Christophe Bassous
Arctique et Antarctique
4 juillet
15 juillet 2026
Christophe Bassous
Arctique et Antarctique
Antoine Lochin
Guide naturaliste
Après notre arrivée à Longyearbyen la veille, nous avons eu le temps de découvrir la petite capitale du Svalbard, nichée entre les montagnes et les eaux de l’adventfjord. Cette première immersion nous a permis de découvrir la ville ainsi que ses deux très beaux musées, en fin d’après-midi, notre navire d’expédition. Une fois installés à bord, nous avons assisté aux traditionnels briefings de sécurité et reçu les dernières consignes avant le départ. Puis, le Nanook, après un passage à couple d’un petit pétrolier pour faire le plein, a largué les amarres et mis le cap vers le nord, tandis que Longyearbyen disparaissait peu à peu derrière nous. La nuit s’est déroulée en navigation, bercés par les eaux calmes du Svalbard.

Au réveil, un spectacle grandiose nous attendait. Une navigation magnifique en baie de la croix où nous avons vus plusieurs baleine de minke ! Le navire s’est ensuite mis au mouillage devant le majestueux glacier de Lilliehöökbreen, l’un des plus vastes et des plus impressionnants glaciers du Spitzberg. Large de plus de sept kilomètres, ce front glaciaire descend directement dans le fjord et offre un paysage saisissant où les nuances de bleu de la glace contrastent avec les montagnes sombres qui l’entourent. Les nombreuses crevasses, séracs et falaises de glace témoignent de l’activité permanente.

Nous avons embarqué à bord des zodiacs pour approcher ce glacier. Au fil de notre navigation, plusieurs vêlages sont venus rompre le silence du fjord. Dans un grondement puissant, d’immenses blocs de glace se détachaient du front glaciaire avant de s’écraser dans l’eau, rappelant que ce paysage est en perpétuelle évolution.
La faune était également au rendez-vous. Nous avons eu la chance d’observer trois phoques barbus, tranquillement installés sur la glace. Tout autour de nous, une multitude d’oiseaux marins animaient le paysage, profitant des eaux riches en nourriture apportée par le glacier.
De retour à bord pour le déjeuner, le Nanook a ensuite mis le cap vers Tinayrebukta. En début d’après-midi, nous avons repris les zodiacs pour rejoindre Camp Zoé, une ancienne cabane de trappeurs installée sur le rivage. Construite au début du XXᵉ siècle par Henri Rudy, elle témoigne de la vie rude des hommes qui passaient de longs mois dans ces régions isolées pour pratiquer le piégeage.
Au cours de notre navigation, nous avons eu la chance d’apercevoir un renard polaire furtivement ainsi que plusieurs oiseaux marins, parmi lesquels les élégants macareux moines, reconnaissables à leur bec coloré et à leur vol rapide au ras des flots. Et même des plongeons catmarins !

Nous avons ensuite poursuivi notre excursion jusqu’au glacier de Tinayrebukta. Sur les pentes de la vallée, une quarantaine de rennes, dont plusieurs femelles accompagnées de leurs jeunes, paissaient paisiblement dans la toundra estivale. Cette scène pleine de quiétude contrastait avec les impressionnants vêlages observés au pied du glacier.

En fin d’après-midi, nous avons retrouvé le confort du Nanook. Certains ont choisi de profiter du jacuzzi installé sur le pont extérieur, tandis que d’autres se sont accordé un moment de détente dans le sauna, une façon idéale de se réchauffer après cette première journée d’exploration.
Après le dîner, Antoine nous a proposé une conférence d’introduction au Svalbard. À travers des cartes, des photographies et de nombreuses explications, il nous a présenté la géographie de l’archipel que nous aurons la chance de découvrir tout au long de notre expédition.
Demain matin nous nous réveillerons dans le nord ouest au niveau du Fuglefjord.
