Xavier Allard
Arctique
25 août
3 septembre 2026
Xavier Allard
Arctique
Rémi Suchowierch
Guide naturaliste
Élodie Marcheteau
Géologie
Christian Kempf
Président Fondateur de Grands Espaces
François Leloustre
Groenland
Nicolas Hanuise
Biologiste
Dr Laurent Balp
Médecin d'expédition
Bernard Manuel
Compétences médicales en milieu isolé
Mathilde Gardin
Directrice de croisière - Production croisières
Au départ de Paris, notre aventure arctique débute par un vol direct vers Longyearbyen, au cœur du Svalbard. Après quelques heures de vol, les premiers paysages montagneux et sauvages de l’archipel apparaissent sous nos yeux. Le dépaysement est immédiat : nous voilà aux portes du Grand Nord !

À notre arrivée, nous profitons de quelques heures de temps libre pour découvrir Longyearbyen, principale localité de l’archipel. Au programme pour certains : visite du musée du Svalbard, découverte des boutiques locales et premières photographies de cette petite ville entourée de montagnes. Une première immersion dans l’atmosphère si particulière du Grand Nord.

Nous rejoignons ensuite notre navire, où chacun prend possession de sa magnifique cabine pour les prochains jours. Après avoir découvert le bateau, nous nous retrouvons pour la présentation de l’équipe d’expédition et des guides, puis pour les premières consignes de sécurité.
Enfin, nous partageons notre premier dîner à bord, l’occasion de faire connaissance et de commencer cette belle aventure arctique tous ensemble. Le voyage au Svalbard ne fait que commencer !
Ce matin, nous partons pour notre première exploration en Zodiac dans Krossfjorden. La mer est parfaitement lisse et les montagnes se reflètent dans une eau aux nuances d’acier. Au fil de notre progression apparaît l’impressionnant Lilliehöökbreen, dont le front glaciaire, large de près de sept kilomètres, forme une véritable muraille de glace au fond de Lilliehöökfjorden.

Nous avançons lentement dans ce décor majestueux, entre le blanc du glacier et les nuances de bleu de la glace. Les fulmars planent au ras de l’eau tandis que les labbes parasites poursuivent d’autres oiseaux marins pour tenter de leur dérober leur nourriture. Des blocs se détachent du front et s’effondrent dans la mer. Nous assistons à plusieurs vêlages, toujours aussi impressionnants, qui nous rappellent que cette immense masse de glace est en perpétuel mouvement.
Après cette magnifique matinée, nous retrouvons le navire pour le déjeuner avant de reprendre notre navigation vers Möllerfjorden.
Dans l’après-midi, nous débarquons à proximité de Camp Zöe. Cette petite cabane de trappeur fut construite en 1911 par le Norvégien Henry Rudi. Isolée face au fjord, elle témoigne encore aujourd’hui de la vie rude de ces hommes qui venaient chasser, piéger et hiverner dans les immensités du Svalbard.
Le temps est magnifique et nous partons marcher dans une toundra qui commence déjà à prendre ses couleurs d’automne. À nos pieds se dévoile toute une végétation miniature parfaitement adaptée au climat arctique : mousses et lichens, mais aussi saules polaires rampant au ras du sol, saxifrages et petites plantes à fleurs qui profitent du très court été pour accomplir leur cycle.
Un renard arctique au pelage gris argenté traverse soudain devant nous, à une centaine de mètres. Plus haut, sur les reliefs, nous distinguons également un petit groupe de rennes du Svalbard.

