Christophe Bassous
Arctique et Antarctique
23 juin
4 juillet 2026
Christophe Bassous
Arctique et Antarctique
Antoine Lochin
Guide naturaliste
Après deux jours de voyage pour rejoindre l’Arctique, notre aventure au Svalbard a enfin commencé. À notre arrivée à Longyearbyen en début de matinée, nous avons été accueillis par nos guides, Christophe et Antoine, impatients de nous faire découvrir cet archipel fascinant.
Avant l’embarquement, nous avons profité d’un long moment pour explorer Longyearbyen, la petite capitale du royaume Svalbard. Chacun a pu découvrir à son rythme cette ville étonnante, installée au fond d’un vaste fjord et entourée de montagnes. Certains ont choisi de visiter le musée afin d’en apprendre davantage sur l’histoire et la nature de l’archipel, tandis que d’autres ont préféré flâner dans les rues ou profiter de l’ambiance chaleureuse de l’un des restaurants de la ville.

En fin d’après-midi, il était temps de rejoindre notre navire d’expédition. Une fois installés à bord, nous avons assisté aux briefings de sécurité indispensables. Nous avons également reçu notre équipement grand froid, qui nous accompagnera tout au long du voyage lors des débarquements et des sorties en zodiac. Peu après, le navire a quitté Longyearbyen et mis le cap vers le nord. Tandis que les derniers reliefs de l’Isfjord s’éloignaient derrière nous.
Après une nuit de navigation, nous nous sommes réveillés dans l’un des sites les plus emblématiques du nord-ouest du Svalbard : la baie du 14 Juillet. Dès les premières heures du matin, la lumière arctique sublimait les montagnes, les glaciers et les nombreuses glaces dérivantes qui parsemaient les eaux du fjord.
Notre première sortie en zodiac nous a permis de découvrir cet environnement exceptionnel au plus près. Face à nous se dressait un magnifique glacier descendant jusqu’à la mer. Tout au long de l’excursion, les observations se sont multipliées. Un renard polaire a été aperçu dans la toundra. Plusieurs rennes paissaient tranquillement sur les pentes voisines, tandis qu’une falaise abritait une importante colonie d’oiseaux marins, notamment des macareux et des guillemots de Brünnich. Pour beaucoup d’entre nous, cette première immersion restera gravée.

Après le déjeuner, nous avons poursuivi notre route jusqu’au majestueux Lilliehöökfjorden. Une nouvelle sortie en zodiac nous a conduits au pied de l’impressionnant glacier de Lilliehöökbreen. Les dimensions de cette immense barrière de glace sont difficiles à décrire tant elles semblent démesurées.
Au cours de l’excursion, nous avons assisté à plusieurs vêlages spectaculaires. D’énormes blocs de glace se sont détachés du glacier dans un grondement impressionnant avant de rejoindre les eaux du fjord. Nous avons également eu la chance d’observer deux phoques barbus à courte distance, offrant de très belles occasions d’observation et de photographie.

De retour à bord, Antoine nous a proposé une conférence d’introduction au Svalbard. Grâce à de nombreuses cartes et illustrations, nous avons découvert la géographie de l’archipel, ses glaciers, sa faune et les principaux secteurs que nous espérons explorer dans les jours à venir. Cette présentation a permis à chacun de mieux comprendre le territoire extraordinaire dans lequel nous évoluons désormais.
La soirée s’est déroulée au mouillage face au glacier de Lilliehöökbreen, dans une lumière toujours aussi belle. Jusqu’à minuit, nous avons profité du calme du fjord et des paysages grandioses qui nous entouraient.
Puis, alors que beaucoup rejoignaient leurs cabines, le navire a repris sa route vers le nord. Demain, de nouvelles découvertes nous attendent dans le nord-ouest de l’archipel.
La matinée débute face au spectaculaire glacier de Smeerenburgbreen, l’un des plus beau du nord-ouest des Svalbard ( il fait aux alentours de 14km de long). Son immense front glaciaire d’environ 7 km se déploie en plusieurs langues de glace qui descendent des montagnes jusqu’à la mer. Il tire son nom de l’ancienne station baleinière hollandaise du XYIIe siècle, Smeerenburg, « la ville de la graisse », située à proximité. Les nuances de bleu, les séracs sculptés par le temps et les nombreux morceaux de glace dérivant dans la baie composent un paysage d’une beauté sans nom. Nous sommes dans les zodiacs, le moteur coupé, et dans le calme du fjord, nous prenons le temps d’admirer ce géant de glace dont les craquements résonnent parfois dans l’air limpide de l’Arctique. Nous sommes devant le glacier depuis plus de 2heures, mais personne ne veut rentrer …

