Christophe Bassous
Arctique et Antarctique
4 juillet
15 juillet 2026
Christophe Bassous
Arctique et Antarctique
Antoine Lochin
Guide naturaliste
Après notre arrivée à Longyearbyen la veille, nous avons eu le temps de découvrir la petite capitale du Svalbard, nichée entre les montagnes et les eaux de l’adventfjord. Cette première immersion nous a permis de découvrir la ville ainsi que ses deux très beaux musées, en fin d’après-midi, notre navire d’expédition. Une fois installés à bord, nous avons assisté aux traditionnels briefings de sécurité et reçu les dernières consignes avant le départ. Puis, le Nanook, après un passage à couple d’un petit pétrolier pour faire le plein, a largué les amarres et mis le cap vers le nord, tandis que Longyearbyen disparaissait peu à peu derrière nous. La nuit s’est déroulée en navigation, bercés par les eaux calmes du Svalbard.

Au réveil, un spectacle grandiose nous attendait. Une navigation magnifique en baie de la croix où nous avons vus plusieurs baleine de minke ! Le navire s’est ensuite mis au mouillage devant le majestueux glacier de Lilliehöökbreen, l’un des plus vastes et des plus impressionnants glaciers du Spitzberg. Large de plus de sept kilomètres, ce front glaciaire descend directement dans le fjord et offre un paysage saisissant où les nuances de bleu de la glace contrastent avec les montagnes sombres qui l’entourent. Les nombreuses crevasses, séracs et falaises de glace témoignent de l’activité permanente.

Nous avons embarqué à bord des zodiacs pour approcher ce glacier. Au fil de notre navigation, plusieurs vêlages sont venus rompre le silence du fjord. Dans un grondement puissant, d’immenses blocs de glace se détachaient du front glaciaire avant de s’écraser dans l’eau, rappelant que ce paysage est en perpétuelle évolution.
La faune était également au rendez-vous. Nous avons eu la chance d’observer trois phoques barbus, tranquillement installés sur la glace. Tout autour de nous, une multitude d’oiseaux marins animaient le paysage, profitant des eaux riches en nourriture apportée par le glacier.
De retour à bord pour le déjeuner, le Nanook a ensuite mis le cap vers Tinayrebukta. En début d’après-midi, nous avons repris les zodiacs pour rejoindre Camp Zoé, une ancienne cabane de trappeurs installée sur le rivage. Construite au début du XXᵉ siècle par Henri Rudy, elle témoigne de la vie rude des hommes qui passaient de longs mois dans ces régions isolées pour pratiquer le piégeage.
Au cours de notre navigation, nous avons eu la chance d’apercevoir un renard polaire furtivement ainsi que plusieurs oiseaux marins, parmi lesquels les élégants macareux moines, reconnaissables à leur bec coloré et à leur vol rapide au ras des flots. Et même des plongeons catmarins !

Nous avons ensuite poursuivi notre excursion jusqu’au glacier de Tinayrebukta. Sur les pentes de la vallée, une quarantaine de rennes, dont plusieurs femelles accompagnées de leurs jeunes, paissaient paisiblement dans la toundra estivale. Cette scène pleine de quiétude contrastait avec les impressionnants vêlages observés au pied du glacier.

En fin d’après-midi, nous avons retrouvé le confort du Nanook. Certains ont choisi de profiter du jacuzzi installé sur le pont extérieur, tandis que d’autres se sont accordé un moment de détente dans le sauna, une façon idéale de se réchauffer après cette première journée d’exploration.
Après le dîner, Antoine nous a proposé une conférence d’introduction au Svalbard. À travers des cartes, des photographies et de nombreuses explications, il nous a présenté la géographie de l’archipel que nous aurons la chance de découvrir tout au long de notre expédition.
Demain matin nous nous réveillerons dans le nord ouest au niveau du Fuglefjord.
Nous nous réveillons dans le magnifique Fuglefjorden, enveloppé d’un épais brouillard. Cette lumière diffuse donne au paysage une atmosphère presque irréelle. Au fond du fjord, les contours du glacier apparaissent puis disparaissent dans la brume. Le silence n’est rompu que par les craquements de la glace et le bruit discret de nos zodiacs glissant sur l’eau. À mesure que nous avançons, nous devons nous frayer un chemin au milieu d’un immense brash assez compact, cet enchevêtrement de petits blocs de glace issus des vêlages du glacier. La progression est lente et délicate, mais elle nous permet d’approcher au plus près ce géant de glace et d’apprécier toute la puissance de ce paysage polaire.

