérience qui nous rappelle concrètement à quel point les conditions peuvent évoluer rapidement ici.
Le navire se repositionne ensuite quelques kilomètres plus loin, de l’autre côté de la baie. Nous repartons en zodiac pour une autre exploration d’environ une heure et demie. Cette fois encore, nous évoluons au milieu d’une multitude de blocs de glace, avec le glacier Walter en toile de fond. Nous avons même la chance d’assister à un magnifique vêlage.
Après le déjeuner, le Grand Nanook reprend sa navigation et met le cap vers le fjord des Bœufs Musqués. En fin de journée, nous débarquons près de l’ancienne cabane de trappeurs de Hoelsbu, datant des années 1930. Une courte marche dans la toundra nous permet de rejoindre un beau point de vue sur le fjord avant de découvrir cette cabane remarquablement conservée.
L’intérieur semble presque figé dans le temps. Nous retrouvons les traces de la vie quotidienne des anciens trappeurs, qui passaient ici de longs mois isolés du reste du monde. Nous profitons de ce lieu chargé d’histoire pour partager un petit verre de vodka devant la cabane.
En poursuivant notre exploration, nous découvrons d’autres vestiges de cette époque, notamment d’anciens enclos utilisés pour l’élevage des renards ainsi qu’une vieille embarcation échouée sur la plage.
De retour à bord, Xavier nous propose une conférence passionnante consacrée à l’adaptation des animaux au froid. Nous découvrons les différentes stratégies développées par la faune arctique : fourrures et plumages isolants, réserves de graisse, morphologies adaptées à la conservation de la chaleur ou encore comportements permettant de limiter les pertes énergétiques durant les périodes les plus difficiles.
Pendant ce temps, le Grand Nanook poursuit tranquillement sa navigation. Demain matin, nous espérons atteindre Reindalen, pour une nouvelle journée d’exploration au cœur des paysages sauvages du Groenland.
Aujourd’hui, la météo est tempétueuse : vent, neige et fortes vagues nous accompagnent alors que nous arrivons dans l’Isfjord. À 9 h, nous partons en Zodiac pour débarquer dans la vallée de Rendalen, Rendalen est une vaste vallée située dans l’Andrée Land, au nord-est du Groenland.
Ces terres isolées ont longtemps été fréquentées par les chasseurs et les trappeurs qui parcouraient la côte orientale du Groenland à la recherche notamment de renards polaires et d’autres animaux à fourrure. Quelques cabanes de chasse disséminées dans cette immense région témoignent encore aujourd’hui de cette époque.
La vallée conserve également les traces d’un animal aujourd’hui disparu : le renne de l’Est du Groenland. Autrefois présent dans cette partie de l’Arctique, il s’est éteint au début du XXᵉ siècle. Des bois et des ossements retrouvés dans plusieurs vallées de la région témoignent encore de son ancienne présence.
Heureusement, les conditions s’améliorent peu à peu. Le vent se calme et la pluie finit par s’arrêter. Nous en profitons pour partir en balade et prendre un peu de hauteur afin de rejoindre un point de vue. De là-haut, le spectacle est magnifique : un véritable champ d’icebergs a envahi la baie et certains se sont échoués sur la plage. Face à nous, une impressionnante falaise de 1 400 mètres plonge presque à la verticale dans la mer.
Au cours de notre marche, nous observons différentes traces et indices laissés par la faune locale. Au loin, nous apercevons également un groupe de bœufs musqués.
Nous poursuivons notre chemin le long de la plage, en empruntant par endroits le lit d’une rivière. Tout près de nous, les icebergs sont chahutés par les vagues. Certains se brisent avec fracas, libérant une multitude de petits morceaux de glace qui viennent danser dans l’eau. Nous profitons encore un moment de ce lieu sauvage et spectaculaire avant que le Zodiac ne vienne nous récupérer sur la plage.
De retour à bord, le navire se dirige vers plusieurs icebergs particulièrement impressionnants. L’un d’eux est percé d’une superbe arche naturelle, tandis qu’un autre possède une immense cavité creusée en son cœur. Son sommet, hérissé de pics de glace, lui donne une silhouette étonnante. Nous passons tout près et pouvons admirer ces véritables sculptures éphémères façonnées par la mer, le vent et le temps.
