Xavier Allard
Arctique
31 janvier
7 février 2026
Xavier Allard
Arctique
Après nos vols, nous arrivons à Tromsø, ville norvégienne située au-delà du cercle polaire arctique. Nous rejoignons notre navire, l’Explorer, qui nous attend en centre-ville, au quai n° 8. L’embarquement s’effectue progressivement en fin d’après-midi, au rythme des arrivées de chacun. Nous sommes accueillis chaleureusement par Xavier, notre guide, ainsi que par Morgane, notre stewardesse.
La nuit est déjà tombée : en cette fin janvier, les journées restent très courtes au-delà du 69ᵉ parallèle nord. Plusieurs briefings nous permettent de prendre nos marques à bord et de découvrir le fonctionnement du navire avant le début de notre aventure arctique.

Après une bonne nuit de sommeil réparateur, nous nous retrouvons au salon pour le petit-déjeuner. Malgré un temps nuageux, nous partons à la découverte de Tromsø, capitale de l’Arctique norvégien.
Xavier nous emmène tout d’abord explorer le centre ancien, où alternent édifices en bois du XIXᵉ siècle — comme les deux cathédrales, protestante et catholique — et constructions plus récentes, à l’image de la bibliothèque à la toiture arrondie et aux parois de verre.

Nous poursuivons la visite sous les explications passionnantes de notre guide en direction du Musée Polaire. Cette visite nous plonge dans l’univers des baleiniers, phoquiers et trappeurs du Spitzberg, dont le rude travail et les conditions de vie précaires sont clairement expliqués. Xavier évoque ensuite les nombreuses expéditions vers le pôle, pour lesquelles Tromsø fut souvent une étape clé avant le grand départ vers le nord. Ces récits éveillent notre curiosité et nous donnent envie d’en savoir plus sur des noms mythiques tels que Nansen ou Amundsen.
De retour à bord de l’Explorer pour le déjeuner, nous repartons en début d’après-midi. Nous empruntons ensuite le pont afin de rejoindre la célèbre Cathédrale Arctique, dont l’architecture moderne évoque, par sa forme triangulaire et sa blancheur, les Alpes scandinaves enneigées. Certains en profitent ensuite pour retourner en ville et flâner librement.

À notre retour à bord, chacun savoure les installations du navire : sauna et jacuzzi, un moment de détente particulièrement apprécié sous ces latitudes nordiques. Nous profitons également du confort cosy de l’intérieur du navire, où Morgane nous attend pour nous accueillir chaleureusement.
À 16h45, Xavier nous convie à une conférence passionnante sur la Norvège, abordant son histoire, sa géographie, sa société et son lien profond avec la nature. À l’issue de cette présentation, Morgane et le chef nous ont préparé un bel apéritif, accompagné de mets délicatement élaborés, offrant un moment convivial très apprécié après cette journée riche en découvertes. L’ensemble de l’équipage se présente, partageant avec nous ce chaleureux moment de rencontre pendant que le navire prend direction des Lofoten.
Nous nous réveillons face à l’île de Sandøya, petit îlot typique de l’archipel des Vesterålen, baigné d’une lumière hivernale douce et silencieuse. Cette île, peu habitée, est connue pour ses plages de sable clair et son atmosphère préservée, loin de toute agitation humaine. Après le petit-déjeuner, les zodiacs sont mis à l’eau : l’excitation est palpable pour cette première sortie de la croisière.
En navigation, nous longeons de vastes élevages de saumon, emblématiques de l’économie norvégienne. La Norvège est l’un des premiers producteurs mondiaux de saumon d’élevage, et ces fermes marines sont rigoureusement encadrées afin de limiter leur impact environnemental. Xavier nous explique les méthodes de gestion durable mises en place dans ces élevages, ainsi que les enjeux écologiques et économiques liés à cette activité.
Nous approchons ensuite de la plage de sable blanc de Sandøya. Une courte marche nous conduit au sommet de ce petit îlot. De là-haut, le panorama sur l’Ingelsfjord est saisissant : ce fjord étroit et sauvage s’enfonce profondément dans les terres, bordé de montagnes aux sommets enneigés plongeant directement dans la mer. Sur un îlot voisin, plusieurs cormorans huppés sèchent leurs ailes après leurs plongées, une scène typique des côtes nordiques où la faune reste omniprésente malgré l’hiver.

