François Leloustre
Groenland
28 décembre 2025
3 janvier 2026
François Leloustre
Groenland
Christiane Drieux
Spécialiste Groenland et Culture Inuit
Certaines photos photos d’illustrations ont été prises lors de précédents voyages au Groenland.
Cette journée de 27 heures commence de très bonne heure devant le superbe et copieux buffet de l’hôtel Clarion. À six heures dix, nous nous retrouvons tous dans le hall pour une courte marche jusqu’au comptoir d’enregistrement d’AirGreenland. Il faut ensuite passer la sécurité pour enfin embarquer dans le magnifique Airbus rouge « Tuqqaq ».
Cap vers le Groenland. Après un survol de l’Islande, puis de la côte est du Groenland, au niveau de Tasiilaq, nous apercevons enfin les fjords de la région de Nuuk puis la nouvelle piste, inaugurée il y a juste un an. Après un atterrissage tout en douceur, nous pouvons enfin dire: « Nous sommes au Groenland ! »

La nouvelle aérogare est très lumineuse mais la correspondance pour Ilulissat se fait un peu attendre. Nous en profitons pour faire mieux connaissance entre nous, tout en dégustant quelques friandises et boissons chaudes. Nous assistons au ballet des petits avions au fuselage rouge constellé de flocons blancs représentants tous les villages disséminés sur cette immense île glacée. Il n’y a pas de routes au Groenland, l’avion (ou l’hélicoptère) et le bateau (l’été) sont les seuls moyens de relier entre elles les implantations. Notre Dash 8 est annoncé et, après une heure vingt de vol sans encombre, noua atterrissons à Ilulissat.
Les bagages sont vite transbordés dans la navette qui nous dépose à l’hôtel. Nous repartons en taxis pour rejoindre l’Icefiordcenter, le désormais bâtiment emblématique d’Ilulissat, qui ouvre ce soir pour nous spécialement. Après cette visite des plus instructives, nous rentrons à pied en passant entre les maisons illuminées de nombreuses guirlandes. Il ne fait pas froid mais il faut éviter les plaques de glace très glissantes.

Rendez-vous dans le salon pour le verre d’accueil afin de présenter ce séjour et toutes les activités prévues.
Après un délicieux dîner, nous regagnons nos chambres pour une nuit qui a déjà commencé depuis trois heures sur le continent européen.
Cette journée commence par un «Kaffemik». Cette tradition groenlandaise consiste, lors d’une naissance, d’un anniversaire, d’une confirmation ou de tout autre événement familial important, à inviter les amis, les voisins, les collègues. Les petits plats sont mis dans les grands.
Aujourd’hui, c’est Leila qui nous invite. Elle vient nous chercher à 9:00 à l’hôtel pour nous conduire chez elle. Sa grande maison est illuminée. Avec son mari, elle a préparé des plats typiques: du caribou fumé, du boeuf musqué et beaucoup (trop) de bonnes choses sucrées. Leila nous montre des vidéos de la pêche sur glace, dans le fjord d’Ilulissat, avec une ligne qui peut dépasser les 800 mètres de longueur. En 2025, la pêche a été bonne, plus de 10 tonnes de flétan!
Sur le chemin de retour vers l’hôtel, nous nous arrêtons au Glacier Shop, sans doute le plus beau magasin d’Ilulissat avec de magnifiques sculptures, une vraie galerie d’art. Après le déjeuner, Christiane et François nous emmènent marcher dans les petites rues d’Ilulissat bordées de maisons colorées et décorées de guirlandes multicolores et de grandes étoiles lumineuses. Le long de la côte, nous admirons les icebergs majestueux qui défilent dans la baie de Disko. Nous nous arrêtons en terrasse pour boire un bon chocolat chaud (ou cappuccino). Devant nous, les petits bateaux de pêche, phares allumés, vont et viennent en zigzaguant entre les icebergs.

À notre retour à l’hôtel, Christiane nous invite à parcourir les grands traits des différentes cultures qui ont marqué l’histoire du peuplement du Groenland : Saqqaq, Dorset et Thuléens. Après cet exposé passionnant, Christiane et François répondent aux multiples questions qui leur sont posées comme la différence entre la colonisation canadienne au Nunavut et la colonisation danoise au Groenland et les conséquences actuelles.
Il est déjà l’heure de nous rendre au restaurant panoramique pour le dîner. Mais alors que nous savourons notre dessert tout en partageant nos émotions de la journée, une créature bizarre et effrayante fait irruption. En rampant, grognant, roulant des yeux, la créature, vêtue de peaux de bêtes, exécute, tout autour de chacun d’entre nous, une danse du masque impressionnante. Les motifs et couleurs de son visage bariolé de noir, de rouge et de blanc, représentent le bien et le mal, le sang et les os, l’homme et la femme.