Nous reprenons ensuite les Zodiacs pour explorer les falaises de l’autre côté du fjord. Une baleine de Minke surgit alors tout près de nos embarcations. Elle refait surface à plusieurs reprises, suffisamment proche pour que nous entendions son souffle. Pendant quelques instants, les conversations s’arrêtent et tous les regards se tournent vers elle. Une rencontre inattendue qui provoque immédiatement l’émerveillement à bord.
Un peu plus loin, deux nouveaux renards arctiques apparaissent près du rivage. L’un, au pelage sombre gris-bleu, tandis que l’autre arbore déjà sa fourrure blanche d’hivers . Peu préoccupés par notre présence, ils nous laissent profiter longuement de leur observation. Autour des falaises, les oiseaux marins complètent le spectacle, avec notamment les macareux, toujours très appréciés de nos passagers, qui viennent ajouter une dernière touche à cette magnifique exploration.

Nous regagnons le navire les yeux encore remplis des images de cette journée : la puissance du glacier, les couleurs de la toundra, les renards et cette baleine venue respirer à quelques mètres de nous.
En fin d’après-midi, Xavier, notre chef d’expédition, nous réunit pour le récapitulatif de la journée. Puis À 18 h 45, le commandant et son équipage nous accueillent autour du verre de bienvenue, un moment convivial pour présenter son équipe. Vient ensuite l’heure du dîner. Tandis que nous profitons de la soirée à bord, le navire reprend doucement sa route entre les montagnes du Spitzberg. Nous mettons désormais le cap vers la baie de Murchison et de la base de Kinnvika. Une nouvelle journée arctique nous attend demain.
Ce matin, nous nous réveillons dans la baie de Murchison, sur la côte de Nordaustlandet. La lumière est claire, presque cristalline, et donne au paysage une douceur particulière lorsque nous débarquons à Kinnvika.
Cette ancienne station scientifique fut installée en 1957 à l’occasion de l’Année géophysique internationale. Ses bâtiments, toujours présents au milieu de la toundra, abritaient scientifiques, logements et installations techniques. Posés dans cette immensité silencieuse, ils témoignent encore de ces hommes venus étudier l’Arctique dans des conditions particulièrement isolées.

Nous partons explorer les environs de la station. La lumière du matin sublime les couleurs de la toundra et, bientôt, un petit groupe de rennes du Svalbard s’approche tranquillement de nous. Ils passent à proximité, presque indifférents à notre présence, puis poursuivent leur chemin avec cette tranquillité qui semble appartenir à ces grands espaces.
Dans la baie, un rorqual nage paisiblement. Son dos apparaît puis disparaît dans une mer parfaitement calme. Un peu plus loin, un phoque barbu nous réserve une autre belle rencontre. Sa grosse tête émerge quelques instants avant de disparaître. Nous le cherchons du regard lorsqu’il réapparaît soudain à seulement quelques mètres de notre Zodiac ! L’excitation gagne immédiatement l’embarcation. Dans la lumière pure de cette matinée, l’instant semble presque irréel.

Nous regagnons le Discoverer pour un déjeuner copieux tandis que le navire reprend sa route en direction d’Alkefjellet.
À 15 h, Xavier, notre chef d’expédition, nous présente une conférence consacrée au Svalbard, à son histoire et à cet environnement si particulier que nous découvrons chaque jour un peu plus. Puis nous embarquons de nouveau dans les Zodiacs. Devant nous se dressent bientôt les spectaculaires falaises d’Alkefjellet. Leurs grandes formations sombres de dolérite tombent verticalement dans la mer, dessinant un véritable amphithéâtre minéral.
Ces falaises abritent en pleine saison d’immenses colonies de guillemots de Brünnich. Mais nous sommes déjà à la fin du mois d’août et la majorité des oiseaux a quitté les lieux. Quelques retardataires sont encore présents avec leurs jeunes, derniers témoins de l’incroyable agitation qui règne ici au cœur de l’été.