La météo est résolument hivernale, renforçant le caractère austère et majestueux du paysage. Nous poursuivons par une belle navigation en zodiac dans l’Ingelsfjord, appréciant le silence presque total, seulement troublé par le clapotis de l’eau et le vent froid.
Nous regagnons ensuite l’Explorer pour le déjeuner. George, notre chef italien, nous régale avec un excellent repas, servi pendant la navigation dans le Raftsundet, un détroit spectaculaire reliant les archipels des Lofoten et des Vesterålen. Ce passage maritime est réputé pour ses paysages grandioses et ses variations de lumière saisissantes.
Nous arrivons vers 14 heures devant le célèbre Trollfjord. Nous embarquons à nouveau à bord des zodiacs pour pénétrer dans ce fjord emblématique du comté de Nordland. Long de seulement 2,7 kilomètres et parfois large de moins de cent mètres, il impressionne par ses falaises abruptes et vertigineuses qui semblent se refermer sur nous. Le Trollfjord est profondément ancré dans la culture norvégienne, inspirant artistes, écrivains et légendes locales.

Nous débarquons près de la centrale hydroélectrique, entièrement recouverte d’une épaisse couche de neige, témoin discret de l’ingéniosité norvégienne à exploiter les ressources naturelles dans des environnements extrêmes. Nous explorons ensuite un bras de fjord voisin, jusqu’à ce qu’une solide barrière de glace nous bloque littéralement le passage. La lumière y est diffuse, douce, teintée de nuances pastel. L’atmosphère est presque irréelle, hors du temps.
De retour à bord vers 16 heures, une boisson chaude et un succulent gâteau au chocolat nous attendent. Pendant que l’Explorer met le cap sur Svolvær, principale ville des îles Lofoten et ancien village de pêcheurs devenu un centre culturel et touristique dynamique, Xavier nous propose une conférence passionnante sur la circulation des courants marins. Tous sont attentifs à ses récits, riches et captivants, véritables moments de plaisir et de partage.
À l’approche du port, la statue de la Femme du pêcheur se dresse à l’entrée de la ville. Haute de cinq mètres, elle symbolise l’attente silencieuse et courageuse des épouses guettant le retour de leurs maris partis en mer, un hommage fort à l’histoire maritime et humaine des Lofoten.
Après l’amarrage, nous partons pour une courte visite de Svolvær, avant de découvrir le Magic Ice Lofoten : un bar entièrement sculpté dans la glace, maintenu à température négative toute l’année. Les cocktails y sont servis dans des verres gelés, au milieu de sculptures inspirées de la culture et des paysages locaux, tandis que nous sommes équipés de ponchos thermiques pour affronter le froid.

La soirée se poursuit autour du dîner, puis chacun garde l’espoir d’apercevoir les aurores boréales danser dans le ciel arctique. Une nouvelle journée, riche en découvertes et en émotions, s’achève, gravée durablement dans nos mémoires.
Nous nous réveillons à l’abri du port de Reine, l’un des villages les plus emblématiques et spectaculaires des îles Lofoten. Situé au sud de l’archipel, Reine est enchâssé entre des montagnes abruptes aux arêtes acérées, qui plongent directement dans les eaux calmes et turquoise des fjords. Malgré la neige qui tombe doucement, l’atmosphère est paisible, presque feutrée. Les sommets environnants se devinent à peine, dissimulés derrière un voile blanc.

