L’île de France doit son nom à l’expédition du duc d’Orléans, grand navigateur aujourd’hui largement oublié. Le 3 juin 1905, il quitte Tromsø à bord de la Belgica, célèbre navire polaire commandé par Adrien de Gerlache, avec l’ambition de rejoindre la Terre François-Joseph.
Mais les glaces, particulièrement denses à l’est, contraignent l’expédition à modifier sa route. Le 28 juillet, l’équipage découvre une île de 246 km² qu’il baptise « île de France », en hommage à son pays.

Au fil de ses 72 kilomètres de côtes, les explorateurs mettent au jour de nombreuses traces d’anciens peuplements inuits, notamment aux caps Montpensier, Saint-Jacques et Philippe. L’île constitue aujourd’hui le plus riche site archéologique de tout l’est de l’Arctique, conservant les vestiges des différentes civilisations venues du nord, depuis la Terre de Peary.
Située au-delà de 77° de latitude nord, l’île de France borde la côte nord-est du Groenland, face à la baie des Récifs. Elle se trouve également sur la route des immenses icebergs tabulaires libérés par le NEGIS (North East Greenland Ice Sheet), le plus vaste fleuve glaciaire du Groenland. Cette région concentre ainsi la plus forte densité d’icebergs tabulaires de tout l’Arctique.

Soumise au climat du haut Arctique, l’île connaît des températures comprises entre +1 et +10 °C durant le bref été, tandis que l’hiver voit régulièrement le thermomètre chuter entre -30 et -40 °C. Une calotte glaciaire centrale, culminant à près de 200 mètres d’altitude, domine ce territoire austère.
Ses rivages, composés de rocailles et presque constamment pris par les glaces, laissent néanmoins apparaître, à l’extrémité nord comme au sud, quelques plages de galets. Autrefois, les morses y étaient nombreux, tandis que les eaux voisines accueillaient narvals, phoques et ours polaires. Cette abondance de faune explique l’importante présence inuite ancienne, notamment au cap Saint-Jacques, où près de 400 structures de maisons et vestiges de campements ont été recensées.

Emportée par la grande dérive de la banquise provenant du bassin polaire via le détroit de Fram, qui entraîne chaque année près de 3 000 km³ de glace vers le sud, l’île de France demeure prisonnière des glaces plus de onze mois par an. Seule la période du minimum de banquise, autour de la mi-septembre, offre parfois une possibilité d’approche… lorsque les glaces l’autorisent.

Banquise, icebergs tabulaires, ours polaires, narvals, morses… tous les ingrédients sont réunis pour une véritable croisière d’expédition.
Longtemps, aucun débarquement n’avait pu y être réalisé. Il faudra attendre le… septembre 2024 pour que l’Ocean Nova, conduit par Christian Kempf et commandé par le capitaine Barrios Alcibades, parvienne à s’approcher suffisamment de l’île. Les conditions permettent alors une croisière en zodiac, suivie d’un débarquement sur cette terre quasiment inconnue du tourisme.
Cette journée exceptionnelle restera gravée dans la mémoire des 70 participants à cette aventure, vécue au cœur du plus grand parc national du monde : le Parc national du Nord-Est du Groenland.