Au pied des falaises, dans une zone rocailleuse, nous apercevons soudain un renard polaire à la magnifique robe blanche. Sa silhouette se détache sur les pierres sombres tandis qu’il se déplace tranquillement le long du rivage.
Nous quittons Alkefjellet et poursuivons notre navigation vers Wahlenbergfjorden, l’un des grands fjords de Nordaustlandet. Alors que nous sommes tranquillement installés à table pour le dîner, une première baleine à bosse apparaît près du navire. Puis une deuxième… bientôt trois, puis quatre !
Pendant près d’une demi-heure, c’est un véritable festival. Les souffles puissants jaillissent au-dessus de la mer, les dos apparaissent à la surface et les immenses nageoires caudales se dressent avant de disparaître lentement sous l’eau. Tout le monde quitte presque son assiette pour profiter du spectacle. Un de ces moments totalement inattendus que l’Arctique sait nous offrir.

Et pourtant, la journée est encore loin d’être terminée.
À 22 h, nous embarquons une dernière fois dans les Zodiacs pour rejoindre l’immense front glaciaire au fond de Wahlenbergfjorden. La lumière rasante transforme alors complètement le paysage. La glace prend des nuances de blanc, de bleu et d’or. La mer est calme, les montagnes nous entourent et, devant nous, l’immense muraille glaciaire semble fermer l’horizon. Nous avançons lentement, presque silencieusement, subjugués par la beauté et la démesure du spectacle.
Sur un glaçon, une nouvelle surprise nous attend : un phoque barbu est paisiblement installé sur la glace. Nous restons un long moment à l’observer. Il relève régulièrement la tête et semble, lui aussi, nous regarder avec curiosité. Seul sur son morceau de glace, devant l’immensité du glacier, il ajoute encore un peu de magie à cet instant.

Nous regagnons finalement le Discoverer, fatigués mais émerveillés. Kinnvika et ses rennes, le phoque curieux du matin, les falaises d’Alkefjellet et leur renard blanc, quatre baleines à bosse surgissant pendant notre dîner, puis ce phoque solitaire devant l’immense front glaciaire…
Quelle journée ! Nous rejoignons nos cabines avec le sentiment d’avoir vécu, en quelques heures seulement, toute la richesse de l’Arctique. Nous nous endormons les yeux remplis de lumière, de glace et de vie sauvage, et la tête pleine d’images que nous ne sommes pas près d’oublier.
Après notre sortie vespérale de la veille, dans une lumière de coucher de soleil illuminant les fronts des glaciers, la nuit a été courte mais calme, bercée par les légères ondulations du bateau.Après un petit-déjeuner rapidement avalé, nous voilà repartis à bord des Zodiacs, cette fois dans le fjord de Pallander.
Nous commençons notre excursion en direction du glacier, malheureusement peu actif ce matin. Juste avant d’arriver près du front de glace, une tache blanchâtre sur notre gauche éveille soudain nos soupçons. Caillou ou ours ?
Les jumelles et les appareils photo apportent rapidement la réponse : c’est bien un ours polaire. Il dort profondément, allongé dans la toundra, la tête posée entre ses pattes. Pas le moindre frémissement d’oreille. Peut-être vient-il de bien manger, ou cherche-t-il simplement à économiser cette énergie si précieuse dans l’Arctique.
Non loin de lui, nous apercevons bientôt un renard arctique dans son pelage mêlant encore le blanc et le gris. Il court sur les hauteurs de la pente sans prêter attention à notre présence, semblant attiré par un objectif bien précis. Quelques instants plus tard, nous le perdons de vue. Nous laissons donc l’ours à son sommeil réparateur et le renard à ses occupations pour traverser le fjord.

De l’autre côté, changement complet de décor : nous découvrons un groupe de morses rassemblés sur la plage, avec plusieurs femelles et leurs jeunes venus se reposer à terre. D’autres sont dans l’eau et remontent régulièrement à la surface en expirant bruyamment. Plusieurs jeunes sont facilement reconnaissables à leurs défenses encore courtes.
Dans les Zodiacs, les questions fusent : pourquoi viennent-ils sur la plage ? Que mangent-ils ? À quoi servent leurs défenses ? Leurs populations sont-elles encore menacées ? Autant de questions suscitées par ces animaux aussi impressionnants que fascinants.