Reine est célèbre pour ses rorbuer, ces anciennes cabanes de pêcheurs peintes de rouge, d’ocre et de jaune, devenues l’un des symboles visuels des Lofoten. Ici, tout rappelle l’importance historique de la pêche au cabillaud, activité fondatrice de la région depuis plusieurs siècles. Chaque hiver, le « skrei », cabillaud migrateur venu de la mer de Barents, rejoint les fjords des Lofoten pour se reproduire. Cette migration spectaculaire a façonné l’économie locale et le mode de vie des habitants, et reste encore aujourd’hui au cœur de l’identité de Reine.
Xavier nous explique tout cela durant la visite.
La neige continue de tomber lorsque nous embarquons à bord du zodiac. Nous longeons le village, ses rorbuer alignés au bord de l’eau, ses anciennes usines de transformation du poisson et plusieurs bateaux de pêche traditionnels du début du XXe siècle, véritables témoins d’un autre temps. Le silence est à peine troublé par le clapotis de l’eau et le souffle discret du vent. Reine dégage une atmosphère presque irréelle, qui explique pourquoi tant d’artistes et de photographes ont puisé leur inspiration dans ces paysages.

Nous reprenons le zodiac en direction du hameau isolé de Rostad, niché au fond du Kirkefjord. Là, un couple d’agriculteurs vit en quasi-autarcie avec quelques moutons et vaches, que nous apercevons au loin, immobiles, nous observant silencieusement. D’autres petits hameaux se révèlent au fil de l’eau, discrets, presque secrets. À mesure que le ciel se dégage, les montagnes se découvrent totalement, offrant un spectacle grandiose, brut et profondément apaisant.
Nous faisons ensuite une courte marche dans la neige jusqu’à un point culminant dominant le fjord. Peu à peu, la neige s’apaise, le ciel s’éclaircit et, comme par magie, les montagnes se dévoilent. Les pics déchiquetés apparaissent dans toute leur verticalité, encadrant le fjord ponctué de maisons colorées. La lumière devient douce, presque pastel, offrant un panorama d’une beauté saisissante.
Après le déjeuner, le navire met le cap sur Nusfjord, à environ une heure de navigation à travers des paysages encaissés et sauvages. À l’arrivée, nous débarquons dans un petit port parfaitement abrité du vent et de la houle. Nusfjord est l’un des plus anciens villages de pêcheurs des Lofoten, aujourd’hui classé et préservé comme un véritable musée à ciel ouvert. Les rorbuer, les entrepôts à poisson et les hangars à bateaux racontent la vie rude des pêcheurs de cabillaud au début du XXe siècle.

Nous visitons la scierie, la forge et le hangar à bateaux, avant d’assister à la projection d’un film retraçant le quotidien de ces hommes de mer. Puis, une courte ascension nous mène à un point de vue dominant le village et le fjord alentour. La vue est superbe, empreinte de calme et d’authenticité.
La visite se conclut par une pause dans un petit café historique, construit en 1907. Autour d’une boisson chaude et de pâtisseries maison, nous savourons l’atmosphère chaleureuse et hors du temps de ce lieu chargé d’histoire.
De retour à bord, le navire reprend la mer. Les conditions sont calmes et certains d’entre nous profitent de cette quiétude pour mettre leur ligne à l’eau et pêcher une trentaine de lieu noirs que George, notre cuisinier, nous préparera pour le déjeuné.
À 19h00, autour d’un apéritif convivial, Xavier nous propose une conférence passionnante consacrée aux aurores boréales, mêlant mythes ancestraux et explications scientifiques. Il nous explique comment ce phénomène spectaculaire naît de l’interaction entre les particules chargées émises par le Soleil (le vent solaire) et le champ magnétique terrestre. En entrant en collision avec les atomes d’oxygène et d’azote de la haute atmosphère, ces particules libèrent de l’énergie sous forme de lumière, dessinant dans le ciel de fascinants voiles colorés, le plus souvent verts, parfois rouges ou violets selon l’altitude et la nature des gaz concernés.
Pour conclure cette journée riche en découvertes, nous avons l’immense bonheur d’observer nos premières aurores boréales dans le ciel des Lofoten, offrant un spectacle à la fois magique et émouvant, comme une rencontre privilégiée entre la science et la poésie de la nature.