Nous nous réveillons dans le magnifique Fuglefjorden, enveloppé d’un épais brouillard. Cette lumière diffuse donne au paysage une atmosphère presque irréelle. Au fond du fjord, les contours du glacier apparaissent puis disparaissent dans la brume. Le silence n’est rompu que par les craquements de la glace et le bruit discret de nos zodiacs glissant sur l’eau. À mesure que nous avançons, nous devons nous frayer un chemin au milieu d’un immense brash assez compact, cet enchevêtrement de petits blocs de glace issus des vêlages du glacier. La progression est lente et délicate, mais elle nous permet d’approcher au plus près ce géant de glace et d’apprécier toute la puissance de ce paysage polaire.

Un jeune phoque annelé, particulièrement curieux, vient plusieurs fois tourner autour de notre zodiac. Il plonge, réapparaît quelques instants plus loin et semble nous observer avec autant d’attention que nous le regardons. Tout au long de la matinée, le glacier reste très actif. De nombreux vêlages, parfois impressionnants, se succèdent. À chaque effondrement, des pans entiers de glace se détachent dans un grondement spectaculaire.

Au pied des pentes enneigées, nous remarquons également un phénomène aussi discret que fascinant : de larges zones de neige rouge, parfois surnommée « neige pastèque ». Cette étonnante coloration est due à la présence de Chlamydomonas nivalis, une microalgue capable de se développer à la surface de la neige lorsque les conditions sont favorables. En produisant des pigments rouges qui la protègent du rayonnement solaire, cette algue colore la neige de teintes rosées à rouge vif. Ce phénomène, bien connu dans les régions polaires et de haute montagne, rappelle que même les environnements qui semblent les plus hostiles abritent une vie étonnamment riche et adaptée aux conditions extrêmes.
Entre cette sortie matinale et notre excursion de l’après-midi, l’Arctique nous réserve l’une des plus belles surprises du voyage. Nous observons une femelle ours polaire accompagnée de son ourson, évoluant dans le haut du chemin menant au cairn de YtreNorskoia. Et c’est en face sur Nordre Norskoia, qu’un troisième ours repose tranquillement dans la neige, profondément endormi. Pouvoir contempler trois ours polaires au cours d’une même journée constitue un moment exceptionnel.

L’après-midi, nous rejoignons Hamiltonbukta pour une nouvelle exploration en zodiac. Là encore, énormément de brash flotte à la surface de l’eau, témoignant de la proximité des glaciers. Les paysages sont grandioses, mêlant falaises sombres, neige persistante et glace dérivante.
Une importante colonie de guillemots de Brünnich anime les falaises de la baie. Les oiseaux se pressent sur les corniches rocheuses tandis que d’autres virevoltent au-dessus de l’eau ou plongent à la recherche de nourriture. À proximité, un phoque barbu se repose paisiblement sur la glace.

Entre les glaciers noyés dans le brouillard, les impressionnants vêlages, les phoques, les oiseaux marins et surtout les trois ours polaires, Cette super randonnée en zodiac conclut une journée magnifique.
Après une nuit paisible au mouillage dans Hamiltonbukta, nous avons repris notre navigation dès les premières heures de la matinée. Le navire naviguait tranquillement tandis que chacun profitait de la douceur de cette matinée en mer.
À bord, Christophe nous a proposé une conférence consacrée à l’ours polaire. Après l’extraordinaire observation de trois individus la veille, cette présentation tombait à point nommé. Nous avons découvert les incroyables adaptations de ce grand prédateur à son environnement, son mode de chasse, son cycle de vie ainsi que les nombreux défis auxquels il est confronté dans un Arctique en pleine évolution.
En début d’après-midi, nous sommes arrivés à Eolusneset, dans le Sorgfjorden, où un débarquement était prévu. Mais avant même de préparer les zodiacs, les guides ont repéré deux ours polaires au loin, probablement une femelle accompagnée de son jeune. Les animaux s’éloignaient rapidement du site de débarquement et se sont finalement couchés dans un névé, à plus de cinq kilomètres de notre position. Après une évaluation minutieuse de la situation, les guides ont confirmé que la sortie pouvait être maintenue tout en assurant une surveillance permanente des ours.