Nous poursuivons notre progression dans le fjord. Régulièrement, des souffles apparaissent au loin, suivis des dos et des nageoires dorsales de différents cétacés, notamment des rorquals. Mais les grands mammifères marins ne sont pas les seuls à attirer notre attention. Des phoques barbus, souvent curieux, viennent eux aussi nous rendre visite. De nombreux oiseaux nous accompagnent, parmi lesquels des guillemots à miroir, dont plusieurs jeunes dans leur plumage gris et blanc.
Et il ne faut pas oublier ce qui se trouve sous la surface. Les eaux sont riches en organismes gélatineux : méduses, cténophores et crinières de lion sont au rendez-vous. Ces eaux qui nous paraissent froides et inhospitalières regorgent pourtant de vie. Elles constituent la base d’écosystèmes arctiques extrêmement riches, aujourd’hui profondément influencés par les changements climatiques.
Après le déjeuner, une petite série de conférences nous permet de revenir sur les observations de ces derniers jours. Christian ouvre la séance en revenant sur notre ours endormi : pourquoi dormait-il ici ? Pourquoi à cet endroit précis ? Son intervention permet de répondre aux nombreuses questions suscitées par notre rencontre matinale.
Valentine poursuit avec les baleines à bosse et les petits rorquals que nous avons pu observer dans les fjords. Élodie revient ensuite sur la géologie spectaculaire d’Alkefjellet et notamment sur la dolérite, injectée au sein des couches de roches sédimentaires.
Pendant ce temps, le Discoverer poursuit sa route vers notre prochaine destination : Torrelneset. À notre arrivée, nous séparons le groupe en deux : une partie commence par le débarquement avant de poursuivre en Zodiac, tandis que l’autre effectue le programme dans l’ordre inverse.
Pour ceux qui partent à pied vers les morses, une consigne essentielle : avancer lentement, rester groupés et silencieux afin de ne pas provoquer leur fuite vers la mer. Avec des mâles pouvant approcher ou dépasser la tonne, un mouvement de panique au sein du groupe pourrait également mettre en danger les animaux les plus jeunes.
L’approche est lente… et la présence des morses se fait sentir, au propre comme au figuré !
Difficile d’imaginer que ces masses imposantes, si maladroites en apparence lorsqu’elles se déplacent à terre, puissent devenir aussi agiles une fois dans l’eau. Difficile également d’imaginer que ces géants se nourrissent principalement de petits organismes benthiques, notamment de mollusques qu’ils recherchent sur les fonds marins.
Et difficile enfin d’oublier que les morses du Svalbard ont autrefois été chassés presque jusqu’à leur disparition locale, notamment pour leur graisse et leur ivoire. Protégée depuis 1952 au Svalbard, leur population s’est depuis fortement reconstituée. C’est un exemple encourageant : lorsque l’être humain décide réellement de protéger une espèce et son habitat, une population peut parfois retrouver une vitalité perdue depuis des décennies.
En sera-t-il de même pour toutes les autres espèces aujourd’hui menacées ? La question reste ouverte.

