Rémi Favre
Polaire et Animaux Marins
24 avril
1 mai 2026
Rémi Favre
Polaire et Animaux Marins
Ça y est, le voyage commence. Ce 24 avril, nous posons le pied à Longyearbyen, au Spitzberg, à 78°13’ de latitude nord. Rien que ces chiffres donnent le vertige : nous voilà aux portes du monde polaire. Ancienne ville minière fondée en 1906 par M. Longyear pour l’exploitation du charbon, Longyearbyen s’est aujourd’hui réinventée et vit désormais au rythme des voyageurs de passage.

Notre bateau, l’Explorer, lutte encore contre les éléments en mer de Barents et n’arrivera que demain. Changement de programme : on s’adapte — première leçon du Grand Nord.
Nous partons alors découvrir la ville au milieu de sommets enneigés. Les maisons colorées tranchent avec le paysage austère, presque lunaire. L’église, les boutiques de sport, les motoneiges alignées, prêtes à bondir… tout semble en attente, comme suspendu dans le froid. Nous nous installons finalement au Radisson Blu Polar, où un ours majestueux nous accueille dans le hall — premier face-à-face, même immobile, avec le roi des lieux.
En fin de journée, Rémi et Thomas nous réunissent pour un briefing de sécurité. C’est ensuite ensemble que nous allons dîner, baignés par une lumière irréelle. Le soleil est encore là, trompeur, car il est déjà 22 h : il est temps d’aller se coucher. Demain, l’aventure continue.
Ce matin, nous lançons nos premières aventures en milieu sécurisé et chauffée sur les traces des explorateurs du XIX et XXème siècle au Musée des expéditions polaires de Longyearbyen. Celui-ci relate les principales missions parties du Spitzberg à la conquête du Pôle Nord : premières, exploits, drames, sauvetages in-extremis et recherche scientifique, avec de grands noms de l’histoire polaire comme des oubliés de la grande histoire qui ont pourtant apporté des connaissances inestimables sur ce monde alors inconnu.
Les images d’archives et les artefacts authentiques issus de ces passionnantes aventures constituent un véritable trésor pour les passionnés d’histoire. (Nous devons extraire de force Rémi du musée).
Puis, nous enchaînons notre périple d’écoliers polaires au Musée du Svalbard dans les locaux de l’UNIS : l’Université du Svalbard. Ce musée très moderne offre une composition très didactique des différents tableaux de l’histoire humaine et écologique du Spitzberg : découverte, baleiniers, trappeurs, mineurs, scientifiques et touristes.
Après cette matinée scientifique, nous sommes libérés pour la récrée avant le déjeuner au Kroa, un célèbre restaurant à l’ambiance trappeur. Nous mangeons dans la dalle ronde et sa véranda : un très beau cadre !
L’après-midi est consacré à une excursion dans l’Isfjorden à bord du MV Bard en direction de la baie de Borebukta : après une traversée animée, nous y découvrons nos premiers paysages emblématiques de l’Arctique : fronts glaciaires, icebergs, banquise de fjord et reliefs morrainiques enneigés.
Nous sommes même salué par 4 jeunes morses pendant que quelques phoques paraissent au loin sur la banquise. Des eiders à tête grise, fulmars et guillemots animent le plan d’eau. Les paysages sont magnifiques !

Après cette très belle sortie est temps de faire demi-tour vers Longyearbyen où nous attend notre navire d’expédition : le Grand Explorer.
A peine débarqués, nous changeons de bateau et enchaînons par le traditionnel briefing d’évacuation du navire (le 2ème de la journée), puis une visite des différents ponts. Il est maintenant l’heure du dîner où Christine nous raconte sa très belle sortie en motoneige sur la côte Est du Spitzberg et sa rencontre avec ses premiers ours ! Nous sortons de l’Isfjord tard en soirée : direction, plein Nord.
Ce matin, nous nous réveillons dans la baie Dahlbrebukta, face au glacier Dahlbreen. Une petite baie, rien que pour nous. Le front du glacier est magnifique : c’est l’occasion pour Rémi et Thomas de nous proposer notre première sortie en zodiac. Après un bon petit-déjeuner, nous nous équipons pour la première fois : combinaisons, bottes et gilets, puis nous embarquons. C’est parti pour une superbe sortie au milieu du brash et de nos premiers icebergs, d’un bleu saisissant. Un petit vêlage vient soudain troubler le calme qui règne en ces lieux. Nous avons la chance d’apercevoir furtivement un phoque barbu, puis un joli renard polaire longe la côte avant de nous offrir une impressionnante démonstration d’agilité en grimpant à toute vitesse.