Nous avons ainsi pu découvrir ce lieu chargé d’histoire. Eolusneset est connu pour avoir été le théâtre d’une bataille navale en 1693. Cette année-là, une flotte française commandée par le capitaine Pierre Le Moyne d’Iberville surprit une importante flotte baleinière hollandaise venue exploiter les riches eaux du Svalbard. L’affrontement tourna à l’avantage des Français, qui capturèrent ou détruisirent plusieurs navires.-
Au cours de notre randonnée, nous avons également observé de nombreuses empreintes d’ours polaire dans la boue, visiblement récentes. Ces traces impressionnantes rappelaient que nous évoluions au cœur du territoire du plus grand prédateur terrestre. Même si les animaux étaient désormais loin de nous, leur présence donnait à cette sortie une atmosphère toute particulière.
De retour à bord, le Nanook a repris sa route pendant quelques heures en direction d’Alkefjellet. Durant cette navigation, Antoine nous a proposé une présentation consacrée à la biologie du renne du Svalbard et du renard polaire. Grâce à ses explications, nous avons mieux compris les remarquables adaptations de ces espèces emblématiques.
Après le dîner, les conditions météorologiques se sont progressivement dégradées. En raison du vent fort et du brouillard qui réduisait considérablement la visibilité, les guides ont finalement décidé d’annuler la sortie en zodiac prévue à Alkefjellet. Le Nanook a donc poursuivi sa navigation en direction de Wilhelmøya, où nous sommes arrivés aux alentours de minuit.
Nous avons passé la nuit au mouillage au large de Wilhelmøya. Au réveil, une forte houle et un épais brouillard enveloppent le navire. Les conditions sont typiquement arctiques : la visibilité est réduite et la mer est bien formée. L’embarquement dans les zodiacs demande une nouvelle fois adresse et coordination, mais chacun rejoint son embarcation en toute sécurité.
Notre objectif de la matinée est de contourner Långeøya en zodiac. Malgré le brouillard, qui ne cesse de jouer avec les paysages en les révélant puis en les dissimulant, nous profitons d’une visibilité suffisante pour admirer cette côte sauvage. Les falaises se dressent devant nous, sculptées par le gel et l’érosion. D’impressionnants empilements de roches aux formes étonnantes témoignent de millions d’années d’histoire géologique et donnent à ce littoral un caractère spectaculaire. Après plus de trois heures d’exploration, Antoine retrouve le Nanook, dont la silhouette apparaît soudain dans la brume, comme surgie de nulle part.
L’après-midi, nous mettons le cap sur Kiepertøya. À peine arrivés au mouillage, nos guides repèrent une grosse femelle ours polaire qui disparaît tranquillement derrière un chaos de rochers. Une fois encore, l’embarquement en zodiac est sportif en raison de la houle, mais l’excitation est à son comble.
Quelques temps plus tard, nous retrouvons l’eourse. Elle marche lentement le long du rivage avant de s’allonger nonchalamment sur une étendue herbeuse, totalement indifférente à notre présence. Nous avons tout le loisir de l’observer dans le plus grand calme, admirant la puissance et l’élégance de ce magnifique animal.

Puis, alors que nous savourons déjà cette rencontre exceptionnelle, un second ours apparaît derrière une colline de roches rouges. C’est un jeune mâle. Curieux et détendu, il se dirige vers plusieurs névés encore présents sur les hauteurs et se roule longuement dans la neige, comme pour se rafraîchir ou simplement jouer.

Très vite, toute notre attention se porte sur les interactions possibles entre les deux ours. Le jeune mâle s’approche avec prudence de l’endroit où se trouve la femelle. Il renifle les lieux, hésite, puis vient occuper l’emplacement qu’elle venait tout juste de quitter. Manifestement intrigué, il décide finalement de suivre sa piste, sans réellement savoir comment se comporter. La femelle poursuit tranquillement son chemin avant d’entrer dans l’eau avec une grande sérénité. Le jeune mâle, lui, s’arrête sur le rivage et la regarde s’éloigner sans chercher à la rejoindre. Nous avons eu le privilège d’assister à une scène naturelle d’une grande subtilité, révélant le comportement de deux ours évoluant librement dans leur environnement.