Après le déjeuner, nous mettons le cap en direction du fjord François-Joseph, où les conditions météorologiques devraient être plus clémentes pour observer l’événement tant attendu de cette journée : l’éclipse solaire.
Mais durant tout l’après-midi, le ciel reste désespérément bouché. En attendant une éventuelle éclaircie, nous visionnons Nanook, l’Esquimau, le célèbre film documentaire en noir et blanc. Puis Antoine nous convie à une conférence consacrée à différents aspects de l’Arctique.
Pendant ce temps, le bateau poursuit sa recherche du meilleur emplacement possible et finit par se positionner entre deux trouées dans les nuages. L’attente commence à être récompensée : soudain, le soleil apparaît !
Nous pouvons observer l’éclipse alors qu’elle atteint environ 50 %. Malheureusement, le ciel se referme rapidement et les nuages masquent à nouveau le spectacle. La lumière commence pourtant à diminuer autour de nous et l’atmosphère devient de plus en plus étrange.
Puis, comme par miracle, le soleil réapparaît au moment où l’éclipse atteint près de 98 %. La lumière s’efface brutalement et, pendant environ une minute trente, une obscurité presque nocturne enveloppe les paysages de l’Arctique. Le froid, la mer, les montagnes et les glaces prennent alors une ambiance irréelle.
Puis la lumière revient progressivement.
Quel beau spectacle ! Un instant aussi bref qu’intense, vécu au milieu des fjords et des glaces, que nous ne sommes pas près d’oublier.
Après toutes ces émotions, nous reprenons notre navigation dans l’Antarctic Sound, connu pour ses magnifiques falaises colorées et ses montagnes aux strates plissées et inclinées. Le paysage géologique est saisissant et accompagne cette fin de journée exceptionnelle.
Nous mettons finalement l’ancre devant l’île de Maria pour y passer la nuit.
Ainsi s’achève une journée particulièrement riche : une météo arctique mouvementée, des icebergs aux formes extraordinaires, des bœufs musqués, des falaises vertigineuses et, surtout, cette éclipse qui nous aura offert quelques instants magiques au cœur du Groenland.
Après avoir passé la nuit devant l’île Maria, nous débarquons ce matin pour une belle traversée de l’île à pied. Le zodiac nous dépose sur une rive et viendra nous récupérer de l’autre côté, nous permettant ainsi de découvrir l’île dans toute sa largeur.
La randonnée nous offre de très beaux points de vue sur les fjords environnants, les îles voisines et quelques icebergs dérivant au large. Malgré un ciel couvert, la visibilité reste bonne et les paysages sont magnifiques.
Autour d’un petit lac, nous observons encore quelques bernaches nonnettes.
Nous atteignons ensuite l’autre rive où le zodiac nous attend, mais avant de rentrer à bord, une dernière surprise nous attend : nous naviguons dans un véritable cimetière d’icebergs. Certains sont échoués tandis que d’autres dérivent lentement. Nous avons alors la chance d’assister à un spectacle impressionnant : un iceberg se renverse soudainement avant de se briser en plusieurs morceaux dans l’eau.
Nous observons également quelques bœufs musqués sur les terres environnantes, ainsi qu’un magnifique phoque barbu installé sur un bourguignon. Le zodiac s’approche doucement et nous permet de l’observer pendant de longues minutes, alors qu’il se repose tranquillement sur son morceau de glace.
De retour à bord, le Grand Nanook met le cap vers le Vega Sound. Quatre heures de navigation nous attendent, l’occasion de profiter d’un moment plus calme et de regarder un film en début d’après-midi. Nous choisissons Seul dans l’Arctique, qui revient notamment sur la seconde expédition danoise au Groenland et sur l’histoire du navire Alabama.
En milieu d’après-midi, nous atteignons le cœur du Vega Sound, un secteur où s’étend un véritable labyrinthe d’îlots. Nous repartons en zodiac pour explorer cet archipel à la recherche de faune. La chance est au rendez-vous : au cours de l’après-midi, nous apercevons au total quatre ours polaires. Bien que certains restent éloignés, deux d’entre eux nous offrent de belles observations. Quelques bœufs musqués sont également visibles au loin.
