Xavier Allard
Arctique
14 février
21 février 2026
Xavier Allard
Arctique
Après nos différents vols, nous avons atteint Tromsø, cité nordique située bien au-delà du cercle polaire arctique, en plein cœur de l’hiver norvégien. En ce mois de février, la neige recouvrait les quais et une lumière bleutée enveloppait la ville. Notre bateau, l’Explorer, était amarré au quai n°8, en centre-ville, prêt à nous accueillir.

L’embarquement s’est déroulé en douceur au fil des arrivées, en fin d’après-midi. Nous avons été chaleureusement reçus par notre guide Xavier ainsi que par Morgane, membre attentive de l’équipage.
La nuit s’est installée très tôt, comme c’est le cas à cette période de l’année au-delà du 69ᵉ parallèle nord. Les journées sont courtes en février, alternant entre chutes de neige passagères et brèves éclaircies laissant apparaître un ciel limpide. Plusieurs réunions d’information nous ont permis de découvrir la vie à bord avant de partager un moment convivial autour d’amuse-bouches et d’un verre de bienvenue pour célébrer le début de cette aventure à bord du Grand Explorer.
Le lendemain matin, sous un ciel changeant mêlant flocons et éclaircies, nous avons pris un taxi pour rejoindre le téléphérique. Une fois au sommet, à plus de 400 mètres d’altitude, un panorama exceptionnel s’est dévoilé : la ville de Tromsø, installée sur son île, les fjords enneigés et les montagnes environnantes formaient un décor spectaculaire aux teintes hivernales.
Surnommée « la porte de l’Arctique », Tromsø a longtemps joué un rôle clé dans les activités de chasse à la baleine et comme point de départ de nombreuses expéditions vers les régions polaires. Nous avons ensuite visité la célèbre Cathédrale arctique, édifice moderne inauguré en 1965. Son architecture audacieuse, aux lignes triangulaires, rappelle les pics enneigés et les paysages glacés qui l’entourent. Conçue pour capter la lumière si particulière de l’Arctique, elle se fond harmonieusement dans son environnement naturel, malgré les conditions climatiques parfois rigoureuses.

Après avoir franchi le pont reliant l’île au continent, nous avons bénéficié d’un moment libre pour flâner dans les rues et faire quelques achats.
Après le déjeuner la journée s’est poursuivie par une promenade guidée du centre-ville avec Xavier. Il nous a retracé l’histoire de Tromsø, dont les origines remontent au XIIᵉ siècle. La ville fut durant des siècles un important centre d’échanges commerciaux et un carrefour maritime stratégique dans le Grand Nord.
Nous avons observé la statue de l’explorateur Roald Amundsen, figure majeure de la conquête polaire, ainsi que la cathédrale en bois datant de 1862, témoignage du patrimoine religieux local. La bibliothèque moderne et l’hôtel de ville illustrent, quant à eux, l’évolution contemporaine de la cité.
La visite s’est conclue au musée de l’Expédition polaire. Grâce aux explications passionnées de Xavier, nous avons plongé dans l’univers des explorateurs et des trappeurs qui partaient autrefois de Tromsø pour affronter les immensités glacées.
En fin d’après-midi, vers 17h30, notre navire a largué les amarres en direction des îles Lofoten. Tandis que nous partagions un apéritif, Xavier nous a présenté le programme des jours à venir. Xavier nous propose une conférence passionnante sur l’histoire de la Norvège. Tous sont attentifs à ses récits, riches et captivants, un véritable moment de plaisir et de partage. La soirée nous a réservé un spectacle inoubliable : sous un ciel parfois dégagé après les averses de neige, de splendides aurores boréales sont apparues, ondulant dans la nuit arctique au-dessus du navire.

À l’aube, après une nuit pour certains passée sous les voiles verts des aurores, nous découvrons derrière les hublots un décor grandiose : les Alpes de Lyngen. Sous un ciel parfaitement dégagé, la lumière hivernale révèle ces sommets abrupts qui plongent directement dans les fjords. Ici, la roche et la mer semblent se défier, dans un contraste saisissant propre aux paysages du nord de la Norvège. Le thermomètre affiche –4 °C et le grand beau temps promet une journée exceptionnelle.