Pour le groupe parti en Zodiac, nous nous dirigeons vers l’autre côté du détroit afin de ne pas perturber les morses avec le bruit de nos moteurs.
Et une nouvelle rencontre nous attend : un petit rorqual en plein nourrissage apparaît à très courte distance, surgissant entre les Zodiacs. Après plusieurs passages impressionnants, il s’éloigne progressivement pour poursuivre sa chasse plus loin dans le détroit.
Un peu plus tard, au sommet d’une petite falaise rocheuse, nous repérons un autre renard arctique. Au début, seules ses oreilles dépassent de la crête. Après quelques indications permettant à chacun de comprendre où regarder, tous les participants finissent par le trouver. La première question arrive naturellement : que fait-il ici ?
Il a très probablement pu rejoindre ce secteur lorsque la banquise permettait encore de circuler entre les terres. Les renards arctiques sont capables de parcourir des distances considérables sur la glace de mer. Les nombreuses colonies d’oiseaux présentes dans les pierriers et les petites falaises constituent également une ressource alimentaire particulièrement intéressante. Nous le voyons finalement se déplacer quelques instants avant de disparaître derrière la crête.
De nombreux oiseaux complètent cette sortie, notamment un couple de plongeons catmarins en vol, dont le cri caractéristique attire immédiatement notre attention.
Nous regagnons ensuite le Discoverer pour le dîner et pour profiter d’une navigation exceptionnelle le long de l’immense front glaciaire du sud de Nordaustlandet.
Nous commençons par le front du Bråsvellbreen, partie de la grande calotte glaciaire Austfonna. Le secteur connaît actuellement une phase de surge, c’est-à-dire une accélération spectaculaire de l’écoulement de la glace. Ce phénomène naturel fait partie de la dynamique de certains glaciers et ne signifie pas pour autant que la calotte glaciaire gagne globalement de la masse. Les images satellites de cette avancée sont particulièrement impressionnantes.
Le Discoverer navigue suffisamment près du front pour nous permettre d’en observer les moindres détails. Des cascades dévalent la paroi de glace, alimentées par les eaux de fonte circulant à sa surface. Plus haut, les bédières dessinent leurs chemins dans la glace avant que l’eau ne s’engouffre parfois dans des moulins glaciaires, poursuivant son parcours à l’intérieur ou sous le glacier avant de rejoindre la mer.

Devant nous s’étire alors un paysage presque entièrement minéral et cristallin : glace, eau, montagnes et lumière arctique.
C’est sur ces dernières images que s’achève cette journée particulièrement riche : ours polaire, renards arctiques, morses, baleines, phoques, oiseaux et glaciers se seront succédé du matin jusqu’au soir. Il est maintenant temps de nous reposer, avec une nouvelle fois la tête remplie d’images, afin d’être prêts pour les découvertes qui nous attendent demain.
Après avoir navigué toute la nuit en direction du nord-est, le Discoverer approche ce matin de l’île Blanche. Mais les rivages de Kvitøya – c’est son nom norvégien – sont noyés dans la brume, ce qui rend délicate toute opération en zodiac. Xavier, notre chef d’expédition, décide que nous resterons à bord.

Nous profitons donc de la matinée dans la salle de conférences du navire, où nos guides nous réunissent pour nous transmettre leurs connaissances et leur passion du Spitzberg. C’est d’abord Martial qui nous raconte en détail l’expédition du Salomon August Andrée en 1897. La tentative de l’ingénieur suédois de rejoindre le Pôle Nord en ballon s’est terminée tragiquement sur la pointe de l’île Blanche après un atterrissage forcé et trois mois de dérive sur la banquise ; mais ce n’est que trente trois années plus tard que le sort des trois aéronautes a été définitivement élucidé, à la découverte de leur dernier campement ! Valentine, notre spécialiste des mammifères marins, nous livre ensuite les mille secrets du morse au cours d’une conférence passionnante. La vie de ce gros pinnipède, que nous avons observé à terre et en mer hier, nous apparaît maintenant sous un nouveau jour.
En fin de matinée, le Discoverer remet le cap à l’ouest en direction de Storøya, où il vient jeter l’ancre après quelques heures d’une navigation paisible, accompagnée par le vol aérien des fulmars. Storøya – la grande île – est en réalité une petite sœur de l’île Blanche, avec son petit dôme de glace qui présente l’avantage d’être resté en dehors du brouillard. Après le déjeuner, nous partons donc en zodiac à la découverte de la côte nord de l’île, en direction d’une échouerie de morses repérée par nos guides.