La navigation dans cet archipel est une aventure à part entière. Les hauts-fonds sont nombreux, ce qui demande une progression prudente entre les îlots qui sont pour la plupart non cartographier. Évoluer ainsi dans un secteur aussi sauvage et peu fréquenté donne véritablement l’impression d’explorer un territoire encore largement méconnu.
Nous retrouvons finalement le Grand Nanook et quittons progressivement le Vega Sound. Le soleil apparaît alors dans une magnifique lumière de fin de journée, venant illuminer les paysages autour de nous.
Cette nuit, nous mettons le cap vers le sud, en direction du Scoresby Sund.
Notre journée commence à Ittoqqortoormiit, minuscule village posé à l’entrée de l’immense Scoresby Sund, sur la côte orientale du Groenland.
L’histoire de ce territoire est intimement liée à celle de l’exploration arctique. En 1822, l’explorateur et navigateur britannique William Scoresby fut le premier à cartographier précisément cette région.
Un siècle plus tard, en 1925, afin d’affirmer sa souveraineté sur l’Est du Groenland, le Danemark confia à l’explorateur Ejnar Mikkelsen la mission d’y établir une nouvelle implantation. Près de soixante-dix colons inuit furent déplacés depuis Ammassalik, l’actuelle Tasiilaq et 15 venant d’autres village de l’ouest, pour fonder Ittoqqortoormiit à l’embouchure du Scoresby Sund
Le site bénéficiait d’un avantage essentiel : la présence d’une vaste polynie, une zone où la mer reste libre de glace une partie de l’année. Cet accès à l’eau permettait la chasse et la pêche, indispensables à la survie de la communauté.
Les premières années furent difficiles, mais le petit village finit par se développer et compta plus de 500 habitants au début des années 2000. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’environ 325. L’isolement, le départ des jeunes et les transformations du mode de vie inuit fragilisent peu à peu cette petite communauté du bout du monde.
Nous avons la chance de découvrir le village sous un beau soleil. La lumière donne aux maisons colorées une intensité particulière. Rouges, bleues, jaunes ou vertes, elles ponctuent le paysage minéral et contrastent avec l’immensité arctique qui les entoure.
Nous commençons à monter vers les hauteurs du village.
Nous poursuivons notre montée en direction de la station météorologique. En chemin, nous nous arrêtons devant le buste d’Ejnar Mikkelsen, rappel de la fondation du village et de cette histoire si particulière de la colonisation de l’Est groenlandais.
Puis nous redescendons vers la rivière pour aller voir les chiens de traîneau. Ils font encore partie intégrante de la vie locale. Difficile de résister aux chiots âgés de quelques mois à peine : véritables petites boules de poils, ils deviennent immédiatement les vedettes de nos appareils photo !
La visite de la supérette nous réserve un autre étonnement. L’intérieur, bien approvisionné, offre un contraste saisissant avec l’environnement sauvage et isolé qui règne dehors. Nous entrons également dans l’église, sobre et chaleureuse, lieu important de la vie de cette petite communauté.
Nous passons près de l’église et visitons l’intérieur.
Plus loin, une stèle rappelle une histoire française : celle du médecin, navigateur et explorateur polaire Jean-Baptiste Charcot, disparu lors du naufrage de son navire, le Pourquoi-Pas ?, au large de l’Islande en 1936.
Ittoqqortoormiit fut l’une de ses bases groenlandaises lors de ses campagnes scientifiques dans l’Arctique, notamment à l’époque de l’Année polaire internationale. Des liens durables se nouèrent alors entre Charcot et les Inuit. Sa mémoire reste particulièrement respectée ici, notamment pour son action en faveur de la population et des soins médicaux.
Après le déjeuner, changement complet de décor. Nous reprenons la navigation et traversons le Scoresby Sund du nord vers le sud, en direction de la côte de Volquart Boons et des glaciers Milano et Roma.
Nous embarquons en Zodiac pour nous approcher au plus près de cette côte spectaculaire. Nous passons sous d’imposantes falaises de roche, repaire d’une importante colonie de goélands. Les oiseaux tournoient au-dessus de nos têtes tandis que leurs cris résonnent contre les parois.
Le paysage est remarquable. La houle vient frapper le pied des falaises dans un bruit sourd et puissant. À chaque vague, l’eau se brise contre la roche avant de se retirer. Depuis notre petite embarcation, au ras de l’eau, les parois semblent encore plus vertigineuses.