Après ces observations extraordinaires, nous reprenons la mer en direction du gigantesque Bråsvellbreen. L’arrivée dans la baie de Vibebukta est mouvementée : la houle rend les dernières manœuvres plus délicates, rappelant une fois encore que l’Arctique impose son rythme et ses conditions.
Jeudi 9 juillet
La nuit dernière, le Nanook est resté au mouillage dans une petite baie située à l’ouest du gigantesque Brasvellbreen. Dès le réveil, nous avons découvert un paysage saisissant : devant nous s’étendait une immense muraille de glace, baignée par la lumière arctique.
Après le petit-déjeuner, nous avons embarqué dans les zodiacs pour explorer cette région exceptionnelle. Le Brasvellbreen fait partie de l’Austfonna, la gigantesque calotte glaciaire qui recouvre une grande partie de la Terre du Nord-Est. Avec plusieurs milliers de kilomètres carrés, Austfonna est l’une des plus vastes masses de glace de l’hémisphère Nord en dehors du Groenland. Son front glaciaire, long de cent soixante kilomètres de long est le plus long de l’hémisphère nord.
Au fil de notre navigation, nous avons pu observer de nombreuses bédières formant d’immenses cascades issues de la fonte de la calotte. Apportant un peu de mouvement à cet immense désert blanc.De plus, quelques grands icebergs dérivaient au pied du glacier, rappelant l’activité permanente de cette gigantesque masse de glace. Nous avons pris le temps de naviguer au milieu de ce décor grandiose.
Après cette magnifique excursion, le Nanook nous a rejoints et nous sommes remontés à bord pour le déjeuner. Le reste de la journée a été consacré à une longue navigation vers l’est. La mer était un peu plus agitée que les jours précédents, mais les conditions sont restées agréables. Depuis le pont, nous avons profité pendant des heures d’une vue exceptionnelle sur bâbord : la vaste calotte glaciaire de la Terre du Nord-Est nous accompagnait sans cesse.
Cette traversée a également été l’occasion d’approfondir nos connaissances sur l’Arctique. Christophe nous a proposé une conférence passionnante consacrée à la géographie et à la géopolitique de cette région du monde, tandis qu’Antoine nous a raconté la grande histoire du Svalbard, depuis les premières découvertes jusqu’à l’époque contemporaine, en passant par les baleiniers, les trappeurs et les explorateurs.
Au fil des heures, nous avons poursuivi notre route toujours plus au nord-est. Vers 23 heures, le Nanook est arrivé au nord de l’île de Storøya, où nous avons trouvé un nouveau mouillage pour la nuit. Sous la lumière persistante de l’été arctique, chacun a rejoint sa cabine avec l’impatience de découvrir les aventures qui nous attendent demain sur cette île isolée du bout du monde.
Vendredi 10 juillet
Au réveil, le Nanook se trouve au nord de Storøya. Un épais brouillard recouvre encore la mer, limitant fortement la visibilité. Malgré ces conditions, l’expédition est maintenue : nous embarquons dans les zodiacs pour un raid d’environ cinq heures, avec quelques provisions à bord afin de déjeuner en pleine nature.
À peine avons-nous quitté le navire que les premières rencontres se succèdent. Un morse apparaît, puis un autre, puis plusieurs petits groupes. Très vite, nous découvrons une importante échouerie comptant une centaine de morses. Essentiellement composée de femelles et de jeunes, cette colonie nous offre un spectacle fascinant. Plusieurs animaux viennent observer les zodiacs avec curiosité, s’approchant lentement, levant la tête hors de l’eau avant de replonger. Nous prenons le temps de les contempler sans les déranger, privilégiant toujours une approche respectueuse de leur tranquillité.