Des morses imposants se reposent sur deux petits îlots rocheux, tandis que d’autres individus nagent à proximité. Curieux, certains d’entre eux tentent même de s’approcher de nos zodiacs. Plus loin, un important groupe de pinnipèdes constitue une autre échouerie sur une plage voisine. Alors que nous les observons, une tache blanche dans les rochers à l’arrière-plan attire notre attention. Bientôt, une tête se dresse et lève nos doutes : il s’agit bien d’un ours, allongé là à quelques dizaines de mètres des morses. Non loin de lui, une carcasse nous renseigne : après un bon repas, le roi de l’Arctique est certainement en pleine digestion !
Après avoir profité de ces observations animalières remarquables, nous continuons notre exploration en admirant les belles couleurs de la fin d’après-midi sur les reliefs et la calotte de la Terre du Nord-Est. Nous observons également des centaines de sternes arctiques en train de se nourrir sur le riche zooplancton. Leur vol agile et gracieux leur vaut le surnom d’hirondelles de mer, mais ces grandes voyageuses se préparent à l’une des plus grandes migrations qui soit, jusqu’à l’océan Austral !
De retour à bord du Discoverer, Christian Kempf nous livre une intéressante intervention sur les glaces du Spitzberg, puis un retour sur notre observation d’ours de l’après-midi. De son côté, Xavier nous présente notre programme de demain : après un passage en soirée à proximité des îles jumelles de Foyn et Broch, puis de celle de Carl XII, cap au nord sur la banquise !
Aujourd’hui, c’est la rentrée des glaces !
À cinq heures du matin, ce ne sont ni les matines ni les vigiles qui nous réveillent, mais la voix de Xavier, notre chef d’expédition, dans les haut-parleurs : le Discoverer vient de rencontrer la banquise.
Nous sommes à 81° Nord, à moins de 1 000 kilomètres du pôle Nord. Dehors, le paysage a complètement changé. La mer est désormais parsemée de plaques de glace dérivantes entre lesquelles le navire poursuit lentement sa progression. Très vite, la faune se montre. Un phoque barbu repose sur une plaque de glace, bientôt suivi d’un phoque annelé, beaucoup plus petit, puis de phoques du Groenland. Dans le ciel, les oiseaux profitent eux aussi de cet environnement : mergules nains, labbes parasites, fulmars boréaux et surtout quelques mouettes ivoire, espèce emblématique intimement liée à la banquise.
Pendant le petit-déjeuner, la navigation se poursuit au milieu des glaces. D’autres phoques apparaissent, certains nageant entre les plaques, d’autres tranquillement installés sur la glace.

Mais le spectacle est également dans le ciel. Autour du Soleil se forme un halo lumineux presque parfaitement circulaire. Ce phénomène optique est provoqué par la réfraction de la lumière solaire à travers de minuscules cristaux de glace présents dans l’atmosphère. Dans certaines conditions, il peut s’accompagner de deux points lumineux situés de part et d’autre du Soleil : les parhélies, parfois surnommés « faux soleils ».
Après le déjeuner, servi comme chaque jour au pont 5, un nouveau moment fort nous attend.
À 13 h 45, les dix Zodiacs sont à l’eau. Xavier a repéré une vaste plaque de banquise suffisamment épaisse et stable pour nous permettre d’y débarquer en toute sécurité. Les embarcations viennent doucement placer leur étrave contre la glace et, les uns après les autres, nous posons le pied sur la banquise.
La sensation est particulière : nous marchons sur la mer gelée, à 81° Nord.