Nous embarquons à bord des zodiacs en direction de l’île de Follessøyan, point de départ de notre randonnée en raquettes. À mesure que nous nous approchons, la chaîne des Lyngen se dresse derrière nous comme un rempart spectaculaire. Une fois à terre, Xavier ouvre la marche, traçant le premier sillon dans une poudreuse immaculée d’une quinzaine de centimètres.
Notre itinéraire suit d’abord le littoral, ourlé de bouleaux blanc qui contrastent avec la blancheur éclatante du sol. Puis nous progressons vers l’intérieur de l’île, à travers un sous-bois mêlant mélèzes et pins. Les explications du guide éclairent notre observation : le mélèze, rare conifère caduc, se dépouille en hiver, tandis que le pin conserve ses aiguilles et sa teinte profonde malgré le froid mordant. Deux stratégies différentes pour survivre dans cet environnement exigeant.
Le silence est presque total, rompu seulement par le frottement régulier des raquettes sur la neige sèche. Au sommet, la récompense est à la hauteur de l’effort : fjords étincelants, îlots épars et reliefs acérés se succèdent à perte de vue sous un ciel d’un bleu limpide. Après cette pause contemplative, nous redescendons vers la côte. Un petit chalet et son ponton se reflètent dans une mer d’huile. Un zodiac envoyé par l’équipage du Grand Explorer nous ramène au navire pour un déjeuner réconfortant.
En début d’après-midi, cap sur Hamnnes, minuscule village posé au bord de l’eau. Son histoire est singulière : en 1944, lors de la retraite allemande en Finnmark et dans le nord de Troms, de nombreuses localités furent incendiées. Hamnnes, lui, fut épargné, ce qui lui permet aujourd’hui de conserver ses maisons anciennes et son atmosphère d’autrefois.
Autrefois animé par la pêche et le commerce, le quai constituait le cœur de la vie locale. En parcourant les passerelles de bois et les ruelles tranquilles, on imagine l’effervescence des arrivages et la dépendance constante à la mer. Nous grimpons jusqu’à un promontoire dominant la côte, tandis que certains prolongent la balade le long de la route littorale.
La visite du petit musée, installé dans les anciens bâtiments du comptoir, complète notre immersion : photographies, outils et objets domestiques retracent la vie quotidienne des habitants et rappellent combien l’océan a façonné leur existence.
De retour à bord, Xavier propose en fin de journée une conférence passionnante consacrée à la circulation des courants marins. Il nous explique comment le Gulf Stream et la dérive nord-atlantique influencent directement le climat de ces hautes latitudes, adoucissant les températures côtières et jouant un rôle essentiel dans la richesse biologique des fjords. À l’aide de cartes et de schémas, il détaille les mécanismes des échanges thermiques, la formation des masses d’eau et leur impact sur la navigation et les écosystèmes arctiques.
La soirée s’achève en apothéose : sous un ciel parfaitement clair, un spectacle d’aurores boréales illumine la nuit pendant plusieurs heures. Les draperies lumineuses ondulent au-dessus des montagnes et des fjords, offrant un final magique à cette journée d’une rare intensité. Nous naviguerons toute le nuit en direction des Lofoten.
Après une nuit de navigation, nous atteignons l’île de Hinnøya, non loin de Harstad. Le soleil se lève lentement et pare le ciel de teintes pastel pendant plus de trente minutes. La lumière arctique, douce et rasante, sublime les reliefs et donne au paysage une atmosphère presque irréelle.
Nous partons ensuite à la découverte des plages de corail de Grasholmen. Contrairement aux récifs tropicaux, ces plages sont constituées de fragments de coraux d’eau froide, principalement du Lophelia pertusa, qui se développe dans les mers nordiques. Le sable clair, mêlé aux eaux limpides et peu profondes, offre une étonnante palette de turquoise, rappelant les lagons du sud. Ce contraste entre décor arctique et couleurs tropicales est saisissant.