Un jeune phoque annelé, particulièrement curieux, vient plusieurs fois tourner autour de notre zodiac. Il plonge, réapparaît quelques instants plus loin et semble nous observer avec autant d’attention que nous le regardons. Tout au long de la matinée, le glacier reste très actif. De nombreux vêlages, parfois impressionnants, se succèdent. À chaque effondrement, des pans entiers de glace se détachent dans un grondement spectaculaire.

Au pied des pentes enneigées, nous remarquons également un phénomène aussi discret que fascinant : de larges zones de neige rouge, parfois surnommée « neige pastèque ». Cette étonnante coloration est due à la présence de Chlamydomonas nivalis, une microalgue capable de se développer à la surface de la neige lorsque les conditions sont favorables. En produisant des pigments rouges qui la protègent du rayonnement solaire, cette algue colore la neige de teintes rosées à rouge vif. Ce phénomène, bien connu dans les régions polaires et de haute montagne, rappelle que même les environnements qui semblent les plus hostiles abritent une vie étonnamment riche et adaptée aux conditions extrêmes.
Entre cette sortie matinale et notre excursion de l’après-midi, l’Arctique nous réserve l’une des plus belles surprises du voyage. Nous observons une femelle ours polaire accompagnée de son ourson, évoluant dans le haut du chemin menant au cairn de YtreNorskoia. Et c’est en face sur Nordre Norskoia, qu’un troisième ours repose tranquillement dans la neige, profondément endormi. Pouvoir contempler trois ours polaires au cours d’une même journée constitue un moment exceptionnel.

L’après-midi, nous rejoignons Hamiltonbukta pour une nouvelle exploration en zodiac. Là encore, énormément de brash flotte à la surface de l’eau, témoignant de la proximité des glaciers. Les paysages sont grandioses, mêlant falaises sombres, neige persistante et glace dérivante.
Une importante colonie de guillemots de Brünnich anime les falaises de la baie. Les oiseaux se pressent sur les corniches rocheuses tandis que d’autres virevoltent au-dessus de l’eau ou plongent à la recherche de nourriture. À proximité, un phoque barbu se repose paisiblement sur la glace.

Entre les glaciers noyés dans le brouillard, les impressionnants vêlages, les phoques, les oiseaux marins et surtout les trois ours polaires, Cette super randonnée en zodiac conclut une journée magnifique.
Après une nuit paisible au mouillage dans Hamiltonbukta, nous avons repris notre navigation dès les premières heures de la matinée. Le navire naviguait tranquillement tandis que chacun profitait de la douceur de cette matinée en mer.
À bord, Christophe nous a proposé une conférence consacrée à l’ours polaire. Après l’extraordinaire observation de trois individus la veille, cette présentation tombait à point nommé. Nous avons découvert les incroyables adaptations de ce grand prédateur à son environnement, son mode de chasse, son cycle de vie ainsi que les nombreux défis auxquels il est confronté dans un Arctique en pleine évolution.
En début d’après-midi, nous sommes arrivés à Eolusneset, dans le Sorgfjorden, où un débarquement était prévu. Mais avant même de préparer les zodiacs, les guides ont repéré deux ours polaires au loin, probablement une femelle accompagnée de son jeune. Les animaux s’éloignaient rapidement du site de débarquement et se sont finalement couchés dans un névé, à plus de cinq kilomètres de notre position. Après une évaluation minutieuse de la situation, les guides ont confirmé que la sortie pouvait être maintenue tout en assurant une surveillance permanente des ours.