Après s’être démaquillée et avoir repris une apparence très souriante, Esther est invitée par Christiane à se joindre à nous pour répondre à toutes nos interrogations. Encore une journée dense en découvertes, émotions et émerveillements.
Quoi de plus naturel, puisque nous sommes dans la capitale des icebergs, que de les approcher par la mer. À 10 heures 30, nous rejoignons le port pour embarquer sur l’Aleqa Ituk et rejoindre le gigantesque champ d’icebergs du Fjord Kangia, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.
Notre petit bateau se fraie un passage dans le brash, repoussant vaillamment quelques plaques de jeune glace. Bientôt, impassibles dans une douce lumière grise et bleue, les géants sont là. Des colosses de glace lisse, brillante, striée, nous entourent. Emerveillés par ce spectacle grandiose, varié à l’infini, nous nous faufilons entre eux. Dans la cabine du bateau, du café chaud et des petits gâteaux nous permettent de nous réchauffer un instant avant de repartir sur le pont, appareil photo en main. Le guide local ramasse à l’épuisette des morceaux de glace avant de les tailler en glaçons pour servir, à tous, un verre d’une boisson aux herbes groenlandaises. Il nous explique la formation de la «black ice» qui, sous forme de bourguignons, peut être très dangereuse pour la navigation. Nous profitons pleinement de ces instants magiques pour ne revenir déjeuner que vers quatorze heures.

Dans la salle de conférence de l’hôtel, François expose les relations historiques et géopolitiques entre le Groenland, le Danemark, les USA mais aussi la Chine et la Russie. Il nous précise que la demande d’achat du Groenland par un président américain ne date pas d’hier: 1863, 1917 et à la fin de la seconde guerre mondiale par Harry Truman.
En guise de conclusion, François nous explique la genèse du drapeau groenlandais, rouge et blanc, et termine par un quizz sur les drapeaux comportant la croix scandinave.
Comme tous les soirs, la soirée s’achève au restaurant panoramique avec un savoureux dîner. Pas d’aurores boréales ce soir mais déjà quelques feux d’artifice sont tirés de différents endroits et illuminent le ciel.
Cette dernière journée de l’année s’annonce mémorable.
Après le petit déjeuner, Christiane nous présente l’histoire du «Qimmeq», le chien de traineau du Groenland. Cette race protégée est endémique à ce pays et ne doit pas être confondue avec d’autres races comme celles du Husky de Sibérie ou du Malamute d’Alaska. Avec ses chiens, le chasseur groenlandais forme une unité symbolique et effective. Lors de ses déplacements sur la banquise, le chasseur communique avec ses chiens par des huchements, la lanière de son fouet et même des chants.
À midi, sera donné le départ de la fameuse course de chiens de traineau. Nous y allons à pied et nous sommes pas les seuls ! Nombreux sont ceux qui convergent vers la ligne de départ où les chiens, heureux de pouvoir montrer leur talents, hurlent de toute leur force. Un concurrent, pressé d’être à temps pour le départ, crie très fort pour que nous nous écartions de son passage. Ses chiens et surtout son traineau auraient vite fait de nous renverser comme des quilles au jeu du mölkky.

Le départ est donné dans l’excitation générale et les équipages disparaissent très vite au loin. Une quinzaine de minutes plus tard, on aperçoit un petit point, sur la piste enneigée; c’est l’équipage du futur vainqueur. Celui-ci est chaudement acclamé tandis que les chiens dévorent ou plutôt gobent la nourriture qui leur est donnée comme récompense. C’est d’ailleurs la méthode utilisée pour stopper les autres équipages. Des croquettes ou des morceaux de phoques leur sont jetés juste après la ligne d’arrivée.
Le retour à l’hôtel pour le déjeuner se fait sous un ciel aux couleurs irréelles: bleu, gris, rouge, orange ou mauve. La lune brille et le soleil est sous l’horizon, il ne réapparaîtra vraiment à Illulissat que le 12 janvier.
À quinze heures, le musée, situé dans la maison natale de Knud Rasmussen, le grand explorateur de l’Arctique du Groenland à l’Alaska, nous ouvre spécialement ses portes. Christiane qui n’a pourtant pas participé comme Knud et Arnarulunguaq, à la cinquième expédition de Thulé, connait tous les objets exposés et peut expliquer les usages, les traditions, les vêtements, les outils. Andréas, le directeur, nous emmène ensuite au second musée consacré à l’art. Situé dans l’ancienne résidence du gouverneur danois d’Ilulissat, ce musée présente au rez-de-chaussée des expositions temporaires d’artistes contemporains du monde entier tandis que le premier étage est consacré aux artistes groenlandais et surtout aux oeuvres d’Emanuel A. Petersen, peintre danois, magicien de la lumière, qui a longtemps séjourné à Ilulissat et sa région.À 18h30, François nous invite à partager ses trois regards sur le Groenland. D’abord géographique, puis administratif et enfin artistique. Il insiste sur l’autonomie du Groenland, d’abord interne, proclamée en 1979 puis élargie en 2009.
Ensuite, l’ascenseur nous élève au dernier étage de l’hôtel. Dans le restaurant panoramique, une grande table a été magnifiquement dressée, par John et son équipe hôtelière, pour notre dernier dîner de l’année. Christiane et François, nos guides, ont glissé, sous nos assiettes, une carte de voeux pour chacun d’entre nous.
Inutile de regarder sa montre, il est 21 heures à Ilulissat mais déjà minuit au Danemark. De toutes parts, des explosions retentissent. Nous nous précipitons sur la terrasse. La nuit polaire n’existe plus. Toute la ville n’est que couleurs éclatantes et gerbes de lumières. Incroyable spectacle. Chaque famille d’Ilulissat participe à la fête en lançant fusées et pétards.