Deux pygargues à queue blanche – souvent appelés aigles pêcheurs – planent au-dessus de nous, profitant des courants ascendants. Nous débarquons sur plusieurs plages, admirant la transparence de l’eau et la richesse de cet écosystème fragile, protégé en raison de sa biodiversité exceptionnelle.

Le bateau reprend ensuite sa route vers le sud, dans le détroit de Sætersundet. Durant la navigation, Xavier nous invite à assister à la seconde partie de sa conférence sur les courants marins, interrompue la veille pour observer les aurores boréales. Il nous explique notamment l’influence du Gulf Stream qui adoucit le climat de la côte norvégienne et permet à ces rivages situés bien au-delà du cercle polaire d’être libres de glace en hiver.
En début d’après-midi, nous traversons le majestueux Vestfjord avant d’apercevoir les sommets spectaculaires des Alpes de Bodø. Les montagnes se dressent abruptement hors de la mer, leurs cimes enneigées contrastant avec les eaux sombres du fjord.
Au petit matin, le bateau accoste devant le phare de Tranøy fyr. Vers 15 h 20, le gardien nous accueille chaleureusement et nous partons ensemble en direction du phare. Ici, les forêts sont plus denses que dans les Lofoten, ce qui fait de la région un habitat privilégié pour les cervidés et lynx
La tour du phare, haute de 28 mètres, se dresse fièrement face à la mer. Nous gravissons ses 83 marches avant d’atteindre les différents étages de celui ci. Le gardien nous explique le fonctionnement du phare et de son ancienne corne de brume, capable d’émettre un signal sonore audible jusqu’à 30 kilomètres lors des épais brouillards. Du haut de la tour, la vue est spectaculaire : les Lofoten se dessinent à l’horizon, entourées de montagnes escarpées et d’îlots battus par les vents.
La visite se poursuit dans l’un des bâtiments annexes où nous pouvons nous réchauffer autour d’un roulé à la cannelle, spécialité norvégienne, accompagné d’un café bienvenu. Le gardien partage avec nous l’histoire du site et la vie autrefois menée par les trois gardiens du phare. Dans l’une des maisons conservées en l’état, le mobilier d’origine comme la table en formica nous plonge dans une autre époque. L’atmosphère du lieu, isolé face à l’immensité marine, est empreinte de nostalgie et d’authenticité.
De retour à bord après cette journée riche en découvertes.
En fin de journée, le bateau met le cap vers les Lofoten. Avant le dîner, Xavier nous propose une conférence consacrée aux aurores boréales. Il nous explique que ce phénomène fascinant se produit lorsque des particules chargées émises par le Soleil – le vent solaire – entrent en collision avec les gaz de la haute atmosphère terrestre. Ces interactions libèrent de l’énergie sous forme de lumières colorées, le plus souvent vertes, mais parfois roses ou violettes. Les régions proches du cercle polaire, comme ici en Norvège du Nord, sont parmi les meilleurs endroits au monde pour les observer, surtout lors des nuits claires et froides.
À 21 h 30, le bateau jette l’ancre dans une baie non loin de Henningsvær.
Ce matin, nous nous éveillons sous une neige silencieuse tombée durant la nuit. Les montagnes alentour se sont parées d’un manteau immaculé, et le paysage semble comme adouci, enveloppé dans une lumière diffuse et feutrée.
Dans la matinée, nous embarquons à bord des zodiacs pour rejoindre le charmant village de pêcheurs de Henningsvær, situé au sud de l’île d’Austvågøya. L’arrivée est saisissante. Lové entre des montagnes abruptes et des eaux d’une limpidité exceptionnelle, le village dévoile ses maisons colorées emblématiques, dont les façades se reflètent paisiblement dans le port.

Henningsvær a longtemps vécu au rythme de la pêche à la morue séchée, activité qui a façonné son histoire et son identité. Aujourd’hui encore, la pêche demeure au cœur de la vie locale. Les bateaux, de petite et moyenne taille, sont amarrés le long des quais et déchargent leurs prises quotidiennes. À terre, le cabillaud est nettoyé, vidé, puis suspendu sur de vastes séchoirs en bois, exposés au vent et à l’air marin. Nous observons les différentes étapes de ce savoir-faire ancestral, des embarcations aux ateliers de transformation, jusqu’aux séchoirs dressés face au Vestfjord, offrant un panorama spectaculaire.
