La banquise est un élément essentiel de l’environnement des quelques 150 000 Inuit peuplant l’Arctique. Les Inuit sont des chasseurs pêcheurs cueilleurs du littoral. Pour ce peuple du Grand Nord, la banquise côtière est un espace gagné sur la mer, un immense territoire construit par le froid, chaque hiver, permettant de se déplacer, de chasser et de pêcher. La banquise plane, recouverte de neige, est une surface idéale pour effectuer des déplacements rapides, sur de longues distances. La banquise est une route de glace qui a permis aux Inuit nomades venus d’Asie de longer durant l’hiver les rivages de l’Alaska puis de franchir les détroits et chenaux séparant les îles du Haut Arctique Canadien avant d’atteindre le Groenland. Aujourd’hui, les Inuit sont sédentarisés mais utilisent toujours la banquise pour se déplacer d’une communauté à une autre. La pêche au travers de la glace permet à tout un chacun, homme, femme, enfant, d’accéder à une ressource naturelle réservée aux seuls possesseurs de canots durant la période estivale. La chasse au phoque, pratiquée sur la banquise en approchant l’animal lorsqu’il se repose sur la glace, ou sous la banquise à l’aide de filets, est une chasse de subsistance qui permet aux Inuit de se procurer une nourriture riche en graisse jugée beaucoup plus saine et bien moins onéreuse que les denrées importées disponibles dans les magasins. Les peaux de phoques sont utilisées pour la confection de bottes et de vêtements. En immobilisant les icebergs, la banquise permet aux Inuit d’en détacher des blocs afin de s’approvisionner en eau douce. La banquise est également un lieu d’apprentissage et de transmission d’un savoir tout à fait original. C’est aussi un espace de jeu où se rassemble toute la communauté lors de courses en moto-neige ou traîneau à chien.

 

Mais depuis 1979, date du début des observations par satellite, la banquise hivernale arctique a vu sa superficie diminuer de 43 000 km² par an. De vastes zones de banquise sont devenues impraticables en raison d’une glace trop fine ou fracturée. De nombreux Inuit ont perdu la vie en passant au travers de la glace ou en étant emportés au large par une débâcle soudaine de la banquise. L’impact de l’altération de la banquise est également d’ordre culturel et économique. Culturel car des pratiques séculaires comme l’usage du traîneau à chiens, la chasse et la pêche au travers de la glace, sont devenues localement impossibles. Économique car les Inuit doivent, pour s’adapter, investir dans des canots à moteur et les utiliser chaque année davantage, recourir de manière croissante à une nourriture importée et parfois déplacer leurs habitations menacées par l’érosion du littoral lorsque celui-ci n’est plus protégé par la banquise.

Grands Espaces - Inuits

La réduction et l’altération de la banquise côtière saisonnière, liées au changement climatique dans l’Arctique, ont ainsi un impact important sur la vie quotidienne des Inuit et menace la pérennité de savoirs et de pratiques séculaires.

 

Pierre Taverniers, chercheur, programme « Sea Ice Knowledge and Use », Année Polaire Internationale.

Pierre, spécialiste des Inuit, accompagne certaines de nos croisières polaires au Groenland : découvrir nos guides

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*Les prix indiqués sont ceux des cabines les moins chères. Le descriptif des programmes est donné à titre indicatif.

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