En poursuivant notre navigation, le brouillard commence par endroits à se déchirer, laissant apparaître la spectaculaire calotte glaciaire de Storøya. Ce vaste dôme de glace descend jusqu’à la mer, formant un paysage d’une pureté remarquable où se mêlent les blancs éclatants de la neige et les bleus profonds de la glace. Nous faisons une halte face à ce décor grandiose pour partager un déjeuner aussi simple que savoureux : sandwiches, chocolat, café bien chaud et quelques bonbons prennent une saveur toute particulière dans un tel environnement.
La visibilité continue de s’améliorer et un nouveau moment magique nous est offert. Une femelle morse apparaît avec son petit installé sur son dos. Les deux animaux s’approchent tranquillement de nos embarcations, nous laissant observer cette scène pleine de tendresse. Ce comportement, rarement observé d’aussi près, constitue l’un des grands moments de cette journée.
Il est ensuite temps de reprendre le chemin du retour. Les paysages évoluent progressivement à mesure que nous quittons la calotte glaciaire pour longer les côtes rocheuses de Storøya. Cette navigation demande toute l’attention de nos guides : de nombreux hauts-fonds et récifs affleurent sous la surface, rendant la progression délicate. Grâce à leur parfaite connaissance du terrain et à une navigation prudente, nous regagnons finalement le Nanook sans encombre.
Après cette longue excursion, certains profitent d’un moment de détente bien mérité dans le sauna du bord, une tradition appréciée après plusieurs heures passées dans le froid arctique.
Antoine nous propose une presentation particulierement appropriee sur les Morses. Il y a tant a dire sur ces pinnipedes. Beaucoup de questions de la part de nos passagers ! Puis il nous presente un quiz assez genial sur les oiseaux que l on a pu rencontrer.
La météo annonçant une dégradation des conditions, notre programme est légèrement modifié. En fin de journée, le capitaine met le cap vers les Sjuøyane, les célèbres Sept Îles, où nous passerons la nuit à l’abri avant de poursuivre notre exploration.
N oublions pas les quelques petits roquals qui nous accompagneront pendant cette navigation…
Samedi 11 juillet
Après une nuit paisible au mouillage dans Isflakbukta, au sud de Phippsøya dans l’archipel des Sept Îles, nous nous sommes réveillés sous un temps calme. Après plusieurs journées parfois bien ventées, cette accalmie était particulièrement appréciée et promettait de belles conditions pour notre première activité.
Dès le matin, nous avons embarqué dans les zodiacs pour explorer les eaux qui entourent les Sept Îles. Pendant plus de deux heures, nous avons navigué dans un silence presque parfait. Très vite, des morses sont apparus. Nous avons observé de nombreux groupes, composés principalement de femelles accompagnées de jeunes. Certains se sont montrés particulièrement curieux et sont venus s’approcher tout près de nos embarcations. Moteurs coupés, nous avons pu profiter longuement de ces instants privilégiés.
L’eau était également d’une grande richesse. Grâce à sa clarté, nous avons aperçu une multitude de minuscules organismes zooplanctoniques. Après les explications entendues lors des conférences à bord, il était fascinant de voir concrètement cette vie invisible qui soutient tout l’écosystème arctique.
De retour à bord, le Nanook a mis le cap vers le sud en direction de Depotodden. Ce site isolé abrite une belle cabane construite en 1935 afin de servir de base aux scientifiques qui étudiaient la calotte glaciaire de la Terre du Nord-Est et les conditions météorologiques de cette région reculée.
Avant de débarquer, nous avons effectué une nouvelle sortie en zodiac afin de découvrir les paysages qui entourent Depotodden. Les falaises, les plages de galets et les montagnes encore enneigées composaient un décor magnifique. Quelques oiseaux marins nous accompagnaient : des fulmars boréaux, des guillemots miroirs et des mergules nains volant en petits groupes au ras de l’eau. Après plusieurs jours passés ensemble, nous avons réalisé avec plaisir que nous étions désormais capables de reconnaître une bonne partie des espèces observées depuis le début du voyage.