Pendant le déjeuner, suivi d’un temps de repos bien mérité, le capitaine déplace légèrement le bateau vers le sud, au fond du fjord St Jonsfjorden, pour la première plongée de notre expédition.
C’est le long de la banquise, au fond du fjord, que nous nous mettons à l’eau. L’ambiance est extraordinaire : il est presque irréel de plonger dans un tel environnement. Jeux de lumière sous la glace d’abord puis nous observons des traces laissées par des morses ayant fouillé le fond sédimentaire à la recherche de nourriture, tandis que quelques cténophores nous accompagnent. Il est déjà temps de remonter. La température de l’eau dicte sa loi, et bientôt nous ne sentons plus nos doigts.

De retour à bord, le sauna est plus que bienvenu pour nous réchauffer et nous remettre de nos émotions. Après le dîner, le Grand Explorer reprend sa route vers le nord.
Lundi 27 avril 2026 – Baie du Roi (Kongsfjorden)
Ce matin, nous naviguons vers le fond de la Baie du Roi sous un ciel radieux. Nous atteignons bientôt le double front de glace du Kronebreen et du Kongsvegen, d’où se distinguent nettement les Trois Couronnes : Nora, Dana et Svea, du nom des trois pays scandinaves fondateurs : la Norvège, le Danemark et la Suède.
Nous sortons les zodiacs pour une longue exploration sur le thème des icebergs : ceux-ci sont en effet très nombreux sur cette zone de vêlages très active. Nous poursuivons notre instruction sur la glaciologie : nunataks, moraines, brash, bourguignons, growlers, cupules, front de glace, et exerçons notre appréciation des distances, rendue délicate par l’absence de repères habituels : ici, pas de maisons ou d’arbres pour nous donner des indices de taille !
Nous sommes très tôt rejoints par un phoque annelé curieux de nos ronds dans l’eau : celui-ci va et vient, bouchonne et sonde autour de nous. Les couleurs des différents icebergs rencontrés sont fascinantes et nos appareils photos crépitent comme les petites bulles emprisonnées dans les glaces.
Quelques phoques annelés se montrent curieux pour notre plus grande satisfaction. Il est temps de rentrer au bateau car nous commençons à avoir un peu frais. Nous poursuivons la navigation devant le Kongsbreen où subsiste un peu de banquise de fjord. Là, un jeune morse se donne en spectacle sur un petit iceberg aplati.
Un imprévu nous oblige à faire escale à Ny Ålesund dans l’après-midi pour refaire le plein d’eau potable et essayer de réparer le moteur de treuil d’échelle. Nous débarquons pour une visite de la station scientifique permanente la plus au Nord du Monde. Nous entrons dans la maisonnette du télégraphiste puis après avoir contemplé le buste d’Amundsen et le mât des expéditions en dirigeable (Norge, Italia), nous visitons le musée et la boutique ouverte spécialement pour nous. Le poids de l’histoire est très bien présenté dans le musée, qui offre un aperçu très didactique de cette localité : la conversion de la cité minière en base scientifique d’une part et la Grande Histoire de l’exploration polaire d’autre part.
De retour au port, nous sommes réunis dans le salon pour une réunion : nos guides nous proposent une plongée à partir de la plage de Ny Ålesund. EN effet, l’eau claire et l’abri de la baie offrent de belles conditions malgré le peu de profondeur. Nous profitons de l’occasion pour tremper nos palmes et découvrir un fond parsemé de belles laminaires, au milieu de quelques cténophores, ces êtres macro planctoniques en forme de dirigeable. Certains ont même la chance d’observer le célèbre ange de mer !
Nous traversons ensuite la Baie du Roi pour rejoindre la baie de Blomstrand et sa banquise de fjord résiduelle. Sur le trajet, Thomas nous annonce une baleine de Minke !
Nous dinons dans un cadre magnifique, quand soudain, Thomas s’exclame encore : il vient de repérer un groupe de bélugas croisant très près de la côte ! Nous sautons de nos chaises pour observer ces paisibles cétacés, dont un jeune de l’année reconnaissable à sa robe grise.
Au moment du dessert, nous avons la bonne surprise de fêter l’anniversaire de Christine avec deux beaux et excellents gâteaux préparés par notre Chef.Nous passons le début de soirée au mouillage avant de nous remettre en route vers le Nord pour de nouvelles aventures.
Ce matin, nous mouillons dans la célèbre baie de la Madeleine. Nous marchons sur les traces des baleiniers du XVIIe siècle. Ici, sous la neige, subsiste un témoin silencieux de cette époque : le cimetière de Graveneset.
Le réveil est matinal afin de profiter pleinement du programme soigneusement orchestré par Rémi. Nous embarquons rapidement à bord des zodiacs, direction Gullybukta, où l’on espère observer des morses. Un premier individu se laisse apercevoir en chemin, comme pour nous mettre l’eau à la bouche. Mais Rémi et Thomas entretiennent le suspense et nous entraînent d’abord au fond de la baie, face au front glaciaire du Gullybreen. Le ciel est voilé, mais la lumière reste magnifique, sublimant les teintes irréelles de la glace.

