Il apparaît souvent sans bruit. Une silhouette ivoire sur l’infini blanc.
Dans le silence de l’Arctique, lorsque le vent tombe et que la banquise craque doucement, la rencontre avec l’ours polaire n’est jamais un simple instant d’observation.C’est un moment suspendu.

À l’occasion de la Journée internationale de l’ours polaire, nous avons souhaité revenir sur ces premiers face-à-face.Ces instants rares qui marquent un voyage au cœur du Nord, et qui demeurent longtemps en nous, intacts — comme des images gravées dans la mémoire. 

Chez Grands Espaces, chaque membre de notre équipe a un jour quitté le bureau pour embarquer, sentir le vent froid sur son visage, écouter la glace craquer sous la coque, observer le silence immense des hautes latitudes. Il est essentiel pour nous de connaître nos bateaux, nos terres d’exploration, non pas seulement en théorie, mais dans l’intimité du terrain.

Elle surgit face à un ours sur la banquise, dans la lumière rasante d’un soir arctique, dans le silence d’un fjord inhabité. Et c’est cette émotion vraie, vécue, presque indicible parfois, que nous cherchons à transmettre à chacun de nos voyageurs.

La première rencontre de Christian Kempf, fondateur de Grands Espaces – 1975 –

« Une seconde plus tard, Jean-Claude surgit violemment, les yeux écarquillés et la tête hirsute, ébahi et ahuri. Cette fois-ci la porte a gémi l’événement dans son chambranle. « Ours ! Un ours arrive ! », dit-il tout bas… Je relaie par un chuchotement appuyé : « Ours, les copains ! » En un quart de seconde, tout bascule!

Ours les copains
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Les idées s’entrechoquent, les pensées s’emportent en un galop échevelé, la tête cogne de souvenirs !
Je viens d’allonger 11 heures de veille ; deux ans auparavant sur la côte Ouest du Spitzberg, en 73, on n’avait pas vu le museau d’un ours en plus de 2 mois; l’avant- veille, on venait de se coltiner 2 traversées de glaciers et 40 kilomètres d’une traite dans la neige fraîche, et demain serait déjà le retour ! Et toutes ces traces de pas, de vieux mâles, de femelles accompagnées de jeunes, ces huttes fracassées par les ours, que nous avions déjà croisées depuis deux mois.

Trois mots, qui vont bouleverser notre expédition et griffer ma vie.

Et en un quart de seconde, 5 têtes ébahies fusent hors des sacs de couchages, et dans un désordre incroyable de boîtiers, de tabourets, de « plumes », de carnets de notes et à dessin, d’objectifs, chacun se place.
Jean-Claude jure, car son téléobjectif s’embue, Jean-Louis s’est glissé dans le sas, appuie sur le déclencheur, et réalise LA photographie ; le reste de l’équipe se presse à la vitre : là, elle est toute proche, à moins de 100 mètres, la Bête qui avance encore, nonchalamment…

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Enfin… ! Une robe crème aux poils bien longs, des grosses fesses puissantes pour une queue presque invisible, un ventre ballotant de graisse et un long cou curieux, de gros serpent presque, dont la truffe noire cherche les odeurs ; des pas rapides et puissants, et une souplesse étonnante pour cette lourde silhouette qui maraude entre les blocs de glace échoués sur la plage…
L’ours avance lentement le long de la côte, tantôt reniflant entre les growlers échoués, tantôt humant cet air polaire qui pique, à gauche, à droite, à l’affût de quelque effluve de phoque.
Elle n’est plus qu’à 50 mètres, à notre droit, là, devant, et quelque chose l’inquiète, probablement l’odeur âcre de la fumée qui s’échappe ou le remue-ménage feutré, les ombres qui se pressent à la minuscule fenêtre, et certainement la porte qui s’entrebaille le temps d’une photo car il stoppe net sa maraude. Son regard se dirige à présent vers la hutte. »

Extrait de l’ouvrage « Passions polaires – Premières Expéditions » – Les Carnets d’aventure de Christian Kempf, tome 1

La première rencontre de Sarah, conseillère voyages, spécialiste de l’Arctique.

L’ours ne faisait pas initialement partie de mes rencontres les plus attendues étonnamment, lui préférant de loin les baleines par principe car je ne les rencontre tous que dans mes livres. « Ça commence bien » n’est-ce pas ? Et pourtant, je reviens avec un sentiment tout nouveau suite à cette rencontre. Il est des images que le froid et le blanc savent inscrire et figer au creux de soi, parce qu’en ne voulant rien contrôler on est vierges et ouverts à tout.

On ne vit pas pour retrouver une image observée sur internet, on ne se lève pas avec une configuration précise de ce à quoi doit ressembler la journée. Et cette journée ne ressemblait à aucune autre.