Une fois à terre, un moment particulièrement joyeux nous attendait. À la demande d’une passagère passionnée de football, nous avons organisé un « row » norvégien, cette célèbre chorégraphie des supporters où chacun mime des Vikings ramant sur leur drakkar. Dans ce paysage du bout du monde, nous avons ri et ramé tous ensemble dans une ambiance formidable.
Après cette parenthèse pleine de bonne humeur, nous avons regagné le Nanook pour partager le dîner. Le navire est resté quelque temps au mouillage devant Depotodden. Plus tard dans la nuit, nous avons repris la navigation vers le nord afin de retourner aux Sept Îles pour s’abriter du vent violent qui s’annonce. Demain, si les conditions nous sont favorables, nous tenterons de rejoindre la banquise !
Dimanche 12 juillet
Cette journée restera sans aucun doute comme l’un des grands moments de notre expédition. Durant la nuit, le Nanook a poursuivi sa route vers le nord et, au réveil, nous franchissons la barre symbolique des 81° de latitude nord. Peu à peu apparaissent les premiers signes de la banquise. D’abord quelques plaques de glace isolées, flottant au gré des courants, puis des floes de plus en plus nombreux jusqu’à former un véritable paysage polaire. La visibilité est exceptionnelle et le ciel parfaitement dégagé met en valeur les nuances infinies de blanc et de bleu. Nous avons enfin devant nous cette banquise dont nous rêvions depuis le début du voyage.
En matinée, Christophe nous plonge dans l’histoire de l’une des plus célèbres aventures polaires : l’expédition Franklin. Il retrace avec passion le destin tragique de ces explorateurs partis chercher le passage du Nord-Ouest au XIXᵉ siècle. En contemplant la glace qui nous entoure, nous comprenons bien mieux les difficultés auxquelles furent confrontés ces hommes. Ce qui nous apparaît aujourd’hui comme un décor d’une beauté extraordinaire pouvait rapidement devenir un véritable piège pour les navires d’autrefois.
Après le déjeuner vient le moment que beaucoup attendaient. Nous embarquons dans les zodiacs pour une exploration de la banquise. Pendant plusieurs heures, nous évoluons entre les floes, découvrant un univers d’une incroyable diversité. Certaines plaques sont parfaitement lisses, d’autres présentent d’impressionnantes crêtes de compression, formées lorsque deux plaques de glace se heurtent sous l’effet des vents et des courants. L’eau, d’une transparence remarquable, laisse apparaître les teintes turquoise des parties immergées de la glace. Chaque détour révèle un nouveau paysage, chaque plaque possède sa propre forme, sa propre histoire.
Puis survient un moment absolument exceptionnel. Christophe et Antoine choisissent une grande plaque de glace suffisamment épaisse et stable pour nous permettre d’y débarquer. Quelques instants plus tard, nous voilà debout au cœur de la banquise, entourés uniquement par la glace et l’océan Arctique. Sous nos pieds, près de deux mètres de glace nous séparent de plus de 700 mètres d’eau. La sensation est indescriptible. Le silence est presque total, seulement interrompu par quelques craquements de la banquise et le souffle léger du vent. Nous prenons pleinement conscience du privilège que représente un tel instant.
Pour célébrer ce moment hors du commun, nos guides sortent quelques verres et une bouteille de vodka polonaise. Nous trinquons au milieu de la banquise, dans un décor que peu de personnes auront la chance de fouler au cours de leur vie. Un souvenir qui restera gravé dans toutes les mémoires.
Le temps passe pourtant trop vite et il faut reprendre le chemin du Nanook. Nous aurions volontiers prolongé cette parenthèse polaire tant l’expérience est unique.