Nous revenons ensuite à l’entrée de la baie pour approcher l’échouerie de morses de Gullybukta. Après une observation prudente depuis la mer, slalomant entre les hauts-fonds, nous accostons sur une plage de galets. Tout le monde débarque pour une approche respectueuse des animaux. En silence, nous formons une belle ligne de photographes à une trentaine de mètres de la colonie. Devant nous : un enchevêtrement de corps massifs, de défenses d’ivoire, d’odeurs puissantes, ponctué de quelques bousculades… mais la majorité semble absorbée par leur activité favorite : la sieste.

Nous rembarquons ensuite pour rejoindre l’Explorer et reprendre notre route vers le nord. Le vent se lève ; on le voit balayer les crêtes en soulevant des tourbillons de neige. Il ne faut pas traîner.
La navigation se déroule sans encombre. Pendant ce temps, Rémi nous offre une passionnante présentation sur les morses et leurs mœurs arctiques.
Après un bon déjeuner, nous réalisons que nous avons atteint la partie la plus septentrionale de la côte ouest : 79°48.6’N, dans le Fuglefjorden. Le choix de cette zone s’avère judicieux : nous sommes à l’abri du vent et pouvons envisager une nouvelle plongée.
Nous explorons un paysage d’îlots parsemés de fragments de glace et d’icebergs de toutes tailles. La plongée est superbe : départ sous la glace, jeux de lumière et de couleurs fascinants, puis un fond rocheux étonnamment riche. Anémones, araignées de mer, petits poissons… la vie est bien présente, malgré le froid saisissant de l’eau.
Nous donnerons le nom a ce site de plongée, le site de “Fugleholmane”.

Comme les jours précédents, le sauna et le jacuzzi viennent parfaire cette belle journée.
Il est maintenant temps de tout sécuriser à bord : cap au sud, et le vent s’est bien installé. D’après les guides, la nuit s’annonce mouvementée.
Après une nuit plutôt mouvementée par des creux de 3m, nous arrivons enfin dans des eaux plus calmes pour poser l’ancre en Baie de la Croix en face du splendide front de glace de Lilliehöökbreen. A l’abri d’une petite baie sur la rive Est, nous observons quelques phoques veaux marins (ou phoques communs) avant de débarquer sur une grève de glace.
Rémi nous montre différentes techniques de déplacement sur ce revêtement très glissant et original pour une plage, avant d’enfiler nos palmes des neiges pour une petite randonnée dans le relief morrainique environnant. Nous gravissons une petite pente avant de prendre pied sur la crête de la morraine.