Nous longeons ensuite la côte et découvrons de magnifiques fronts glaciaires qui descendent des montagnes pour venir se jeter directement dans la mer. La glace tranche avec les teintes sombres de la roche et l’eau profonde du fjord. Face à ces immenses murailles glacées, notre Zodiac paraît minuscule. C’est un spectacle grandiose, sauvage, où la montagne, la glace et la mer semblent ne faire qu’un.
De retour à bord du navire, nous mettons le cap vers le fond du Scoresby Sund. La navigation se poursuit au milieu de paysages toujours plus impressionnants, tandis que la lumière commence doucement à changer.
Après le dîner, la journée nous réserve encore un spectacle exceptionnel. Nous ressortons sur le pont alors que le navire effectue un tour complet autour d’un gigantesque iceberg de plus de 80 mètres. À cette heure tardive, la lumière du soir enveloppe la glace et révèle ses reliefs, ses crevasses et ses nuances bleutées.
Il est 21 h 45 lorsque le soleil disparaît finalement derrière les montagnes. Le ciel s’embrase alors dans une extraordinaire palette de couleurs chaudes : jaune, or, orange et rose se mêlent au-dessus des sommets tandis que les dernières lueurs se reflètent sur la mer et sur l’iceberg.
Nous restons là à contempler le paysage et cette lumière arctique si particulière.
Nous nous réveillons ce matin au cœur des Bjørnøyer, les « îles aux Ours », dans l’immensité du Scoresby-Sund, sur la côte orientale du Groenland. Cet archipel granitique, découpé en une multitude d’îles, d’îlots et de passages étroits, offre un paysage spectaculaire où les montagnes sombres plongent directement dans les eaux profondes du fjord.
Dès le réveil, le spectacle est saisissant. Autour du Grand Nanook se dressent d’immenses icebergs, dont certains dépassent les 100 mètres de hauteur. Avec leurs tours, leurs aiguilles et leurs parois sculptées, ils ressemblent à de véritables cathédrales de glace. La météo est exceptionnelle : sous un ciel lumineux, le soleil révèle toutes les nuances de la glace, du blanc éclatant au bleu profond.
Nous naviguons ainsi entre ces géants pendant le petit déjeuner. Difficile de quitter des yeux les fenêtres : à chaque changement de cap apparaît une nouvelle sculpture de glace.
Après ce premier spectacle, nous embarquons dans les zodiacs afin d’explorer les environs avant de débarquer sur l’une des îles.
Une courte marche nous conduit à une cinquantaine de mètres d’altitude. De là-haut, le panorama est magnifique. À nos pieds s’étendent la baie et ses petits îlots ; au loin se dressent les montagnes, dont les sommets recouverts de glace culminent à plus de 1 300 mètres, tandis que d’immenses icebergs ponctuent la mer.
Sous ce grand soleil, les contrastes sont saisissants : la végétation rase de la toundra apporte quelques touches de vert et d’ocre, les roches granitiques dessinent des masses sombres et, tout autour, les icebergs brillent d’un blanc presque irréel.
Les Bjørnøyer constituent l’un de ces paysages caractéristiques du Scoresby Sund où se rencontrent la roche, la toundra et la glace. Le relief des îles crée de nombreux chenaux et baies abritées dans lesquels les icebergs peuvent venir s’échouer. Certains restent ainsi immobilisés sur les hauts-fonds pendant de longues périodes, poursuivant lentement leur transformation sous l’action du soleil, de la mer et du vent.
Nous redescendons vers la plage pour retrouver le Grand Nanook. Mais notre exploration est loin d’être terminée.
Après une courte navigation et le déjeuner, nous repartons pour une longue sortie en zodiac. Nous pénétrons cette fois dans un véritable cimetière d’icebergs : des dizaines de ces monstres de glace sont alignés dans la baie.
Partout se dressent des blocs gigantesques. Certains atteignent 70 à 100 mètres de hauteur et se sont échoués sur les hauts-fonds. Tours, murailles, arches, pinacles : chaque iceberg possède sa propre architecture.
Plusieurs sont particulièrement actifs. De temps à autre, un grondement rompt le silence. Des fragments se détachent des parois et s’effondrent dans la mer. Autour de nous se forme alors du brash, cette accumulation de petits morceaux de glace flottante dans laquelle nos zodiacs progressent lentement.
