Rémi Favre
Polaire et Animaux Marins
20 mai
28 mai 2026
Rémi Favre
Polaire et Animaux Marins
Nous sommes prêts pour la grande aventure polaire : après un acheminement sans encombre, nous atterrissons à Longyearbyen, au Spitzberg, à 78°13’ de latitude nord.
Cette ancienne ville minière, fondée par M. Longyear en 1906 pour l’exploitation du charbon, s’est aujourd’hui tournée vers le tourisme.
Dès le trajet entre l’aéroport et le port, nous avons déjà la chance d’observer notre premier renne !
Pendant que nos guides, Thomas et Rémi, chargent nos bagages à bord de notre bateau, nous partons visiter la petite ville de Longyearbyen : ses maisons colorées, ses musées, son église, son université, ses magasins et ses hôtels.
Nous en profitons pour acheter quelques souvenirs et observons déjà nos premiers oiseaux : eiders et bernaches.
À 17 h, nous embarquons sur notre navire d’exploration : le Grand Nanook.
Après une visite guidée des différents ponts, nous découvrons nos belles cabines avant le briefing de sécurité et l’exercice d’abandon du navire.
S’ensuit ensuite une présentation de la vie à bord, l’organisation des opérations et des informations de l’AECO sur les règles d’un tourisme respectueux de l’Arctique avant de pouvoir passer à table pour le dîner.
Nous essayons ensuite nos combinaisons d’excursion et nos bottes, nous sommes fin prêt pour la suite.
Il est déjà 21 h. Le soleil brille encore pour nous accompagner lors de la sortie de l’Isfjord. Les sommets enneigés nous offrent un magnifique avant-goût de nos futures aventures arctiques : cap au nord »
Vendredi 29 mai 2026 – St-Jonsfjorden – Sarstangen
Ce matin, nous nous réveillons avec un ciel particulièrement dégagé dans le St-Jonsfjorden. Après un petit déjeuner copieux, nous nous préparons pour notre première excursion en zodiac. Nos guides nous donnent les consignes d’embarquement et de sécurité pour les opérations, puis nous prenons place dans nos embarcations, véritables 4×4 d’exploration polaire flottants.
Nous nous dirigeons vers le reste de banquise de fjord où nous apercevons au loin des silhouettes de phoques qui se reposent sur la glace.
Nous longeons d’abord les berges morainiques où nous repérons quelques rennes à la robe encore claire, puis, en longeant la lisère de glace, nous observons nos premiers oiseaux de l’arctique : guillemots à miroir, goélands bourgmestres, guillemots de Brünnich, mouettes tridactyles, eiders à duvet et même un labbe parasite, véritable pirate de l’air.
Soudain, Thomas nous interpelle : Baleine ! Un rorqual de Minke a fait son apparition au loin, très reconnaissable à sa dorsale en forme de faucille et son dos noir. Après quelques respirations en surface, celui-ci sonde pour de bon…
Les paysages alpins alentours sont magnifiques et nous admirons le front de glace de l’Osbornebreen au loin.Pour la deuxième fois, Thomas lance le mot magique ! Baleine ! Notre rorqual de Minke refait son apparition, cette fois-ci beaucoup plus proche de nos zodiacs. Pour notre plus grand bonheur, le géant des mers effectue plusieurs cycles de souffles puis de sonde, dont une dernière apparition en apothéose à quelques mètres de nous ! Pendant ce temps, un phoque barbu fait une timide apparition : nous ne savons plus où donner de la tête !
En effet il est temps de rejoindre le Grand Nanook afin de franchir la passe de Sarstangen et ses hauts fonds dans les temps.
Nous nous dirigeons donc ver le Nord dans le Forlandsundet, le détroit séparant le Spitzberg de l’Avant-Terre du Prince Charles pour traverser un détroit que nous devons absolument franchir à marée haute.
Après un bon déjeuner, nous avons même le droit à une sieste, puis vers 15h, nous sommes prêts pour une seconde sortie. La mer d’huile facilite nos opérations et nous accostons bientôt sur la fine bande de sable de Sarstangen afin de visiter une colonie de morses à terre, ou échouerie.
Après avoir débarqué à bonne distance, nous marchons en colonne vers la colonie, puis nous formons une ligne pour l’approche finale, par étapes afin de se faire accepter par ces imposants animaux et les observer sans dérangement.
Une soixantaine de morses sont allongés en tas, dormant dans des positions diverses, certains sur le dos, un autre les défenses plantées dans le sable comme Excalibur dans son rocher.