De retour à bord, Antoine nous propose un sympathique quiz consacré aux drapeaux des différentes nations et territoires de l’Arctique, avant de poursuivre avec un passionnant lexique des glaces. Désormais, les mots floe, brash, crêtes de compression ou encore banquise pluriannuelle prennent tout leur sens, puisque nous les avons observés de nos propres yeux quelques heures plus tôt.
Cette journée nous aura offert bien plus qu’une simple excursion : elle nous a permis de vivre la banquise de l’intérieur, de la comprendre, de la ressentir et même de la fouler.
Lundi 13 juillet
Après notre extraordinaire journée passée dans la banquise, le Nanook a repris sa route vers le sud pendant une partie de la nuit. Au petit matin, nous avons retrouvé les paysages du nord-ouest du Svalbard et sommes arrivés dans le Raudfjorden. Un vent soutenu soufflait sur toute la région, et ce fjord offrait l’un des rares abris possibles. Malgré quelques rafales et une pluie légère, les conditions restaient suffisamment bonnes pour poursuivre nos explorations.
Notre première activité nous a conduits à Bruceneset, où nous avons débarqué au pied d’une ancienne cabane de trappeurs datant des années 1920. Ce lieu est étroitement lié à la figure légendaire de Stockholm Sven, de son vrai nom Sven Johansson, un trappeur suédois qui choisit de vivre pendant de longues années dans les régions les plus isolées du Svalbard. Sa vie, faite d’hivernages solitaires et de chasse est devenue l’une des histoires les plus célèbres de l’archipel.
Depuis la cabane, nous avons entamé une marche à travers la toundra en direction d’un petit promontoire dominé par un cairn. Là-haut subsistent également les restes d’une ancienne tombe, celle d’un skipper norvégien décédé dans cette région reculée. Peu à peu, les nuages se sont déchirés et la lumière a commencé à illuminer les glaciers environnants. Devant nous s’étendait la magnifique péninsule de Buchananhalvøya, entourée de sommets enneigés et de langues glaciaires descendant jusqu’au fjord.
De retour à bord, nous avons repris la navigation en direction du Smeerenburgfjorden. En milieu d’après-midi, le Nanook est arrivé face au majestueux Smeerenburgbreen. Bien que la météo soit restée changeante, le fond du fjord était relativement protégé et nous avons pu embarquer une nouvelle fois dans les zodiacs.
Cette sortie avait une saveur particulière, car il s’agissait probablement de notre dernière véritable exploration de glacier du voyage. Nous avons pris le temps d’admirer les hautes falaises de glace, leurs crevasses bleutées et les nombreux morceaux de glace dérivant à la surface de l’eau. Plusieurs phoques communs ont été observés à proximité du glacier, tandis que de beaux vêlages venaient régulièrement rompre le silence du fjord dans un grondement impressionnant.
Après notre retour à bord, Christophe nous a proposé une conférence consacrée au plancton. Nous avons eu l’opportunité d’en observer plusieurs espèces en se penchant simplement au dessus des zodiacs. Nous avons découvert que le phytoplancton, composé de microalgues, utilise la lumière du soleil pour produire de la matière organique et de l’oxygène grâce à la photosynthèse. Il constitue la base de toute la chaîne alimentaire marine. Le zooplancton, quant à lui, rassemble une multitude de petits animaux et de larves qui se nourrissent du phytoplancton et deviennent à leur tour la nourriture des poissons, des oiseaux marins, des phoques et autres baleines. Dans les eaux froides et riches en nutriments de l’Arctique, cette vie invisible joue un rôle fondamental et explique en grande partie l’abondance de la faune que nous avons eu la chance d’observer depuis le début de notre expédition.
Nous sommes restés au mouillage dans le Smeerenburgfjorden le temps du diner. Puis, dans la soirée, le Nanook a levé l’ancre et mis le cap vers le sud en direction de la baie du Roi. Demain, si les conditions le permettent, nous espérons découvrir ce lieu emblématique du Svalbard.