Nous nous sentons minuscules au milieu de ces géants.
De retour à bord, Xavier nous propose une conférence consacrée à Jules de Blosseville, officier de marine et explorateur français du XIXe siècle dont le destin reste intimement lié à la côte orientale du Groenland.
En 1833, à bord de La Lilloise, Blosseville entreprend d’explorer cette côte encore très mal connue des Européens. Après avoir atteint et cartographié une partie du littoral, le navire disparaît avec son équipage. Malgré les recherches entreprises par la suite, le sort de La Lilloise demeure mystérieux.
Près de deux siècles plus tard, le nom de Blosseville reste inscrit sur les cartes du Groenland oriental, rappelant ces premières explorations maritimes dans une région où la glace rendait alors la navigation particulièrement périlleuse.
Xavier poursuit avec un petit exposé consacré à un animal beaucoup plus discret, mais essentiel à l’économie groenlandaise : la crevette nordique, ou crevette nord-atlantique.
Adaptée aux eaux froides de l’Atlantique Nord et de l’Arctique, cette petite crevette constitue une ressource halieutique majeure du Groenland. Sa pêche et sa transformation occupent une place importante dans l’économie du pays et dans ses exportations.
Après les grands explorateurs et les cathédrales de glace, cette présentation nous rappelle que la mer arctique est également un milieu vivant dont dépendent aujourd’hui encore de nombreuses communautés.
La navigation reprend sous de magnifiques lumières. Durant le dîner, le Grand Nanook avance lentement entre les icebergs tandis que les ombres s’allongent sur les montagnes.
Soudain, une silhouette apparaît sur le rivage : un bœuf musqué.
Même à distance, sa masse sombre se détache nettement du paysage. Cette apparition furtive ajoute encore un peu de magie à une journée qui semblait pourtant avoir déjà tout offert.
Puis le ciel commence à s’embraser. Les lumières deviennent plus chaudes, les montagnes se teintent d’orange et de rose, tandis que les icebergs captent les dernières lueurs du jour.
Alors que nous pensions la journée terminée, une dernière merveille apparaît.
Devant nous se dresse un immense iceberg percé d’une arche. La glace a été sculptée jusqu’à former une ouverture monumentale, évoquant les grandes arches naturelles de pierre que l’on peut admirer dans les paysages de l’Utah. Mais ici, tout est éphémère.
Nous sortons une dernière fois les appareils photo.
Demain, peut-être, cette arche aura changé. Une partie se sera effondrée, une fissure se sera agrandie ou l’iceberg aura basculé sous son propre poids. C’est précisément ce caractère fragile et mouvant qui rend le spectacle si fascinant.
Le Grand Nanook poursuit sa route entre les géants de glace tandis que la lumière disparaît peu à peu derrière les montagnes.
Avant même le petit déjeuner, le spectacle commence. Depuis le Nanook, nous découvrons un immense iceberg percé d’une arche. Dans la lumière du matin, la glace blanche et bleutée se détache sur les montagnes sombres et rougeâtres.
Tout le monde est sur le pont pour contempler cette sculpture naturelle. La mer est d’un calme remarquable et reflète presque parfaitement l’arche. Une superbe façon de commencer la journée.
Nous poursuivons ensuite notre navigation dans le Rødfjord, avant de débarquer à Rødpynten.
Le Rødfjord se trouve dans la vaste région du Scoresby Sund. Son nom, qui signifie « fjord rouge », prend tout son sens devant les étonnantes couleurs du paysage. À Rødpynten, les falaises sont constituées notamment de conglomérats datant du Permien, vieux d’environ 260 à 270 millions d’années. Ces roches sédimentaires, composées de galets et de fragments cimentés entre eux, prennent en s’altérant cette couleur rouge caractéristique. L’érosion a ensuite sculpté les falaises en aiguilles, cheminées et murailles spectaculaires.
Changement complet de décor : falaises, aiguilles et murailles naturelles prennent des teintes rouges et ocre sous un ciel d’un bleu profond. Une balade sur les hauteurs permet d’admirer le contraste saisissant entre ces roches colorées et les icebergs qui dérivent sur le fjord.