Une légère brise nous apporte parfois un fumet particulièrement fort, pour une expérience plus immersive…
Nous revenons à nos zodiacs et poursuivons la visite, cette fois depuis la mer. Un phoque veau marin suit le zodiac de Rémi pendant que deux morses particulièrement curieux abordent le zodiac de Thomas, vite rejoint par Rémi. Les mastodontes nous offrent alors un impressionnant spectacle de nage, en faisant bouchon puis en nageant gracieusement dans une eau très claire sous nos embarcations. Ils ressortent parfois très près de nos embarcations et nous prenons nos distances.
Le paysage est incroyable avec une belle lumière d’Ouest éclairant notre navire, nous terminons la sortie à vitesse lente pour prendre quelques dernières photos.
De retour à bord, nous sommes attendus par un excellent goûter puis nous pouvons profiter d’un petit temps libre pour expérimenter le sauna ou trier quelques photos avant la conférence de Rémi sur une présentation générale du Spitzberg.
Nous enchainons par le verre de bienvenue, introduit par le Commandant Kai, suivi par un excellent diner. Nous terminons la soirée tôt car nous reprenons la navigation où quelques vagues nous attendent une fois sortis de la protection de l’Avant-Terre du Prince Charles.
Après avoir sécurisé notre équipement, nous nous endormons avec de magnifiques images plein la tête !
Samedi 30 mai 2026 – Baie de la Madeleine – Smeerenburgbreen – Fuglefjorden
Pendant la nuit, le Grand Nanook nous a emmenés dans la baie de la Madeleine pour y trouver un peu de calme. En ouvrant les yeux, nous découvrons une baie plongée dans la brume. L’ambiance a complètement changé : on se croirait dans un rêve.
Le bateau se remet rapidement en marche sous la neige et nous transporte, pendant le petit-déjeuner, vers le Bjørnfjorden pour une excursion en zodiac devant notre premier front glaciaire : le Smeerenburgbreen.
Les zodiacs sont couverts de neige, mais bien emmitouflés, rien ne nous arrête. Nous partons malgré le vent, la visibilité est meilleure.
En évoluant au milieu d’un dédale de glace, nous apprenons quelques termes polaires : bourguignons, brash, sarrasins, séracs…
Un phoque barbu affronte lui aussi les éléments et vient nous rendre une visite furtive.
Le vent forcit et la mer se forme. Il est temps de rentrer. C’est la douche intégrale : les gerbes d’eau envahissent les embarcations. C’est l’aventure !
De retour dans notre refuge flottant, Rémi et Thomas récupèrent nos combinaisons pour les faire sécher. Il est temps de nous réchauffer et d’avaler un bon repas.
Mais pas le temps de manger, voilà que Rémi prononce le mot tant espéré : « Ours ! »
Il a repéré un grand ours qui marche sur la côte, à bonne distance. Nous avons le temps de l’observer aux jumelles avant de le voir disparaître derrière une crête.
Le début d’après-midi est agité. Le Grand Nanook met le cap vers le nord et la houle nous arrive de face. Une bonne partie d’entre nous préfère adopter une position allongée dans les cabines pour affronter ce passage délicat.
Il est 15 heures lorsque nous retrouvons enfin des eaux plus calmes dans le Fuglefjorden, le « fjord aux oiseaux ». Les estomacs ont repris leur place ; nous pouvons enfiler nos combinaisons et rejoindre les zodiacs pour longer cette fois le front du glacier Svitjodbreen.
La visibilité est bien meilleure. Le soleil fait quelques apparitions et le léger saupoudrage de neige nous offre un spectacle saisissant. Nous croisons quelques Icebergs.
C’est en approchant des petits îlots au centre du fjord que nous avons la surprise de tomber nez à nez avec un jeune ours. Sur ce petit bout de terre, il nous observe avec autant de curiosité que nous. Puis, l’air de rien, il se recouche dans son trou de neige, bien à l’abri, pour poursuivre sa sieste comme si de rien n’était.
Nos doigts engourdis nous rappellent finalement à la raison et nous retournons nous mettre u chaud dans le bateau.
Nous reprenons notre route après le repas en direction du Raudfjorden.
En chemin, sur Indre Norskøya, nous apercevons de nombreuses traces d’ours convergeant toutes vers le rivage, où repose une carcasse de morse.
Rémi garde les yeux rivés à ses jumelles et, comme souvent, son sens de l’observation fait merveille : un ours apparaît au nord. D’un pas assuré, il longe la côte avant de rejoindre la carcasse inerte.
Quel magnifique spectacle ! La lumière est elle aussi au rendez-vous, sublimant encore davantage la scène.
Nous pouvons désormais aller nous coucher, des images plein la tête.
Dimanche 31 mai 2026 – Journée & ours dans le Raudfjorden
Ce matin, nous nous réveillons paisiblement à l’ancre à l’extrémité Sud-Ouest du Raudfjorden, le Fjord Rouge, nom du aux couleurs ocres des roches des montagnes avoisinantes.