Pendant notre navigation, nous avons également la chance d’observer deux baleines de Minke, de chaque côté du bateau. Discrètes mais élégantes, elles apparaissent à plusieurs reprises à la surface avant de disparaître dans les profondeurs. Cette rencontre inattendue ajoute encore à la magie de cette matinée placée sous le signe de la grande faune arctique.
L’après-midi nous réserve cependant une surprise de taille. Alors que nous nous dirigeons vers notre prochaine étape, l’ile de Indre Norskøya, nos guides repèrent une ourse accompagnée de son ourson. Rapidement, le programme est adapté afin de profiter de cette observation exceptionnelle dans les meilleures conditions. Le jeune ourson est occupé à se nourrir sur une carcasse de morse, le museau complètement rouge. Mais c’est la mère qui attire notre attention : allongée dans la neige, elle entreprend une longue séance de toilette et de roulades. Tantôt sur le dos, tantôt sur le flanc, les pattes en l’air ou la tête enfouie dans la neige, elle adopte une série de positions aussi surprenantes qu’attendrissantes. Pendant ce temps le jeune ouson va se rincer le museau dans l’eau. Nous assistons alors à une scène rare et intime de la vie d’une famille d’ours polaires, un privilège dont chacun mesure la valeur.

Après cette observation géniale, nous mettons le cap en Zodiac vers Sallyhamna. En chemin, nous longeons le magnifique glacier Holmiabreen dont les eaux abritent un grand nombre de phoques communs. Installés sur les glaçons ou nageant près du front glaciaire, ils semblent profiter du calme de ce fjord sauvage.

À notre arrivée à Sallyhamna, une nouvelle surprise nous attend. La petite cabane que nous avions visitée quelques jours auparavant porte des traces évidentes d’une récente intrusion. Plusieurs fenêtres ont été arrachées et l’intérieur est complètement bouleversé. Tout laisse penser qu’un ours est venu inspecter les lieux en notre absence. Cette découverte nous rappelle à quel point nous évoluons dans un environnement où la faune reste pleinement maîtresse des lieux et où la présence humaine demeure exceptionnelle.
De retour à bord du Nanook, les discussions vont bon train tant les observations de la journée ont été riches. Pour conclure cette journée consacrée au roi de l’Arctique, Christophe nous propose une super conférence sur … Ursus maritimus ! Son mode de vie, son adaptation à la banquise, ses techniques de chasse et les défis auxquels l’espèce est aujourd’hui confrontée viennent compléter les observations extraordinaires que nous avons eu la chance de vivre quelques heures plus tôt.
Une journée exceptionnelle, marquée par la rencontre privilégiée avec une femelle ours polaire et son ourson, qui restera longtemps gravée dans nos mémoires.
Après une nuit de navigation, le Nanook nous a conduits encore plus au nord-est de l’archipel. Au petit matin, nous nous sommes réveillés au large de Depotodden, dans un paysage austère et grandiose.Avant notre débarquement, nos guides nous ont proposé une première exploration des environs en zodiac. Les eaux étaient calmes et la lumière magnifique.Très rapidement, nous avons eu la chance de faire une belle rencontre : une femelle renne accompagnée de son petit, âgé d’à peine un mois.