Ce matin, nous nous éveillons baignés dans une lumière douce et feutrée. La neige est tombée presque toute la nuit, déposant sur les montagnes un voile immaculé. Les reliefs, délicatement saupoudrés de blanc, se parent de teintes subtiles où se mêlent les pastels bleutés aux nuances rosées du ciel. Le paysage semble suspendu hors du temps, presque irréel.
Certains d’entre nous ont veillé tard afin de profiter de discrètes aurores boréales.
Dans la matinée, nous embarquons à bord des zodiacs. Alors que nous progressons sur une mer calme vers Henningsvær, le lever du soleil nous réserve un instant absolument exceptionnel. À l’instant précis où le disque solaire franchit l’horizon, un rayon vert apparaît fugitivement au sommet du soleil, lueur émeraude aussi brève que spectaculaire. Ce phénomène optique extrêmement rare est dû à la réfraction et à la dispersion de la lumière dans une atmosphère froide, stable et parfaitement dégagée des conditions idéales que les hautes latitudes offrent parfois en hiver. L’émotion est palpable à bord : chacun sait qu’il assiste à un instant unique, presque irréel.
Nous débarquons ensuite dans le charmant village de pêcheurs de Henningsvær, situé au sud de l’île d’Austvågøya. L’arrivée est saisissante. Le village est lové entre des montagnes abruptes et des eaux d’une limpidité exceptionnelle. Le temps est lumineux, et la clarté met en valeur les maisons colorées, emblématiques de l’architecture des villages de pêcheurs norvégiens, dont les façades se reflètent paisiblement dans le port.

Henningsvær a longtemps vécu au rythme de la pêche à la morue séchée, une activité qui a façonné son histoire et son identité. Aujourd’hui encore, la pêche demeure au cœur de la vie locale. Les bateaux, de petite et moyenne taille, sont amarrés le long des quais et déchargent quotidiennement leurs prises. Une fois à terre, le cabillaud est soigneusement nettoyé, vidé et préparé, puis salé avant d’être suspendu sur de vastes séchoirs en plein air, exposés au vent et à l’air marin. Nous avons le privilège d’observer l’ensemble de ce processus au fil de notre promenade : des bateaux de pêche aux ateliers de transformation, jusqu’aux séchoirs installés face au Vestfjord, offrant un panorama spectaculaire mêlant mer, montagnes et ciel.

À l’heure du déjeuner, nous retrouvons L’Explorer. Tandis que le navire met le cap vers l’île de Skrova, située au nord-est d’Henningsvær, notre chef George nous régale une nouvelle fois d’une cuisine généreuse et raffinée.
Peu après, nous reprenons place dans les zodiacs pour une nouvelle exploration. Une première halte nous conduit sur une plage de sable blanc immaculé, bordée d’eaux turquoise étonnamment lumineuses pour la saison. Quelques traces de loutres témoignent de leur passage récent, mais les discrètes habitantes des lieux restent invisibles. Nous poursuivons ensuite notre navigation entre les îlots rocheux jusqu’au centre de Skrova. Nous contournons le phare, solidement agrippé à un piton rocheux battu par les vents.