À certains endroits, les formations rocheuses ressemblent presque à des ruines ou à des forteresses naturelles dominant la mer. Au pied des falaises, l’érosion a formé une étonnante plage rouge qui descend jusqu’à une eau parfaitement calme.
Face à nous dérive un immense iceberg, véritable forteresse de glace. Le soleil et le calme donnent même à certaines l’envie d’une baignade groenlandaise ! une plongée dans cette eau glaciale constituent une expérience mémorable.
Après le déjeuner, nous repartons en Zodiac pour nous approcher des glaces. Les dimensions du paysage deviennent alors impressionnantes. Entre les hautes parois rocheuses descend un glacier profondément crevassé, dont le front bleuté domine la mer. Notre petite embarcation paraît minuscule devant cette masse de glace.
Plus loin, les icebergs offrent des formes extraordinaires. L’érosion et la fonte ont creusé arches, passages et fenêtres naturelles. À travers certaines ouvertures apparaissent les montagnes rouges du fjord, comme encadrées par la glace.
Nous débarquons ensuite sur une petite île et prenons le temps de profiter de la vue. Autour de nous s’étendent le fjord, les montagnes et les icebergs dispersés sur une mer d’un bleu profond. Le calme et l’immensité du paysage donnent l’impression d’être seuls au monde.
De retour à bord, une autre découverte nous attend avant le dîner : la visite de la salle des machines du Nanook.
Après le silence des fjords et des glaciers, nous découvrons les coulisses techniques du navire et les installations qui lui permettent de naviguer dans ces régions isolées. Un univers bien différent des paysages contemplés toute la journée, mais tout aussi intéressant : celui des machines, de la mécanique et du travail indispensable de l’équipage.
Puis vient l’heure du dîner, conclusion d’une journée particulièrement riche.
Au petit matin, nous retrouvons l’archipel des Bjørnøyer, que nous avions découvert quelques jours auparavant. Cette fois, nous partons explorer d’autres secteurs de cet immense dédale d’îlots. Dès le petit déjeuner, le Grand Nanook navigue entre d’imposants icebergs, sous une belle lumière.
Après le petit déjeuner, nous embarquons dans les zodiacs pour une longue exploration. Nous naviguons entre les îlots, dans des eaux particulièrement claires et parfois peu profondes. Nous effectuons un premier débarquement près d’un immense iceberg échoué. Une courte marche nous permet de prendre de la hauteur et d’observer sa partie émergée, mais surtout d’imaginer l’immense masse de glace cachée sous la surface. Le point de vue est spectaculaire.
Nous reprenons ensuite les zodiacs et poursuivons notre exploration jusqu’à un petit lac entouré de montagnes. Nous en faisons le tour à pied, profitant des magnifiques reflets à la surface de l’eau et du calme qui règne dans ce paysage.
Le retour vers le navire nous réserve une petite aventure supplémentaire. La marée basse a rendu certains passages particulièrement peu profonds et, à un moment, il nous faut même pousser les zodiacs pour franchir un passage. Une situation inhabituelle et amusante !
Après le déjeuner, le Grand Nanook reprend sa navigation pendant environ trois heures avant d’atteindre un nouveau secteur de l’archipel. Nous repartons alors en zodiac pour notre dernière grande après-midi d’exploration. Notre petit débarquement nous permet de découvrir les traces d’anciens camps d’été inuits : de simples cercles de pierres indiquent encore l’emplacement des tentes autrefois constituées de peaux d’animaux. Ces campements étaient installés au gré des saisons, permettant aux familles de suivre les déplacements du gibier et de profiter des ressources disponibles sur le littoral.
Nous poursuivons ensuite notre navigation entre les icebergs. Pour marquer cette dernière grande sortie, nos guides nous réservent une petite surprise : vodka et cacahuètes sont de sortie pour trinquer à cette incroyable expédition, avant de rejoindre le Grand Nanook.
De retour à bord, nous profitons du traditionnel verre de l’au revoir. Après le dîner, Xavier et Antoine nous proposent une projection de leurs photos du voyage. Images de paysages, de glace, de rencontres avec la faune et de moments partagés défilent sous nos yeux : une belle manière de revivre cette aventure exceptionnelle !
Demain, nous espérons profiter d’une dernière sortie en zodiac devant un glacier avant de poursuivre notre navigation vers Constable Point, d’où nous prendrons l’avion demain soir.
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