Observer ce jeune faon suivre sa mère dans ce décor sauvage a été un moment vraiment émouvant. Nous avons ensuite débarqué à Depotodden afin de découvrir une petite cabane construite en 1935. Cette base servait aux scientifiques norvégiens qui étudiaient la calotte glaciaire et les conditions climatiques de cette région isolée. Au milieu de ces paysages immenses, ce petit bâtiment témoigne des premières grandes campagnes de recherche menées dans le Haut-Arctique.
Après cette visite, le Nanook a repris sa route vers le nord-est. Quelques heures plus tard, nous atteignions Phippsøya, l’une des Sept Îles, l’archipel le plus septentrional du Svalbard. À plus de 80°40’ de latitude nord, nous avions la sensation d’être arrivés au bout du monde, à quelques centaines de kilomètres seulement du pôle Nord.
Une nouvelle sortie en zodiac nous a permis d’explorer les rivages de cette île sauvage. Très vite, les observations se sont multipliées. Des dizaines de morses occupaient les lieux, des femelles et des jeunes de différentes maturités. Certains se reposant sur un îlot rocheux tandis que d’autres évoluaient dans les eaux froides qui nous entouraient. Nous avons pris le temps de les observer longuement, fascinés par tant de nature brute. Observer ces animaux emblématiques dans leur habitat naturel, à une latitude aussi élevée, est un privilège rare qui nous rappelle combien le Svalbard est un territoire exceptionnel.