L’île est surnommée « l’île de la baleine », en souvenir de son passé intimement lié à la chasse aux cétacés. Nous visitons le village, dont l’histoire maritime et industrielle a profondément marqué cette petite communauté d’environ 200 habitants. L’époque des baleiniers a laissé une empreinte durable dans l’identité de l’île, perceptible encore aujourd’hui à travers les bâtiments, les récits et la mémoire collective.
Vers 18 h 45, Xavier nous propose une conférence captivante consacrée à la mythologie nordique. Il nous plonge dans un univers peuplé de dieux, de géants et de héros, intimement liés aux forces de la nature. Il évoque Odin, dieu de la sagesse et des runes, Thor, maître du tonnerre, Loki, figure du chaos et de la métamorphose, ainsi que Yggdrasil, l’arbre-monde reliant les neuf royaumes. Les aurores boréales occupent une place particulière dans ces croyances anciennes : elles étaient parfois perçues comme les reflets des armures des Valkyries guidant les âmes des guerriers vers le Valhalla, ou comme des manifestations du monde des dieux. Ces récits donnent une dimension presque mystique aux paysages arctiques que nous traversons.
Puis vient le temps du dîner, une nouvelle fois préparé avec talent par notre chef, et partagé dans une atmosphère chaleureuse et conviviale.
Dès 20 h 30, nous retournons sur le pont pour scruter à nouveau le ciel. Les nuages voilent par moments la voûte céleste, mais laissent parfois passer la lumière verte et diffuse des aurores boréales, discrètes mais bien présentes. Dans le silence de la nuit polaire, ces lueurs semblent faire écho aux mythes évoqués plus tôt, comme si les anciennes légendes nordiques prenaient vie au-dessus de nous.
Au petit matin, après une nuit de navigation, nous atteignons le nord des Vesterålen, à l’extrémité de l’île d’Andøya. La mer est encore calme lorsque nous scrutons l’horizon à la recherche des souffles de baleines. Soudain, Xavier nous annonce qu’il vient d’en repérer un : celui d’un cachalot. Le bateau change aussitôt de cap.
Bientôt, la silhouette massive de l’animal se dessine à la surface. Il plonge lentement, avec majesté, offrant à nos regards sa nageoire caudale dressée hors de l’eau avant de disparaître dans les profondeurs. Un instant suspendu, silencieux, presque solennel.

Nous poursuivons ensuite notre exploration au large des côtes. Sous nos coques s’ouvre un paysage spectaculaire : la fosse de Bleik. Ce canyon sous-marin abyssal, situé en mer de Norvège, plonge jusqu’à 2 000 mètres de profondeur. Il constitue l’un des environnements les plus profonds et les plus riches en biodiversité de la région. La forte concentration de nutriments y attire une multitude de proies, donnant naissance à un écosystème foisonnant qui soutient de nombreux grands prédateurs marins : baleines, cachalots, orques et globicéphales.
Nous naviguons au-dessus de cette fosse impressionnante. Ici, c’est le véritable royaume des cachalots. Nous en observons plusieurs, parfois à seulement une dizaine de mètres du bateau. Nous les voyons plonger presque à la verticale, immortalisant leurs immenses nageoires caudales qui émergent lentement avant de s’enfoncer dans l’abîme.

Soudain, de nouveaux souffles apparaissent à l’horizon. Cette fois, il s’agit d’un groupe d’orques. Elles sont nombreuses. Leurs silhouettes noires et blanches fendent la surface de l’eau avec une élégance souveraine. Elles glissent en silence, surgissent à l’unisson pour respirer, puis replongent avec une puissance parfaitement maîtrisée. Leurs nageoires dorsales, hautes et effilées, tranchent la mer comme des lames, tandis que leurs flancs luisent sous la lumière froide du Nord. Leur présence impose le respect : ce sont les reines incontestées de ces eaux profondes.
Le spectacle atteint son apogée lors d’un incroyable rassemblement de plusieurs espèces en pleine chasse sur un banc de poissons. Pendant de longues minutes, nous observons des dizaines d’orques, mais aussi des baleines à bosse et de grands rorquals se nourrir à quelques mètres du bateau. La scène est tout simplement irréelle, d’une intensité rare.

Après cette matinée dense et inoubliable, nous mettons le cap sur Andenes. Son port nous offre un refuge paisible, à l’abri de la houle. Ce bourg tranquille de 2 500 habitants repose à l’extrémité d’Andøya, dans l’archipel des Vesterålen. En longeant la côte, nous sommes enveloppés par une atmosphère douce et presque hors du temps, où le rythme du monde semble ralentir.
Nous visitons ensuite le phare d’Andenes, sentinelle emblématique dressée face à l’océan. Haut de quarante mètres, il domine la ville et la mer. Certains d’entre nous gravissent les 145 marches menant à son sommet. L’effort est bien réel, mais la récompense l’est tout autant : là-haut, les toits colorés d’Andenes, les longues plages claires et l’océan infini se rejoignent à l’horizon, baignés de délicates nuances pastel.