Quand le navire pénètre lentement dans la banquise fragmentée, disloquée, des morceaux de glace se déchirent comme la dentelle d’une crêpe. Une douceur propre au plus doux des poèmes auréole la banquise quand le soleil baigne de ses rayons bienveillants le paysage autour de nous.

« Carcasse !!! » quand mes jumelles ouvrent le rideau sur une silhouette grisâtre, dépouille d’un cachalot couché sur son côté et flottant à la surface. Festin des mouettes ivoire, banquet pour les ours à celui qui saura trouver son chemin. Le temps déroule sa pelote au fil de longues minutes avant qu’un mâle ne soit repéré au loin, approchant pas à pas du cétacé et de notre bateau.

Silence, à peine consciente de ce qui se passe sous mes yeux, l’ours hume l’air et sait que sa piste est la bonne. Rencontre imminente et le voici escaladant l’animal qui fût avant roi des profondeurs, vestige d’une gloire passée devenu le trône de l’ursidé.

Ours Carcasse Spitzberg

Incroyable à observer, ses pattes énormes qui tentent de prendre prise sur la peau épaisse et glissante, il veut planter ses crocs dans cette armure résistant à l’assaut des flots, résistant à ceux qui voudraient le sortir de sa sépulture blanche. Nous sommes en Arctique – au Svalbard, ici, même morte la Nature y demeure hostile et ne cèdera pas à un seul de ses assaillants. La tâche ne sera pas facile mais l’ours est affamé, le ballet des oiseaux apporte un peu de légèreté, ils se repaissent des débris, virevoltent tout autour, prennent un bain et laissent le prédateur opérer avec ses griffes et ses crocs, d’une précision chirurgicale.

En élargissant le champ, mes jumelles révèlent un second ours qui dort paisiblement à côté sur la glace, l’exercice lui a paru sans doute difficile et il laisse son rival procéder en attendant la faille qui sonnera l’heure du repas. Mais l’impatience, l’odeur peut-être le sortent de sa torpeur et c’est une lutte froide en fourrure à laquelle j’assiste ; Face à la morsure du vent et des tons métalliques qui n’appartiennent qu’à ces lieux.

Ours banquise

Où chacun ici, loin de tout, trône en maître sur la carcasse et s’affaire à chasser l’autre. Le brouillard se lève doucement, un voile qui vient dissimuler une scène dont nous n’étions pas censés être les témoins. Je navigue au quotidien à la fois entre mes rêves, mes projets et cette rencontre y a créé sa propre place, une nouvelle unité de mesure sans odeur, sans bruit, sans comparaison.

Simplement une bulle de froid où le temps n’a pas de référence connue et l’émotion y a créé son propre langage et se referme sur moi comme la brume sur ce souvenir. »

La première rencontre de Mathilde, conseillère voyages- 2023

« C’était une matinée sur le Grand Explorer, quelques minutes avant le petit-déjeuner. Un passager, en se réveillant, ouvre le rideau de sa suite… et aperçoit un ours, juste devant sa fenêtre, à quelques mètres du bateau.  Nous sortons tous sur les ponts extérieurs. L’ours était posé sur une plaque de glace, à 5 mètres du bateau, si proche qu’on voyait chaque détail de son pelage, chaque mouvement. Il semblait incroyablement calme, presque serein. Nous l’avons observé longtemps, fascinés. Cette image est gravée dans ma mémoire : la beauté, la force et la tranquillité de cet animal, là, devant nous.”

Ours SPitzberg

La première rencontre de Laureline, responsable marketing – 2021 –

« Brasvelbreen, la plus vaste barrière de glace de l’Arctique, offrait déjà à elle seule un spectacle presque irréel.
En ce mois de septembre, les glaciers voisins avaient libéré d’immenses icebergs, silhouettes mouvantes dérivant lentement devant le front de glace, comme autant de cathédrales éphémères.

Dans ce paysage d’une pureté saisissante, où le silence semblait suspendre le temps, une ourse avait choisi de s’abandonner au repos. Allongée sur un iceberg dérivant, elle dormait paisiblement, ses deux oursons blottis contre elle.

À bord de notre yacht polaire, nous sommes restés là, immobiles, à contempler cette scène fragile et infiniment douce — comme si l’Arctique nous offrait, pour quelques instants, un privilège rare. Puis, presque imperceptiblement, l’ourse s’est redressée. Peut-être avait-elle perçu un mouvement, deviné la présence d’un phoque au loin…

Alors commença une lente traversée sur la glace. L’ourse avançait avec une grâce silencieuse, suivie de ses deux oursons, minuscules et appliqués, évoluant dans ce décor démesuré.

Nous sommes restés ébahis, happés par cette déambulation hors du temps — de longues minutes, peut-être des heures. Un instant d’une infinie délicatesse, gravé depuis parmi ces souvenirs rares et précieux que seul l’Arctique sait offrir. »

 

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*Les prix indiqués sont ceux des cabines les moins chères. Le descriptif des programmes est donné à titre indicatif.

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