Mardi 14 juillet
Nous nous réveillons après une nuit quelque peu mouvementée dans le magnifique Kongsfjorden. Le hasard nous fait sourire : nous avons passé la nuit dans le fjord du 14-Juillet, en ce… 14 juillet ! Une coïncidence qui amuse tout le monde à bord. Le ciel reste encore chargé, mais les conditions s’améliorent lentement et la mer retrouve peu à peu son calme.
En matinée, nous atteignons Ny-Ålesund, l’une des localités les plus septentrionales de la planète. Ancienne cité minière, Ny-Ålesund est aujourd’hui un important centre international de recherche scientifique où plusieurs nations étudient le climat, l’atmosphère, les glaciers et les écosystèmes arctiques. Les voitures y sont quasiment absentes et l’ambiance est particulièrement paisible.
Notre visite débute par l’emblématique mât d’amarrage des dirigeables, sans doute le monument le plus célèbre de Ny-Ålesund. C’est ici que furent amarrés plusieurs dirigeables destinés aux grandes expéditions polaires du début du XXᵉ siècle. En 1926, le dirigeable Norge, conçu par l’ingénieur italien Umberto Nobile et dirigé par l’explorateur norvégien Roald Amundsen, s’élança depuis ce mât pour réussir ce qui est considéré comme le premier survol incontesté du pôle Nord. Deux ans plus tard, Nobile revint avec le dirigeable Italia. Cette seconde expédition se termina malheureusement par un dramatique accident sur la banquise, donnant lieu à l’une des plus célèbres opérations de sauvetage de l’histoire polaire. Se tenir au pied de ce mât, c’est imaginer ces immenses aéronefs quittant lentement les Svalbard pour s’élancer vers l’inconnu.
Nous poursuivons ensuite notre découverte par la visite du petit musée de Ny-Ålesund. Ouvert en permanence, il retrace l’histoire de cette ancienne cité minière devenue l’un des hauts lieux de la recherche scientifique arctique. Les expositions permettent de mieux comprendre la vie des mineurs, les grandes expéditions polaires et l’évolution de cette communauté unique tournée aujourd’hui vers la science et la protection de l’environnement.
Avant de quitter le village, plusieurs d’entre nous prennent le temps de passer par la petite boutique afin d’acheter quelques cartes postales. Celles-ci sont ensuite déposées à la célèbre poste de Ny-Ålesund, considérée comme l’une des plus septentrionales du monde. Quel plaisir d’imaginer ces cartes parcourir des milliers de kilomètres pour raconter à nos proches cette extraordinaire aventure arctique !
En début d’après-midi, il est déjà temps de reprendre la mer. Le temps s’est nettement apaisé et la navigation vers Longyearbyen s’effectue dans une atmosphère sereine. Chacun profite une dernière fois des paysages grandioses des Svalbard, repensant aux glaciers, à la banquise, aux morses, aux phoques, aux bélugas et, bien sûr, aux ours polaires qui ont jalonné cette expédition.
En fin d’après-midi, Antoine nous propose un grand quiz consacré aux mondes polaires. Pendant près d’une heure, nous mettons à l’épreuve tout ce que nous avons appris au cours de cette expédition. Les questions s’enchaînent sur l’Arctique et l’Antarctique, les grandes expéditions, les explorateurs mythiques, les dates marquantes, la faune, la géographie et les nombreuses anecdotes qui jalonnent l’histoire des pôles. Dans une ambiance conviviale et souvent ponctuée de rires, chacun tente de retrouver les bonnes réponses. Ce moment ludique est aussi l’occasion de mesurer tout le chemin parcouru depuis notre embarquement et de constater combien cette aventure nous a permis d’enrichir nos connaissances sur ces régions fascinantes.
Demain, il sera temps de reprendre l’avion et de quitter l’Arctique. Mais nous repartons avec bien plus que des photographies : des souvenirs inoubliables, une meilleure compréhension de cet environnement exceptionnel et le sentiment d’avoir vécu une aventure rare, au cœur de l’un des derniers grands espaces sauvages de notre planète.
Suivez nos voyages en cours, grâce aux carnets de voyages rédigés par nos guides.
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