À l’heure du déjeuner, nous regagnons L’Explorer. Tandis que le navire met le cap vers l’île de Skrova, le ciel se dégage progressivement. La lumière devient plus franche, presque éclatante, révélant toute la pureté des paysages hivernaux. La neige scintille sous les rayons du soleil, et les contrastes entre mer, roche sombre et blancheur immaculée se font plus saisissants encore.
Peu après, nous repartons en zodiac pour une nouvelle exploration. Une première halte nous conduit sur une plage de sable blanc immaculé, bordée d’eaux turquoise étonnamment lumineuses pour la saison. Nous poursuivons ensuite notre navigation entre les îlots rocheux jusqu’au centre de Skrova.
Surnommée « l’île de la baleine », Skrova doit ce nom à son passé intimement lié à la chasse aux cétacés. Nous visitons le village, marqué par cette histoire maritime et industrielle qui a profondément façonné cette petite communauté d’environ 200 habitants. L’époque des baleiniers a laissé une empreinte durable, perceptible à travers les bâtiments, les récits et la mémoire collective.
Vers 17 h, Xavier nous propose une conférence captivante consacrée à la mythologie nordique. Il évoque Odin, Thor, Loki et l’arbre-monde Yggdrasil, figures emblématiques d’un univers peuplé de dieux, de géants et de héros liés aux forces de la nature. Les aurores boréales y occupent une place particulière, parfois perçues comme les reflets des armures des Valkyries guidant les âmes des guerriers vers le Valhalla. Ces récits confèrent une dimension mystique aux paysages arctiques que nous traversons. Pendant ce temps, le navire met le cap vers Svolvær.
En fin d’après-midi, nous arrivons à Svolvær, principale localité des îles Lofoten et centre administratif de l’archipel. Nichée entre mer et montagnes escarpées, la ville est dominée par le sommet emblématique de Svolværgeita, formation rocheuse prisée des grimpeurs. Son port animé témoigne d’une activité maritime toujours bien présente, mêlant pêche traditionnelle, tourisme et culture locale.

Après l’amarrage, nous partons pour une courte promenade dans les rues paisibles de la ville, Nous découvrons ensuite le Magic Ice Lofoten, un bar entièrement sculpté dans la glace, maintenu à température négative toute l’année. Les cocktails sont servis dans des verres gelés, au milieu de sculptures inspirées de la culture et des paysages des Lofoten.
Au petit matin, nous découvrons le navire paisiblement amarré dans le port de Reine, sans doute l’un des villages les plus iconiques des Lofoten. Au sud de l’archipel, le village s’étire au pied de montagnes abruptes dont les arêtes effilées plongent dans des fjords aux eaux calmes. Une neige légère tombe encore, enveloppant le paysage d’un voile délicat. Les sommets se devinent à travers la brume blanche, comme esquissés à l’encre pâle sur le ciel.
Reine est réputé pour ses rorbuer, anciennes cabanes de pêcheurs peintes de rouge, d’ocre ou de jaune, devenues l’image emblématique des Lofoten. Ici, la mer dicte le rythme des saisons depuis des générations. Chaque hiver, le « skrei », cabillaud migrateur venu de la mer de Barents, rejoint les eaux des Lofoten pour frayer. Cette migration spectaculaire, essentielle à l’économie locale, structure encore aujourd’hui la vie et l’identité du village. Xavier nous éclaire sur cette tradition séculaire au fil de la matinée.

Nous embarquons ensuite à bord des zodiacs et glissons le long du rivage. Les rorbuer alignés au bord de l’eau, les anciennes unités de transformation et plusieurs bateaux de pêche du début du XXe siècle composent un décor chargé de mémoire. Le silence n’est rompu que par le léger clapotis contre la coque et le souffle discret du vent. Sous la neige, Reine semble suspendu, presque irréel, expliquant l’attachement profond que lui portent artistes et photographes.