De retour à bord, Antoine nous a proposé une présentation consacrée à la biologie des deux espèces observées aujourd’hui : le renne du Svalbard et le morse. Grâce à ses explications, nous comprenons désormais mieux les incroyables adaptations qui permettent à ces animaux de survivre dans un environnement aussi exigeant. La journée s’est achevée autour d’un agréable dîner pendant que le Nanook poursuivait sa route toujours plus à l’est. En fin de soirée nous atteignons ainsi l’île Karl XII que nous explorerons demain matin.
La journée débute sous une mer bien formée alors que nous mettons le cap sur l’île Charles XII. La houle est importante et l’embarquement dans les zodiacs demande un peu d’agilité. Grâce au professionnalisme de l’équipage et de nos guides, chacun prend place en toute sécurité pour partir à la découverte de ce site isolé du nord-est des Svalbard. Nous effectuons le tour complet de l’île Charles XII, dont la géographie illustre parfaitement le caractère dynamique des paysages arctiques. Autrefois constituée de deux îles distinctes, elle est aujourd’hui réunie par un tombolo, une langue de sable et de graviers façonnée par les courants marins et les vagues. Ce phénomène naturel a progressivement relié les deux terres, créant un paysage original où les falaises rocheuses plongent dans une mer aux couleurs changeantes. Sous une lumière éclatante, malgré la houle, les reliefs escarpés offrent un spectacle saisissant.
L’après-midi, nous repartons en zodiac vers les îles de Foyn et de Broch. Le vent reste frais et la mer encore agitée, mais les conditions n’entament en rien notre enthousiasme. Les falaises sombres, les rochers polis par les glaces et les lumières du soleil composent des paysages d’une grande beauté.
Très vite, nous découvrons de vastes rassemblements de morses. Des centaines d’individus évoluent autour de nous ou se reposent dans l’eau, essentiellement des femelles accompagnées de leurs jeunes. Observer ces immenses mammifères marins dans leur environnement naturel est un véritable privilège.
Puis survient un événement aussi inattendu qu’impressionnant. Alors que nous observons tranquillement une échouerie, un imposant morse surgit soudainement derrière notre zodiac. En quelques secondes, il vient heurter puis mordre vigoureusement le capot du moteur. La surprise est générale ! Après ce geste aussi rapide qu’inattendu, l’animal disparaît aussitôt sous l’eau comme il était apparu. Plus de surprise que de frayeur pour notre équipage, et si le moteur n’a subi aucun dommage, son capot conservera désormais une belle cicatrice, souvenir insolite de cette rencontre très rapprochée avec l’un des géants de l’Arctique.
De retour à bord du Nanook, Christophe nous propose une conférence consacrée à l’Arctique. À travers ses explications, nous approfondissons notre compréhension de cette région fascinante : sa géographie, son fonctionnement physique, la formation de la banquise et des glaciers, mais aussi les enjeux politiques et stratégiques qui font aujourd’hui de l’Arctique un territoire au cœur de nombreuses préoccupations internationales.
Après le dîner, notre navigation nous conduit jusqu’aux abords de Storøya. Peu à peu, un épais brouillard enveloppe le navire et les paysages disparaissent dans une atmosphère presque irréelle. Ce voile de brume donne à cette arrivée une ambiance mystérieuse, rappelant combien l’Arctique sait changer de visage en quelques instants.
Une journée riche en émotions, marquée par des paysages grandioses, d’impressionnants rassemblements de morses et une rencontre aussi brève qu’inoubliable qui alimentera sans aucun doute les conversations à bord pendant longtemps.
Nous avons passé la nuit au mouillage devant l’île de Storøya, tout au nord-est du Svalbard. À notre arrivée la veille au soir, un épais brouillard enveloppait les paysages.
Au réveil, la visibilité s’était légèrement améliorée, alternant entre éclaircies et bancs de brume. Malgré ces conditions changeantes, nos guides ont confirmé le programme prévu : aujourd’hui serait une véritable journée d’expédition.
L’objectif était ambitieux : effectuer le tour de l’île de Storøya en zodiac, soit près de 40 kilomètres de navigation. Avant le départ, Christophe et Antoine nous avaient prévenus : il fallait s’attendre à passer entre quatre et six heures sur l’eau, dans le froid, avec un pique-nique embarqué, des réserves d’eau et même du carburant supplémentaire. L’aventure s’annonçait aussi exigeante qu’exceptionnelle, et chacun était impatient de prendre le départ.
Vers 10 heures, nos zodiacs ont quitté le Nanook. Très rapidement, la journée a commencé de la plus belle des façons. Les observations de morses se sont succédé presque sans interruption. Nous avons rencontré plusieurs groupes, principalement composés de femelles accompagnées de leurs jeunes. L’un des rassemblements était particulièrement impressionnant : plus d’une centaine de morses occupaient une même plage : un spectacle incroyable !

Au fil de notre progression, la silhouette de la calotte glaciaire de Storøya est apparue devant nous. Cette immense masse de glace domine une grande partie de l’île !
C’est au pied de cette spectaculaire falaise de glace que nous avons fait une pause pour déjeuner, savourant nos sandwichs dans un décor dont il est difficile de se lasser.
L’après-midi, le brouillard est progressivement devenu plus dense, donnant à la navigation une atmosphère presque irréelle. Peu après avoir repris notre route, nous sommes tombés sur la carcasse d’un morse. Ses longues défenses étaient encore intactes, mais le corps portait déjà les marques des charognards et des prédateurs. Tout autour, de nombreuses empreintes d’ours polaire.
Quelques instants plus tard, l’émotion est montée d’un cran. Au loin, un ours polaire est apparu furtivement dans la brume. Seuls trois d’entre nous ont eu le temps de l’apercevoir avant qu’il ne disparaisse derrière le relief, ne laissant que quelques secondes de cette rencontre aussi brève qu’intense. Ici, la nature ne se montre jamais tout à fait quand on l’attend, et c’est aussi ce qui rend chaque observation si précieuse.