La promenade se prolonge le long des plages de sable blanc, où le contraste entre le rivage clair et les îlots rocheux émergeant du bleu profond de la mer compose un décor saisissant.
En fin d’après-midi, nous nous rassemblons au salon pour assister à un webinaire organisé par Grands Espaces, consacré à la géopolitique actuelle. Les différents intervenants, dont Christian Kempf, fondateur de Grands Espaces, et Vittus Qujaukitsoq ancien ministre des finances Groenlandais, reviennent sur les tensions et enjeux contemporains autour de l’Arctique et du Groenland.
À 18 h 30, autour d’un apéritif convivial, tandis que le bateau reprend sa route. Il glisse silencieusement dans la nuit polaire, en direction des Alpes de Lyngen, emportant avec lui le souvenir encore vibrant de cette journée hors du commun.
Ce matin, nous nous réveillons au cœur des Alpes de Lyngen, l’un des massifs les plus spectaculaires du nord de la Norvège. Sous une météo résolument hivernale, alternant chutes de neige, rafales de vent et éclaircies lumineuses, ces montagnes abruptes semblent surgir directement des fjords. Le contraste est saisissant entre la verticalité des sommets enneigés et la surface sombre et calme des eaux en contrebas. Ici, mer et montagne s’entrelacent intimement, composant un paysage à la fois grandiose, sauvage et profondément nordique. Les Alpes de Lyngen s’étendent sur une vaste péninsule dominée par des pics acérés, dont certains culminent à plus de 1 800 mètres.
À 10 h 00, nous embarquons à Hamnnes, petit hameau côtier au destin singulier. Occupé par les forces allemandes durant la Seconde Guerre mondiale, le village fut miraculeusement épargné lors de la retraite de 1944, contrairement à de nombreuses localités du nord de la Norvège incendiées à cette période. Des officiers allemands auraient refusé d’exécuter l’ordre de destruction, permettant ainsi à Hamnnes de conserver ses bâtiments d’origine.
Autrefois tourné vers la pêche et les activités maritimes, Hamnnes vivait au rythme des saisons et des ressources du fjord. Le port en constituait le cœur battant, lieu de travail, d’échanges et de vie communautaire. Aujourd’hui encore, en parcourant les quais balayés par le vent et ponctués de flocons, on ressent cette atmosphère particulière, mêlant la sérénité du paysage hivernal à la mémoire d’un passé marqué par les épreuves, mais aussi par un destin hors du commun.
Nous traversons le village jusqu’à un promontoire offrant de superbes points de vue sur le fjord, tandis que certains empruntent la route côtière pour admirer les paysages changeants, tantôt voilés par la neige, tantôt baignés de lumière lors de belles éclaircies. Nous nous retrouvons un peu plus tard pour visiter le petit musée de Hamnnes, installé dans les anciens bâtiments du comptoir commercial. Photographies et objets d’époque retracent la vie quotidienne du village et témoignent de son riche passé maritime, précieusement préservé au fil des générations.
En quittant Hamnnes, nous laissons derrière nous un lieu discret mais profondément chargé d’histoire, où la beauté brute du décor naturel se double d’un héritage humain sauvegardé presque par miracle.
Ce soir, notre voyage touche à sa fin. Après une dernière conférence de Xavier consacrée aux mammifères marins, nous partageons un moment convivial autour d’un verre et de prosciutto. Le capitaine nous adresse ses adieux tandis que le Grand Explorer jette l’ancre dans une baie abritée, nous offrant la chance d’admirer nos dernières aurores boréales, véritables cerises sur le gâteau de ce séjour exceptionnel. Nous avons également la satisfaction de pêcher un beau cabillaud, ultime souvenir de cette aventure nordique.
C’est avec un pincement au cœur que nous quittons le bateau et son équipage, laissant derrière nous ces moments inoubliables, avant de prendre la route de l’aéroport de Tromsø. Les souvenirs de paysages enneigés, de fjords battus par le vent, d’éclaircies magiques, d’aventures en mer et d’histoires partagées resteront longtemps gravés dans nos mémoires.
Un immense merci à tous ceux qui ont contribué à faire de ce voyage une expérience unique et profondément marquante.
Suivez nos voyages en cours, grâce aux carnets de voyages rédigés par nos guides.
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