Notre navigation se poursuit vers le hameau isolé de Rostad, blotti au fond du Kirkefjord. Dans ce lieu retiré, un couple d’agriculteurs vit presque en autarcie, entouré de quelques moutons et vaches que nous apercevons dans les pâturages enneigés. D’autres petites habitations apparaissent çà et là, discrètes, comme cachées dans le paysage. Peu à peu, les nuages se dissipent ; les crêtes se dévoilent entièrement et révèlent toute la puissance minérale de ces reliefs.
Nous accostons pour une courte marche dans la neige jusqu’à un promontoire dominant le fjord. Le ciel s’éclaircit progressivement, la chute de neige cesse, et la lumière devient plus limpide. Les pics dentelés s’imposent dans toute leur verticalité, encadrant les eaux sombres ponctuées de maisons colorées. Le panorama, baigné de tons pastel, offre un moment d’une rare intensité.
Après le déjeuner, nous mettons le cap vers Nusfjord. Une heure de navigation à travers des paysages encaissés et sauvages nous mène à ce village parfaitement abrité. Classé et préservé, Nusfjord figure parmi les plus anciens ports de pêche des Lofoten et se présente aujourd’hui comme un véritable musée à ciel ouvert. Rorbuer, entrepôts et hangars témoignent des conditions de vie exigeantes des pêcheurs de cabillaud au début du XXe siècle.
La visite nous conduit à la scierie, à la forge et au hangar à bateaux, avant la projection d’un film retraçant le quotidien de ces hommes de mer. Nous gagnons ensuite un point de vue surplombant le village et son fjord : le regard embrasse l’ensemble du site, dans une atmosphère paisible et authentique.
Nous terminons par une halte dans un café historique datant de 1907. Autour d’une boisson chaude et de pâtisseries maison, chacun savoure la convivialité et le charme intemporel de ce lieu chargé d’histoire.
De retour à bord, nous apprenons que l’équipage a profité de notre excursion pour pêcher une vingtaine de cabillauds. Ils seront à l’honneur lors du dîner de demain, promesse d’un repas aux saveurs locales.
À 18 h, réunis autour d’un apéritif, nous assistons à une conférence passionnante de Xavier consacrée à la nivologie. Il nous explique les différents types de neige, leurs métamorphoses et les mécanismes qui régissent leur évolution au fil du temps. Plus tard, tandis que le navire fait route vers les Vesterålen, le ciel nocturne s’anime : de belles aurores boréales ondulent au-dessus de l’horizon, concluant cette journée par un spectacle lumineux inoubliable.
Après une nuit en mer, nous atteignons au lever du jour le nord des Vesterålen, à la pointe de l’île d’Andøya, non loin d’Andenes. Le vent souffle avec vigueur, dépassant les 40 km/h par rafales, et soulève une mer agitée. Malgré ces conditions dynamiques, l’excitation est palpable : nous scrutons l’horizon à la recherche des panaches caractéristiques des grands cétacés.
Soudain, Xavier annonce un souffle droit devant. Un cachalot vient d’être repéré. Certains aperçoivent distinctement sa puissante nageoire caudale se dresser hors de l’eau avant qu’il ne s’enfonce lentement dans les profondeurs. À peine le temps de reprendre nos esprits qu’un groupe d’orques est signalé à proximité. Elles évoluent en formation, leurs silhouettes noires et blanches découpant la surface avec assurance. Elles émergent presque simultanément pour respirer, puis disparaissent d’un mouvement fluide. Leurs hautes nageoires dorsales fendent les vagues comme des lames sombres sous la lumière froide du Nord. Leur simple présence impose silence et respect.
Au fil des observations, nous approfondissons nos connaissances : l’orque est le plus grand membre de la famille des delphinidés. Superprédateur, elle vit au sein de clans familiaux organisés autour d’une femelle dominante. Chaque groupe développe ses propres techniques de chasse et un répertoire sonore spécifique, transmis de génération en génération. En hiver, les eaux norvégiennes deviennent un terrain de chasse privilégié lorsqu’elles se rassemblent pour exploiter les bancs de harengs grâce à des stratégies collectives remarquables.