Nous avons poursuivi notre navigation dans un brouillard toujours plus épais. Puis, comme un dernier cadeau de la journée, un magnifique arc-en-brume est apparu devant nous. Plus discret qu’un arc-en-ciel, ce phénomène rare, formé par les minuscules gouttelettes d’eau en suspension dans le brouillard, semblait flotter au-dessus de la mer et ajoutait encore à l’atmosphère presque magique de cette expédition.
La fin de la navigation s’est révélée tout aussi mémorable. Le Nanook était totalement invisible, englouti par la brume. Guidés uniquement par le GPS et l’expérience de nos guides, nous avons poursuivi notre route jusqu’à retrouver le navire après près de cinq heures et demie passées sur l’eau. Fatigués mais enthousiastes, nous avons regagné nos cabines avec le sentiment d’avoir vécu une véritable aventure polaire.
En fin d’après-midi, Antoine nous a proposé une conférence consacrée à l’histoire du Svalbard. Après cette journée riche en émotions, cette présentation nous a permis de mieux comprendre les explorations, les expéditions et les activités humaines qui ont marqué cet archipel au fil des siècles.
Le Nanook restera encore quelques heures au mouillage devant Storøya, avant de lever l’ancre aux alentours de 23 heures pour poursuivre sa route. Demain matin, un nouveau paysage nous attendra, fidèle à l’esprit de cette expédition où chaque journée apporte son lot de découvertes et de surprises.
Après avoir navigué jusque tard dans la soirée, le Nanook est venu mouiller dans le calme du Palanderfjorden.
Suite au petit-déjeuner, nous avons débarqué pour une randonnée d’environ sept kilomètres à travers la toundra arctique.
Notre objectif : Atteindre la calotte glaciaire qui domine cette partie du paysage. Tout au long de la marche, nos guides nous ont fait découvrir les nombreux témoins du passé géologique de l’archipel. Nous avons observé plusieurs fossiles marins, rappelant qu’il y a des millions d’années ces terres étaient recouvertes par les océans. Les reliefs façonnés par le rebond isostatique, phénomène qui voit les terres se relever progressivement depuis la disparition des grandes calottes glaciaires de la dernière période glaciaire, étaient également particulièrement visibles et donnaient une nouvelle dimension à notre compréhension de ces paysages.
De retour à bord, nous avons repris la mer en direction de l’une des falaises les plus célèbres du Svalbard : Alkefjellet. En début d’après-midi, les zodiacs nous ont conduits au pied de ces impressionnantes parois basaltiques, parmi les plus spectaculaires de l’archipel. Des dizaines de milliers de guillemots de Brünnich occupaient chaque corniche disponible. On estime que plus de 70 000 individus nichent ici durant l’été, transformant la falaise en une véritable cité d’oiseaux. Le vacarme des cris, les allées et venues incessantes des adultes et la présence de nombreux poussins rendaient le spectacle particulièrement vivant.

La sortie nous a également réservé une belle surprise avec l’observation d’un renard polaire évoluant au pied des falaises, probablement à la recherche d’œufs, une importante source de nourriture durant la saison de reproduction.