Nous démarrons tranquillement nos activités à 9h30 : nous prévoyons de rejoindre la Baie d’Hamilton au Nord du fjord pour explorer sa rive Ouest en zodiac.Nous commençons par franchir les moraines immergées successives barrant l’entrée de Portierbreen et Skilabreen. De nombreuses traces d’ours fraiches sont en vue dans les pentes de neige de la bande côtière… quand soudain, Rémi stoppe le zodiac : un ours ! non ! 2 ours ! Ce sont une mère et son ourson de l’année que nous découvrons avec émotion en train de se nourrir sur une vieille carcasse de morse.
L’ourson joue dans la neige tandis que la mère dévore des bandes de lard autour du squelette. Nous restons à bonne distance à l’ancre : quel moment incroyable !
Nous poursuivons notre visite de la rive Ouest en traversant la baie de Smithbreen mais nous ne pouvons y entrer car un vent catabatique issu du glacier rend la navigation difficile et… humide…
Bientôt, nous entrons dans Hamiltonbukta, baie connue pour ses falaises abritant de grandes colonies de mouettes tridactyles et de guillemots de Brünnich, les uns au cri kitiwake aigu, accompagnés du piaillement rauque des autres. Nous apercevons également des goélands bourgmestre en plein repas, déchiquetant les restes d’une mouette sur la neige et quelques oies à bec court dans la toundra. Dans le ciel, une myriade de volatile forme un balai incessant et sonore.
Nous avançons plus loin dans la baie en prenant garde aux hauts-fonds issus des moraines du petit âge glaciaire pour admirer quelques bourguignons parfois peuplé de mouettes. Sur les îlots, des couples d’eiders à duvet se forment et nous sommes même survolés par tout une troupe d’eiders royaux (eider à tête grise).
La météo qui nous prévoyait un ciel couvert s’avère bien plus clémente et le ciel s’ouvre sur de larges bandes de ciel bleu, nous revoyons enfin le soleil ! Il est temps de rentrer au Nanook pour déjeuner, décalé pour l’occasion.
Après le déjeuner, nous repositionnons le navire à Alicehamna devant la hutte du trappeur Sven afin de la visiter, mais les conditions de mer nous en empêchent et nous retraversons le fjord pour rejoindre Hamiltonbukta.
Sur place, nous remettons les zodiacs pour une mise à l’eau épique : nos guides doivent pousser latéralement la poupe du navire afin de créer un abri afin d’embarquer en sécurité du fait de fortes vagues. Nous prenons efficacement place sur un zodiac… tous ? sauf Sylvie qui, le temps de récupérer une paire de gant reste sur le pont, abandonnée…
Mais non Sylvie, nous ne t’avons pas oublié ! la fenêtre d’abri s’étant refermée, nous étions obligés de recommencer l’opération. Ça y est, nous sommes au complet et profitant d’une petite baie abritée, nous rééquilibrons les effectifs sur les embarcations.
Nous revisitons la colonie d’oiseaux puis visitons de petits îlots en fond de baie. Soudain, nous recevons un appel radio de la part du Second Capitaine, nous informant que l’ours et son petit sont en chemin vers l’intérieur de la baie !
Nous repositionnons nos zodiacs, jumelles aux yeux et admirons pour la deuxième fois nos deux ours ! Les lumières sont parfaites et nous permettent une observation magique : la mère marche devant, faisant la trace pour son petit qui suit péniblement mais sûrement derrière. Arrivés sur une plaine enneigée en bord de côte, ceux-ci se posent puis la mère allaite son petit : quel bonheur ! Enfin, la petite famille s’allonge et s’endort.
Nous prolongeons l’excursion par la visite de Hamiltonøyane, un chapelet d’îlots où nous repérons de nombreux couples d’eiders à duvet et quelques oies bernaches nonnettes préparant la nidification. Nous pénétrons dans un petit « atoll » secret avant de retourner au Nanook.
Les conditions de mer à l’ancrage sont toujours aussi difficiles qu’à l’aller et nous effectuons la manip’ inverse : tous les passagers du zodiac de Thomas montent à bord de celui de Rémi, nous poussons la proue du Nanook afin de bénéficier de l’abri nous permettant de remonter à bord. Pendant le trajet, Rémi apprend à Sylvie comment enkiter (mettre en kit) le bout’ de l’ancre. Quelle aventure !
Nous sommes accueillis à bord par un excellent gouter composé de beignets bien trop dangereux, puis nous admirons les premières photos de nos deux ours avant le diner : Nicolas nous régale avec ses clichés.
Après le diner, nous poursuivons la formation de Sylvie au matelotage par l’apprentissage des nœuds essentiels aux manœuvres : le nœud de cabestan, le tour mort et deux ½ clés, le nœud de chaise, ainsi que le lovage de cordages. Demain, nous pourrons mettre en application…
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