Autour de nous, la glace à perte de vue, le Discoverer au loin et le silence de l’Arctique. François sort alors de son célèbre sac jaune quelques gobelets et une bouteille. Nous trinquons tous ensemble à cet instant privilégié, improbable et mémorable.
Après cette parenthèse sur la glace, nous remontons dans les Zodiacs et reprenons notre exploration. Nous nous glissons entre les plaques dérivantes qui dessinent autour de nous un véritable labyrinthe. Ici et là, des phoques émergent de l’eau avant de disparaître à nouveau sous la surface.
Le vent commence cependant à se renforcer. Il est temps de quitter la banquise et de rejoindre le Discoverer avant que les conditions ne deviennent plus difficiles.
À 16 h 45, Élodie prolonge parfaitement cette journée avec une conférence consacrée à la cryosphère, l’ensemble des régions de notre planète où l’eau est présente sous forme solide : les deux grands inlandsis du Groenland et de l’Antarctique, les calottes glaciaires, les glaciers de montagne, la banquise, mais également le pergélisol.
Elle nous explique aussi le rôle majeur joué par la cryosphère dans le système climatique. Sa diminution réduit notamment l’albédo de notre planète : les surfaces sombres de l’océan ou du sol absorbent davantage d’énergie solaire que la neige et la glace, renforçant ainsi le réchauffement. La fonte des glaces continentales contribue également à l’élévation du niveau des océans — contrairement à la fonte de la banquise flottante, qui n’en est pas une cause directe.
À 18 h, nos guides nous donnent rendez-vous au grand salon pour différents ateliers thématiques : photographie, cartographie, oiseaux du Spitzberg… Un moment plus informel qui permet à chacun d’approfondir les sujets qui l’intéressent et de revenir sur les nombreuses observations de ces derniers jours.
Après le dîner, nous nous retrouvons une dernière fois dans la grande salle de conférence. Xavier clôt cette longue et belle journée en nous présentant les cartes des vents et des glaces ainsi que l’itinéraire prévu pour la nuit.
Le Discoverer quitte progressivement le monde de la banquise et met maintenant le cap vers une nouvelle destination au nom particulièrement évocateur : Liefdefjorden, le « fjord de l’amour ».
Après avoir marché aujourd’hui sur la mer gelée à 81° Nord, il est difficile d’imaginer ce que l’Arctique pourra encore nous réserver demain.
Ce matin, nous naviguons dans la majestueuse baie du Roi, le Kongsfjorden, l’un des paysages les plus spectaculaires de la côte occidentale du Spitzberg. Le ciel d’acier et la lumière arctique donnent au fjord une atmosphère presque irréelle lorsque nous embarquons dans les zodiacs pour notre dernière grande sortie de la croisière. Très vite, la faune est au rendez-vous. Nous apercevons d’abord deux renards polaires et deux rennes, puis, un peu plus loin, alors que nous longeons lentement la côte, un renne solitaire marche tranquillement sur la plage.

Au-dessus de lui, le spectacle est tout autre. Les falaises résonnent des cris d’une importante colonie de mouettes tridactyles. Des centaines d’oiseaux tournoient dans le ciel, se posent sur les parois rocheuses et repartent aussitôt dans un ballet incessant.
Soudain, la scène change de nature. Un goéland fond sur une jeune mouette tridactyle. Il la poursuit et la harcèle jusqu’à la surface de l’eau, où il finit par prendre le dessus. L’observation est difficile, presque brutale, mais elle nous rappelle aussi que nous sommes les témoins de la nature dans ce qu’elle a de plus authentique : ici, rien n’est mis en scène.
Et l’histoire ne fait que commencer. Un renard bleu, qui semble avoir suivi toute la scène depuis la grève, apparaît soudain. Il longe le rivage et suit attentivement le goéland et sa proie, à seulement quelques mètres de la côte. Pendant près d’un quart d’heure, il attend. Il observe. Il sait peut-être que sa patience finira par être récompensée. Puis surgit un deuxième renard, cette fois blanc, magnifique dans son pelage clair. Lui aussi semble avoir compris l’aubaine qui se présente.
Les deux renards se retrouvent face à face. Pendant quelques instants, ils se toisent. La tension est palpable. Puis, brusquement, le renard blanc attaque le bleu. Tous deux disparaissent entre les rochers durant de longues secondes. Nous attendons, suspendus à la scène. Finalement, le renard blanc réapparaît et bat en retraite, abandonnant la partie avant de disparaître au fond de la plage.
Entre-temps, le goéland s’est éloigné. Dès que sa proie atteint la grève, le renard bleu s’en empare et remonte rapidement la pente pour l’emporter vers l’une de ses caches, plus haut dans la falaise. Nous restons tous subjugués. En quelques minutes, nous venons d’assister à une extraordinaire succession d’interactions entre plusieurs espèces : prédation, opportunisme, patience et compétition. Un condensé de vie sauvage arctique, observé à quelques dizaines de mètres de nous. Un de ces moments rares que l’on sait, immédiatement, ne jamais oublier.