Les eaux au pied d’Alkefjellet étaient elles aussi riches en vie. Nous sommes passés de la théorie à la pratique. Nos passagers, penchés sur les boudins des zodiacs ont pu observer une quantité énorme de zooplancton. Des ctenophores réfractant la lumière, des Beroe d une dizaine de cm, véritables prédateurs des mers, des Anges de mer, des méduses rouges de l Arctique ….Et ces diatomées qui utilisent la lumière estivale pour se développer en abondance. Tout ce petit monde constituant la base de la chaîne alimentaire dont dépendent poissons, oiseaux marins, phoques et même les plus grands cétacés.
En fin d’après-midi, Antoine est revenu sur cette extraordinaire richesse naturelle en nous proposant une présentation consacrée aux oiseaux du Svalbard. Nous avons ainsi approfondi nos connaissances sur les principales espèces rencontrées depuis le début de l’expédition.
Après le dîner, le Nanook a repris sa route vers le nord. En début de soirée, nous avons atteint Kinnvika, dans le Murchisonfjorden, où nous avons jeté l’ancre pour la nuit. Dans le calme de ce mouillage isolé.
Nous avons passé la nuit au mouillage dans le paisible Murchisonfjorden. Au réveil, les eaux calmes du fjord et les montagnes offrent un décor d’une sérénité absolue. Après le petit-déjeuner, nous débarquons à Kinnvika, l’une des anciennes bases scientifiques les plus emblématiques de l’Arctique. Construit à l’occasion de l’Année Géophysique Internationale de 1957-1958, ce camp de recherche accueillait des scientifiques venus étudier le climat, la météorologie, la glaciologie et le magnétisme terrestre dans cette région isolée du monde. Les bâtiments, remarquablement conservés, témoignent de cette grande aventure scientifique et permettent d’imaginer la vie quotidienne de ces chercheurs qui passaient de longs mois dans des conditions particulièrement exigeantes.

Notre groupe se sépare alors en deux. Les plus sportifs entreprennent l’ascension du Kinnberget. En chemin, nous faisons une halte devant un site remarquable abritant des stromatolites, parmi les plus anciennes formes de vie connues sur Terre. Ces structures rocheuses, construites par des colonies de cyanobactéries il y a plusieurs milliards d’années, constituent de véritables archives de l’histoire de notre planète. Se retrouver face à ces témoins des premiers temps de la vie est un moment particulièrement intéressant.
L’ascension se poursuit jusqu’au sommet du Kinnberget, où nos efforts sont largement récompensés. Le panorama est tout simplement exceptionnel. À nos pieds s’étend le Kinntjørna (Kinnvatnet), encore largement gelé, dont la surface bleutée contraste avec les reliefs sombres des montagnes environnantes. Au loin, les glaciers, les fjords et l’immensité du paysage arctique composent un tableau grandiose.
Pendant ce temps, l’autre groupe profite d’une sortie en zodiac dans les lagunes qui bordent Kinnvika. Cette navigation permet d’observer la richesse de la faune locale, avec notamment un renne du Svalbard surpris en pleine traversée de la toundra. Un labbe arctique, fidèle à son tempérament territorial, n’hésite pas à le harceler en multipliant les attaques en piqué, offrant une scène aussi surprenante qu’instructive sur les interactions entre les espèces de l’Arctique. Le renne était trop proche du nid, il a rapidement déguerpi.

Après le déjeuner, nous mettons le cap vers Sorgfjorden pour débarquer à Eolusneset, un site où se mêlent nature et histoire. Ce lieu est connu pour avoir été le théâtre, en 1693, d’une bataille navale entre les flottes française et hollandaise, dans un contexte de rivalité autour de la chasse à la baleine. Aujourd’hui encore, de nombreuses tombes rappellent cette période. Le pergélisol empêchant de creuser profondément le sol, les baleiniers décédés étaient simplement déposés au sol puis recouverts d’un amas de grosses pierres afin de protéger leurs dépouilles des animaux et des intempéries. Ces sépultures, toujours visibles plus de trois siècles plus tard, constituent un témoignage poignant de la rudesse de la vie dans ces contrées polaires. Un peu plus loin vers les grandes lagunes qui bordent la mer, nous observons de nombreux eiders à duvet, des plongeons catmarin et quelques autres limicoles.