Nous avons ainsi pu découvrir ce lieu chargé d’histoire. Eolusneset est connu pour avoir été le théâtre d’une bataille navale en 1693. Cette année-là, une flotte française commandée par le capitaine Pierre Le Moyne d’Iberville surprit une importante flotte baleinière hollandaise venue exploiter les riches eaux du Svalbard. L’affrontement tourna à l’avantage des Français, qui capturèrent ou détruisirent plusieurs navires.-
Au cours de notre randonnée, nous avons également observé de nombreuses empreintes d’ours polaire dans la boue, visiblement récentes. Ces traces impressionnantes rappelaient que nous évoluions au cœur du territoire du plus grand prédateur terrestre. Même si les animaux étaient désormais loin de nous, leur présence donnait à cette sortie une atmosphère toute particulière.
De retour à bord, le Nanook a repris sa route pendant quelques heures en direction d’Alkefjellet. Durant cette navigation, Antoine nous a proposé une présentation consacrée à la biologie du renne du Svalbard et du renard polaire. Grâce à ses explications, nous avons mieux compris les remarquables adaptations de ces espèces emblématiques.
Après le dîner, les conditions météorologiques se sont progressivement dégradées. En raison du vent fort et du brouillard qui réduisait considérablement la visibilité, les guides ont finalement décidé d’annuler la sortie en zodiac prévue à Alkefjellet. Le Nanook a donc poursuivi sa navigation en direction de Wilhelmøya, où nous sommes arrivés aux alentours de minuit.
Nous avons passé la nuit au mouillage au large de Wilhelmøya. Au réveil, une forte houle et un épais brouillard enveloppent le navire. Les conditions sont typiquement arctiques : la visibilité est réduite et la mer est bien formée. L’embarquement dans les zodiacs demande une nouvelle fois adresse et coordination, mais chacun rejoint son embarcation en toute sécurité.
Notre objectif de la matinée est de contourner Långeøya en zodiac. Malgré le brouillard, qui ne cesse de jouer avec les paysages en les révélant puis en les dissimulant, nous profitons d’une visibilité suffisante pour admirer cette côte sauvage. Les falaises se dressent devant nous, sculptées par le gel et l’érosion. D’impressionnants empilements de roches aux formes étonnantes témoignent de millions d’années d’histoire géologique et donnent à ce littoral un caractère spectaculaire. Après plus de trois heures d’exploration, Antoine retrouve le Nanook, dont la silhouette apparaît soudain dans la brume, comme surgie de nulle part.
L’après-midi, nous mettons le cap sur Kiepertøya. À peine arrivés au mouillage, nos guides repèrent une grosse femelle ours polaire qui disparaît tranquillement derrière un chaos de rochers. Une fois encore, l’embarquement en zodiac est sportif en raison de la houle, mais l’excitation est à son comble.
Quelques temps plus tard, nous retrouvons l’eourse. Elle marche lentement le long du rivage avant de s’allonger nonchalamment sur une étendue herbeuse, totalement indifférente à notre présence. Nous avons tout le loisir de l’observer dans le plus grand calme, admirant la puissance et l’élégance de ce magnifique animal.

Puis, alors que nous savourons déjà cette rencontre exceptionnelle, un second ours apparaît derrière une colline de roches rouges. C’est un jeune mâle. Curieux et détendu, il se dirige vers plusieurs névés encore présents sur les hauteurs et se roule longuement dans la neige, comme pour se rafraîchir ou simplement jouer.

Très vite, toute notre attention se porte sur les interactions possibles entre les deux ours. Le jeune mâle s’approche avec prudence de l’endroit où se trouve la femelle. Il renifle les lieux, hésite, puis vient occuper l’emplacement qu’elle venait tout juste de quitter. Manifestement intrigué, il décide finalement de suivre sa piste, sans réellement savoir comment se comporter. La femelle poursuit tranquillement son chemin avant d’entrer dans l’eau avec une grande sérénité. Le jeune mâle, lui, s’arrête sur le rivage et la regarde s’éloigner sans chercher à la rejoindre. Nous avons eu le privilège d’assister à une scène naturelle d’une grande subtilité, révélant le comportement de deux ours évoluant librement dans leur environnement.
Après ces observations extraordinaires, nous reprenons la mer en direction du gigantesque Bråsvellbreen. L’arrivée dans la baie de Vibebukta est mouvementée : la houle rend les dernières manœuvres plus délicates, rappelant une fois encore que l’Arctique impose son rythme et ses conditions.
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