Nous reprenons notre navigation vers les grands glaciers qui ferment le fond du Kongsfjorden. Devant nous se dressent notamment les glaciers Kongsbreen, Kronebreen et Kongsvegen. Leurs fronts prennent des teintes d’un bleu profond sous un ciel métallique. Dans la baie dérivent quelques icebergs imposants, tantôt translucides, tantôt bleu acier. Nous tournons lentement autour de ces sculptures éphémères façonnées par la glace et le temps.
Sur l’un de ces icebergs d’un bleu intense, des mouettes tridactyles se sont posées. Plus loin, des phoques se reposent sur la plage et sur les rochers qui bordent le rivage.
Partout où porte le regard, il y a quelque chose à observer : la glace, les oiseaux, les mammifères, la roche, la lumière. Une incroyable palette de couleurs et de vie dans un environnement que l’on pourrait croire, à première vue, presque minéral. Nous regagnons finalement le Heritage Discoverer, encore profondément marqués par ce que nous venons de vivre.

L’après-midi, nous arrivons à Ny-Ålesund, ancienne cité minière aujourd’hui devenue l’une des stations de recherche scientifique permanentes les plus septentrionales au monde. L’histoire du site est d’abord étroitement liée à l’exploitation du charbon, développée au début du XXe siècle. Plusieurs accidents meurtriers marqueront cette activité, qui sera finalement abandonnée en 1963.
Mais Ny-Ålesund occupe également une place exceptionnelle dans l’histoire de l’exploration polaire. Dans les années 1920, la localité devient une base de départ pour plusieurs tentatives de conquête du pôle Nord par les airs. Roald Amundsen, Lincoln Ellsworth et Umberto Nobile partiront notamment d’ici pour leurs célèbres expéditions aériennes. Après la fin de l’activité minière, Ny-Ålesund connaîtra une nouvelle vie en devenant progressivement une importante base internationale de recherche arctique. Nous parcourons une dernière fois ces terres du Svalbard avant de rejoindre le navire.

En fin de journée vient déjà le temps des souvenirs et des au revoir. Rémy et Laurent nous proposent un magnifique récapitulatif en images et en vidéo de notre croisière. Puis viennent les mots de Christian Kempf et de Xavier, notre chef d’expédition, qui remercient passagers, guides, équipage et tous ceux qui ont contribué à faire de cette aventure un moment si particulier. Le commandant nous rejoint ensuite pour le traditionnel verre de l’amitié et des au revoir, avant un dernier excellent dîner à bord.
Ce soir, lorsque nous rejoignons nos cabines, nous avons les yeux remplis d’images : les glaciers bleus, les icebergs, les rennes, les phoques, les falaises couvertes d’oiseaux et, bien sûr, cette incroyable scène de vie sauvage entre le goéland et les deux renards polaires. Pendant quelques jours, cette croisière nous aura rappelé combien l’Arctique peut être immense, fragile, rude et extraordinairement vivant.
Demain, nous arriverons à Longyearbyen, puis il sera temps de reprendre la route vers chez nous, avec en mémoire ces paysages, ces lumières et toutes ces rencontres qui auront rythmé notre voyage.
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