Au large de la côte est du Groenland, un véritable géant de glace poursuit actuellement son voyage vers le sud. Cet iceberg tabulaire aux dimensions exceptionnelles, long de près de 5,7 kilomètres et large de 4 kilomètres, a déjà parcouru plus de 1 200 kilomètres depuis son lieu d’origine, dans l’Extrême Nord-Est du Groenland.
Suivi depuis plusieurs années par le service des glaces de l’Institut météorologique danois (DMI), il poursuit aujourd’hui sa lente dérive au gré des glaces, des vents et des courants. Sa trajectoire pourrait le conduire vers Tasiilaq, voire jusqu’aux eaux du cap Farewell, à la pointe méridionale du Groenland. Une odyssée glaciaire spectaculaire qui témoigne du caractère profondément mouvant des paysages de la côte est groenlandaise.
L’histoire de cet iceberg commence dans l’Extrême Nord-Est du Groenland. Il s’est détaché du glacier du Nioghalvfjerdsfjorden, également appelé glacier du 79 Fjord, au cours de l’hiver 2023-2024.
Pendant une longue période, le géant est resté prisonnier de la banquise côtière à proximité de l’Île de France, territoire isolé des hautes latitudes groenlandaises. Lorsque les glaces se sont finalement ouvertes, il a repris son voyage vers le sud, entraîné par la banquise dérivante le long de la côte orientale du Groenland. Ce compagnon de glace lui a longtemps offert une certaine protection contre les assauts du vent, des vagues et de la houle. Désormais davantage exposé aux éléments, l’iceberg devrait progressivement se fissurer et donner naissance à plusieurs blocs de plus petite taille au cours de sa descente vers le sud.

Les vents et les courants pourraient néanmoins le conduire très loin. Certains grands icebergs empruntent ainsi les courants longeant la côte est jusqu’au sud du Groenland et peuvent atteindre le cap Farewell, voire contourner la pointe méridionale de l’île.
Vu depuis la mer, l’iceberg se présente comme une immense étendue blanche aux parois abruptes. Sa surface relativement plane est caractéristique des icebergs dits « tabulaires », qui tirent leur nom de leur forme évoquant une gigantesque table de glace. Celui qui dérive actuellement le long du Groenland mesure environ 5,7 kilomètres de long sur 4 kilomètres de large. Il s’élève de 10 à 25 mètres au-dessus de la surface de l’océan, mais l’essentiel du colosse demeure invisible : sous la ligne de flottaison, sa masse de glace pourrait descendre jusqu’à environ 200 mètres de profondeur.
Des dimensions hors normes. Selon Hans Henrik Light, cartographe des glaces au DMI, des icebergs tabulaires mesurant entre 3 et 6 kilomètres ne sont observés dans la région que tous les deux ou trois ans.
Au fil de leur dérive vers le sud, ces géants sont progressivement sculptés et fragmentés par les vagues, la houle et les températures plus douces. Lorsqu’ils atteignent le sud du Groenland en été, les grands icebergs ayant effectué ce voyage ne mesurent généralement plus que quelques centaines de mètres.
Dans les eaux groenlandaises, la présence de la glace fait partie intégrante de la navigation. Banquise, petits blocs de glace et icebergs géants évoluent constamment sous l’action des vents et des courants et peuvent représenter un risque pour les navires. Le service des glaces du DMI surveille donc régulièrement leur évolution grâce aux images satellites. Ces observations permettent de suivre la position des grands icebergs, mais également l’étendue et les mouvements de la glace de mer.
Les données recueillies sont ensuite utilisées pour établir des cartes des glaces régulièrement actualisées. Elles constituent un outil essentiel pour les différents navires évoluant dans les eaux groenlandaises, qu’il s’agisse des navigateurs locaux, des navires de transport ou des bateaux de croisière et d’expédition.

La présence de tels icebergs tabulaires dérivant librement le long de la côte est du Groenland était beaucoup plus rare avant les années 2000. Le 79 Fjord, région où se forment ces immenses blocs de glace, était alors protégé par une épaisse banquise côtière persistant tout au long de l’année. Celle-ci empêchait généralement les plus grands icebergs de quitter le fjord et de rejoindre le large.
Avec le réchauffement du climat et l’évolution des conditions de glace, le front de cette immense langue glaciaire se retrouve désormais périodiquement libéré de la glace de mer. Selon le DMI, cette situation se produit environ tous les deux à quatre ans, ouvrant alors la voie à ces géants qui peuvent entamer leur long voyage le long des côtes groenlandaises.
L’iceberg actuellement observé en est une spectaculaire illustration. Né dans les confins de l’Extrême Nord-Est, longtemps immobilisé dans les glaces près de l’Île de France, il poursuit aujourd’hui son périple vers le sud. Un voyage de plusieurs milliers de kilomètres peut-être, dont la trajectoire reste soumise aux forces qui règnent en maîtres dans ces régions : la glace, les vents et les courants de l’océan Arctique.
Source : Institut météorologique danois (DMI), Service des glaces – Informations publiées le 16 juillet 2026.