En fin d’après-midi, de retour à bord du Nanook, Christophe nous invite à découvrir un domaine scientifique encore peu connu : l’acoustique sous-marine. Sa conférence nous révèle comment les sons voyagent dans l’océan, comment les mammifères marins communiquent et comment cette discipline relativement récente est devenue essentielle pour mieux comprendre et protéger les écosystèmes marins de l’Arctique.Une journée particulièrement riche, mêlant découverte scientifique, randonnée dans des paysages grandioses, rencontres avec la faune et plongée dans l’histoire des premiers hommes venus affronter les mers glacées du Svalbard.
Jeudi 2 juillet
Après une nuit paisible au mouillage dans le Bockfjorden, nous avons débuté cette nouvelle journée par un débarquement à terre. Le soleil était une nouvelle fois au rendez-vous et les paysages, mêlant montagnes sombres, glaciers et toundra, offraient un décor exceptionnel.
Notre randonnée nous a conduits à la découverte de l’une des particularités géologiques du Svalbard : les sources chaudes du Bockfjorden. Témoins d’un ancien volcanisme, elles constituent un phénomène étonnant qui rappelle que l’histoire géologique de l’archipel est bien plus complexe qu’il n’y paraît.
Au fil de notre marche, nous avons également pris le temps d’observer la flore arctique. La toundra était parsemée de petites fleurs qui coloraient discrètement le paysage. Nous avons notamment découvert la silène acaule, la dryade à huit pétales ainsi que plusieurs autres espèces parfaitement adaptées à la courte saison estivale.
Nous avons ensuite repris les zodiacs pour rejoindre une langue morte de glacier située un peu plus loin dans le fjord. Après avoir débarqué, nous avons pu marcher quelques instants au pied de cette glace, c’était grandiose !
De retour à bord pour le déjeuner, le Nanook a repris sa route pendant environ deux heures avant d’atteindre le spectaculaire glacier de Monaco. Dominant le fond du Liefdefjorden, cette immense façade de glace nous a une nouvelle fois impressionnés par sa puissance. De fréquents vêlages faisaient résonner le fjord, tandis que d’énormes blocs de glace rejoignaient les eaux dans un grondement saisissant.
Le glacier attirait également une multitude d’oiseaux marins. Des centaines de mouettes tridactyles tournaient au-dessus des eaux, profitant des remontées de nourriture provoquées par les vêlages. Au milieu de cette agitation, nous avons eu l’immense privilège d’observer une mouette de Sabine, une espèce rare et très recherchée par les passionnés d’ornithologie.
Pour célébrer cette magnifique journée, nos guides nous avaient réservé une petite surprise. Alors que nous admirions le glacier dans une lumière superbe, ils ont sortis des coffre des zodiacs, des bouteilles ! Afin de porter un toast à cette nouvelle journée d’expédition. Un moment convivial, dans un cadre grandiose.
Le Nanook a ensuite repris une longue navigation vers le sud. Pendant la traversée, Antoine nous a raconté la fascinante histoire de l’expédition d’Andrée. En 1897, l’ingénieur suédois Salomon August Andrée tenta de rejoindre le pôle Nord à bord du ballon Örnen. Cette aventure audacieuse et tragique demeure l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire de l’exploration polaire.
Alors que la soirée touchait à sa fin, une dernière surprise nous attendait. Vers 22 heures, nos guides nous annoncèrent qu’un ours polaire venait d’être repéré sur l’île d’Indre Norskøya. À peine avions-nous commencé à l’observer que deux autres ours furent aperçus sur une île voisine. Pendant de longues minutes, nous avons eu la chance exceptionnelle d’admirer ces trois géants de l’Arctique évoluant dans leur environnement naturel. Un moment rare, qui restera l’un des grands souvenirs de cette expédition.
Aux alentours de 23 heures, chacun a regagné sa cabine, le sourire aux lèvres. Le Nanook poursuivait désormais sa route toute la nuit en direction de l’Isfjorden.
Après avoir navigué toute la nuit, nous nous réveillons au sud de Sarstangen. Ce long cordon littoral marque l’entrée d’un secteur peu profond où la navigation demande une attention toute particulière. Grâce au faible tirant d’eau du Nanook, notre navire est en mesure d’emprunter ce passage délicat, inaccessible à des bâtiments de plus fort tonnage.
Alors que nous profitons tranquillement du petit-déjeuner, Christophe fait soudain irruption dans la salle à manger avec une annonce qui ne laisse personne indifférent. En quelques secondes, les tasses de café sont abandonnées et chacun se précipite sur les ponts, appareil photo et jumelles à la main.
Le spectacle qui nous attend est tout simplement extraordinaire.
Des dizaines de bélugas entourent le Nanook. Les silhouettes blanches apparaissent puis disparaissent à la surface de l’eau, dans un ballet aussi discret qu’élégant. Malgré leur réputation d’animaux difficiles à observer, ils évoluent tout autour du navire sans montrer la moindre inquiétude. Nous distinguons leur souffle, leurs dos immaculés et parfois même plusieurs individus nageant de concert. Très vite, nous comprenons que nous assistons à une véritable scène de chasse. Les bélugas poursuivent des bancs de poissons, coordonnant leurs déplacements avec une remarquable efficacité. Le groupe se disperse puis se reforme, les animaux plongeant et réapparaissant sans cesse autour du bateau. Cette proximité exceptionnelle nous permet d’observer leur comportement dans des conditions idéales, un privilège rare dans ces eaux arctiques.