De nouveaux souffles apparaissent bientôt à l’horizon. Le navire ajuste sa route. Nous distinguons plusieurs cachalots en surface ; l’un après l’autre, ils amorcent leur plongée en arc de cercle, exposant leur immense queue avant de disparaître vers les abysses.

Le cachalot, plus grand des cétacés à dents, est un prodigieux plongeur. Il peut descendre à plus de 2 000 mètres et rester en immersion près d’une heure pour capturer calmars et autres proies profondes. Les grandes fosses sous-marines comme le canyon de Bleik constituent pour lui un habitat idéal. Chaque bascule de sa nageoire caudale marque le début d’une impressionnante descente verticale.
Sous la coque s’étend précisément ce canyon abyssal, qui plonge à près de 2 000 mètres dans la mer de Norvège. Cette topographie spectaculaire concentre les nutriments et favorise une biodiversité exceptionnelle. C’est l’un des hauts lieux d’observation des cétacés : cachalots, orques, baleines à bosse, rorquals et parfois globicéphales y trouvent une abondance de nourriture.
Au cours de la journée, les rencontres se multiplient. Un autre groupe d’orques apparaît, puis au moins cinq baleines à bosse et trois grands rorquals sont observés. Les baleines à bosse se distinguent par leurs longues nageoires pectorales et leurs comportements parfois démonstratifs en surface. Les grands rorquals, parmi les plus grands animaux de la planète, évoluent avec majesté, tandis que le petit rorqual, plus discret, fréquente régulièrement ces eaux riches. Tous appartiennent aux mysticètes, les baleines à fanons, qui filtrent l’eau pour capturer krill et poissons.
Au-dessus de nous, fulmars, mouettes et autres oiseaux marins tournoient dans un ballet incessant, attirés eux aussi par cette profusion de vie.
Nous restons un long moment au-dessus de la fosse. Plusieurs cachalots s’approchent à une dizaine de mètres du bateau. Nous assistons, fascinés, à leurs plongées verticales, immortalisant ces queues monumentales qui s’élèvent avant de s’effacer dans le bleu sombre.
Après cette matinée particulièrement riche, nous mettons le cap vers l’île de Senja. Durant l’après-midi, nous longeons ses côtes sauvages, profitant des teintes chaudes du soleil couchant qui embrasent les sommets enneigés et sculptent les reliefs d’ombres allongées.
À 17 h 30, Xavier nous propose une conférence dédiée aux mammifères marins observés. Il rappelle la distinction entre les deux grands groupes de cétacés :
– les mysticètes, ou baleines à fanons (comme les baleines à bosse et les rorquals),
– les odontocètes, ou cétacés à dents (comme les orques et les cachalots).
Tous partagent des adaptations remarquables à la vie océanique : respiration aérienne par un évent, épaisse couche de graisse protectrice contre le froid, et, chez les espèces à dents, usage sophistiqué de l’écholocation pour chasser et s’orienter dans l’obscurité.
En soirée, vers 20 h 30, le ciel s’embrase au-dessus du navire. Des aurores boréales ondulent en voiles verts et argentés, se déployant au-dessus des flots. À l’horizon, les lumières de Tromsø dessinent une silhouette discrète sous les montagnes.

Dans le silence de la nuit arctique, seulement troublé par le murmure de l’eau contre la coque, les draperies lumineuses semblent vivantes. Elles s’étirent, pâlissent, puis renaissent ailleurs dans le ciel. Un final grandiose qui vient couronner cette journée exceptionnelle au large du nord de la Norvège.
Le cœur un peu serré, nous débarquons au matin pour rejoindre l’aéroport. Ces journées passées entre mer et montagnes resteront gravées en nous : paysages saisissants, navigations polaires et instants de partage composent désormais un précieux album de souvenirs.
Un immense merci à toute l’équipe qui a rendu cette expédition si mémorable.
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