Le panorama est splendide ! Au Nord-Ouest les 7km de front de glace du Lilliehöökbreen et à l’Est les lacs formés par d’anciennes lagunes glaciaires. Nous devinons même le Möllerfjorden, 2ème branche du Krossfjorden (Baie de la Croix). La descente est animée par une partie de luge avant de regagner les zodiacs ! Excellent !
Nous déjeunons en navigation panoramique pour admirer le front glaciaire imposant. Soudain, Rémi disparaît de table puis le bateau stope et l’ancre est posée de nouveau.
Nos guides plongeurs nous proposent en effet de plonger sur un iceberg de 2 à 3 m de hauteur mais assez large, aperçu plus tôt.
Rendez-vous est pris à 14h30 pour tenter l’aventure…
Équipés efficacement nous gagnons le site de plongée mais à peine mis à l’eau, la visibilité s’avère extrêmement trouble. Jean & Yann et Élise accompagnée par Thomas prolongent un peu l’aventure avant de remonter.
Nous poursuivons l’aventure vers le front de glace de Lilliehöök vers le brash colé contre le glacier. Nous apercevons au loin un phoque barbu et 3 morses posés sur des bourguignons.

De retour au bateau, nous profitons du sauna et du jaccuzzi, d’où nous assistons à la dislocation de l’iceberg que nous venions d’explorer… la plongée polaire reste une activité à risques. Un morse profite de l’événement pour se glisser sur un bourguignon nouvellement formé.
Nous reprenons la navigation vers le Sud en direction du Möllerfjorden : nous croisons devant Signehamna, connue pour avoir abrité une station météo secrète nazie lors de la Seconde Guerre Mondiale avant se ralentir pour admirer la colonie de mouettes tridactyles de Cadiopynten où nous admirons nettement un très joli renard polaire encore tout blanc en pleine prospection.

Nous traversons le Möllerfjorden pour diner dans la baie de Tinayrebukta et son glacier suspendu : le paysage est splendide : glace bleutée à flanc de falaises ornées de lichens oranges. Nous apercevons quelques rennes sur les bandes côtières.
Après dîner, en route vers le Sud pour rejoindre l’Isfjorden. Nos guides nous briefent sur le projet de plongée de demain matin : l’épave du Figaro coulée à Trygghamna en 1909. Nous terminons la soirée avec les magnifiques images de Gérard : les silures du Rhône et le Sardine Run en Afrique du Sud.
Au réveil, Trygghamna est enveloppé d’un brouillard épais, presque irréel, qui efface les reliefs. Le monde semble suspendu.
Déjà, Thomas et Rémi s’activent. Harnachés de leurs combinaisons, bouteilles sur le dos, ils disparaissent pour localiser l’épave du Figaro et jauger le courant, la visibilité, les conditions.
Le feu vert est donné mais pour nous la nuit a été rude. Le roulis, les bruits sourds de la mer ont laissé des traces. Certains n’ont presque pas dormi. C’est donc en effectif réduit que nous embarquons à notre tour dans les zodiacs. Le soleil, hésitant, perce par instants et pose quelques éclats pâles sur l’eau. Peu à peu, l’horizon se redessine.
Sous la surface, un autre monde nous attend. L’obscurité est dense, l’eau chargée, presque opaque. Et soudain, elle apparaît. L’épave. Bois et métal mêlés, rongés mais encore debout. Sa proue, sa poupe, silhouettes fantomatiques figées dans le froid. Autour d’elle, des fragments d’histoire reposent, intacts, comme préservés par le silence polaire. Sous le faisceau de nos lampes, la vie éclate pourtant : couleurs vives, formes inattendues — un contraste saisissant avec la rudesse du lieu.
Lorsque nous regagnons le bateau, une sensation rare nous habite : celle d’avoir approché, brièvement, un témoin fragile du passé. Ici, la mémoire de la chasse à la baleine ne se lit pas — elle se touche.
La chaleur du bord nous accueille à nouveau. À table, le paysage irréel glisse lentement derrière les hublots.
L’après-midi s’étire plus doucement. Nous en avons besoin. Le bateau progresse vers le nord de l’Isfjorden, laissant défiler Borebukta, Yoldiabukta, puis le Dicksonfjorden, où des morses ont été signalés. Le capitaine manœuvre avec précision, nous rapprochant au plus juste de ces floes dérivants.

Autour de nous, la banquise compose un tableau fascinant. Des formes rondes, disloquées, entassées, on dirait une mosaïque vivante sculptée par le froid et la mer. Le temps file, le voyage touche à fin, c’est u tour d’un petit apéritif que nous évoquons ces instants encore frais, conscients de leur fragilité.
Bientôt, nous atteindrons le Billefjorden, avant de mettre le cap sur Longyearbyen pendant que nous regagnons nos cabines.
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