Après ces vingt minutes de magie céleste, nous retournons à table pour déguster les différents plats que nous commente, au fur et à mesure, le chef de cuisine. Une surprise, préparée spécialement pour nous par John, précède le dessert; c’est un délicieux cocktail aux couleurs des aurores boréales. Minuit au Groenland, les verres de champagne s’entrechoquent tandis qu’un fabuleux et interminable second feu d’artifice embrase le ciel pour saluer l’arrivée de 2026. C’est un spectacle, sonore et visuel, indescriptible.
Quelle apothéose ! Quelle belle entrée en 2026 !
Le réveil est tout en douceur. Nous ne voyons rouler aucune voiture, c’est le calme après cette soirée fantastique. La lune brille, le ciel est sans nuage, Christiane et François nous ont donné rendez-vous à 10h dans le hall, crampons aux pieds. Nous partons vers le fjord où débouche l’immense glacier, Sermeq Kujalleq. 10% des icebergs du Groenland proviennent de ce glacier. Celui qui a heurté le Titanic, était sûrement ici il y a plus de cent ans. Nous longeons l’Isfjordscenter, extraordinaire bâtiment aux courbes symbolisant une aurore boréale. Un chemin, recouvert de planches en bois, serpente, à travers un site Thuléen, jusqu’au bord du rivage. Le paysage et les lumières sont incroyables. Des masses glacées de dizaines voire centaines de millions de tonnes semblent flotter sur le fjord. Pourtant, elles se cachent à 90% sous la ligne de flottaison. Bientôt, les courants, le vent et la pression du glacier, 70 km en amont, qui avance de 20 mètres en moyenne par jour, les feront errer dans la baie de Baffin et disparaître, pour certaines, au large de Terre-Neuve. Le soleil reste à quelques degrés sous l’horizon et illumine le ciel et les sommets de l’île Disko, en face, d’une clarté rougeoyante presqu’irréelle.
Au retour, nous nous arrêtons au vieux cimetière de Sermermiut dont les innombrables croix blanches font face à la baie et aux icebergs. Après cette inoubliable randonnée, c’est un buffet groenlandais qui nous attend au dernier étage de l’hôtel. À 15h30, nous descendons vers la charmante petite église de Sion. Construite en 1782, face à la baie de Disko, elle était alors le plus grand édifice du Groenland. En contrebas, un monument rend hommage aux pêcheurs de flétan qui, depuis 1903, font vivre les familles d’Ilulissat. Non loin, des kayaks reposent en hauteur sur des tréteaux. À côté, se dressent des poteaux reliés par des cordes. Christiane nous explique que, pendant la nuit polaire, les hommes entretenaient leur agilité et leur souplesse indispensables à la chasse en kayak par de multiples exercices et acrobaties autour de ces cordes.
Sur le chemin du retour vers notre hôtel, c’est l’éblouissement. Au dessus de nos têtes, des aurores illuminent le ciel. Elles dansent et ondulent en de multiples arabesques. Spectacle magique ! À 17h30, François nous explique les différents états de l’eau en Arctique, du flocon de neige à l’iceberg, du nilas à la banquise et conclut par des images satellites de la débâcle dans le fjord Inglefield de mai à juillet.

Après notre dernier dîner groenlandais savouré en nous remémorant déjà toutes ces journées extraordinaires qui resteront gravées et pas seulement sur les mémoires de nos appareils photo, nous nous retrouvons tous au Rooftop de l’hôtel pour une boisson chaude. Christiane nous donne alors les dernières recommandations pour le départ. Demain matin, la navette de l’hôtel nous attendra à 8h15 pour nous conduire à l’aéroport d’Ilulissat. De là, nous nous envolerons pour Nuuk puis, dans, Tuukkaq, l’Airbus rouge d’Air Greenland, jusqu’à Copenhague où nous devrions nous poser vers 21h heure locale. Là, un dîner de l’au-revoir nous sera servi à l’hôtel Clarion.
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