Pendant de longues minutes, personne ne quitte le pont. Les appareils photo crépitent, mais chacun prend aussi le temps de simplement contempler cet instant hors du temps. Voir autant de bélugas évoluer librement autour du navire est sans doute l’un des plus beaux cadeaux que l’Arctique pouvait nous offrir.
Cette matinée nous rappelle une fois encore que, dans le Grand Nord, les plus belles rencontres sont souvent celles que l’on n’attend pas. Alors que la journée semblait commencer paisiblement, elle s’est transformée en un moment d’émerveillement collectif qui restera gravé dans les mémoires de tous les voyageurs du Nanook.
Après cette matinée exceptionnelle passée en compagnie des bélugas, nous mettons le cap vers la rive sud de l’Isfjorden pour découvrir Colesbukta. Nous débarquons dans cette ancienne station minière soviétique, aujourd’hui abandonnée. Peu à peu, la nature reprend possession des lieux. Les bâtiments désertés, les anciennes installations portuaires et les vestiges de l’exploitation du charbon racontent une page importante de l’histoire des Svalbard. L’atmosphère qui règne dans cette ville fantôme est saisissante : le silence n’est rompu que par le vent et les cris des oiseaux marins, donnant l’impression que le temps s’est arrêté.

Au fil de notre promenade, plusieurs rennes des Svalbard viennent compléter cette visite historique. Peu farouches, ils se laissent observer à courte distance, broutant paisiblement la végétation de la toundra. De nombreuses espèces d’oiseaux animent également les alentours, apportant une touche de vie à ce paysage marqué par l’abandon des activités humaines.
En fin d’après-midi, il est temps de reprendre la navigation vers Longyearbyen.

Au fil des milles, chacun contemple une dernière fois les montagnes, les glaciers et les fjords qui nous ont accompagnés tout au long de cette aventure. Nos guides nous font un récapitulatif absolument génial en images, sur les moments les plus marquants de l’expédition : les ours polaires, les morses, les phoques, les bélugas, les glaciers monumentaux, la banquise et les passagers eux-mêmes ne sont pas oubliés.
Notre retour à Longyearbyen marque la fin de cette extraordinaire exploration des Svalbard.
Au-delà des observations naturalistes et des découvertes historiques, ce voyage nous aura permis de vivre l’Arctique au plus près, dans toute sa grandeur, sa fragilité et son authenticité. Nous repartons avec des souvenirs inoubliables, des images plein les yeux et le sentiment d’avoir eu le privilège de découvrir l’une des dernières grandes régions sauvages de notre planète.
Suivez nos voyages en cours, grâce aux carnets de voyages rédigés par nos guides.
Messages
Il n'y a pas de messages pour le moment
N'hésitez pas à leur en laisser un !