Rémi Suchowierch
Guide naturaliste
2 juin
11 juin 2026
Rémi Suchowierch
Guide naturaliste
Élodie Marcheteau
Géologie
Après plusieurs heures de voyage vers le grand Nord, l’émotion grandit à mesure que l’avion entame sa descente vers Longyearbyen. Par les hublots apparaissent les premières montagnes du Spitzberg, encore largement couvertes de neige, découpées sous un ciel chargé de nuages. Peu à peu, les vallées glaciaires, les fjords et les étendues sauvages du Svalbard se dévoilent. Pour beaucoup, c’est la première rencontre avec l’Arctique. Un moment attendu depuis longtemps, où l’on réalise enfin que ces terres lointaines, souvent imaginées au fil des cartes et des récits d’exploration, sont désormais bien réelles.

À l’arrivée, Longyearbyen surprend immédiatement. Isolée au fond de l’Isfjord, cette petite communauté d’environ 2 500 habitants semble minuscule face à l’immensité des paysages qui l’entourent. Les maisons colorées apportent une touche de vie au milieu des montagnes sombres et des versants encore enneigés. Partout, les traces de l’histoire minière rappellent le passé de cette ville née de l’exploitation du charbon au début du XXe siècle sous l’impulsion de l’homme d’affaires américain John Munroe Longyear. Aujourd’hui tournée vers la recherche scientifique, le tourisme et les activités polaires, Longyearbyen demeure l’une des portes d’entrée les plus fascinantes vers le Haut-Arctique.

La journée s’écoule au rythme de cette première découverte. Chacun s’imprègne de l’atmosphère si particulière du Svalbard, de son silence, de sa lumière diffuse et de cette sensation permanente d’être aux confins du monde habité. Puis, en fin d’après-midi, vient le moment tant attendu de rejoindre le navire. Sur les quais, l’excitation est palpable. Les derniers préparatifs s’achèvent tandis que les passagers embarquent avec le sentiment que l’aventure commence véritablement.
Lorsque le navire quitte Longyearbyen et s’engage dans l’Isfjord, le ciel demeure couvert, baignant les paysages d’une lumière douce et uniforme. La mer est calme et les montagnes enneigées se reflètent par endroits à la surface de l’eau. Ici, à cette période de l’année, le soleil ne se couche plus. Le jour est désormais permanent, brouillant peu à peu nos repères habituels et rappelant que nous n’avons jamais été aussi proche du Pôle Nord.
Très vite, la faune vient accompagner notre progression. Des fulmars boréaux apparaissent autour du bateau, glissant avec élégance dans les courants d’air sans presque battre des ailes. Leur présence constante semble nous escorter vers le large. Plus loin, de nombreux mergules nains traversent le fjord en petits groupes compacts. Leurs silhouettes sombres filent au ras de l’eau avec une énergie étonnante, contrastant avec la quiétude du paysage. Des guillemots de Brünnich sont également observés à plusieurs reprises, flottant à la surface ou disparaissant soudainement sous l’eau à la recherche de nourriture. Ces premières rencontres avec la faune du Svalbard captivent immédiatement les regards, dont beaucoup découvrent pour la première fois les oiseaux emblématiques de l’Arctique.

Alors que Longyearbyen disparaît progressivement derrière les montagnes, chacun profite de ces premières heures en mer pour contempler les paysages qui défilent lentement. Les sommets enneigés, les vagues naissantes vers l’embouchure de l’Isfjord et l’activité incessante des oiseaux marins composent les premières images de cette expédition. Le Spitzberg commence à dévoiler son caractère : un territoire austère et magnifique, où chaque instant invite à l’observation et à l’émerveillement. L’aventure ne fait que commencer.
Pour ce premier réveil en Arctique, nous découvrons la magnifique baie du 14 Juillet, ainsi nommée par le prince Albert Ier de Monaco lors de ses campagnes océanographiques au Svalbard à la fin du XIXe siècle, en hommage à la fête nationale française. Face à nous se dresse le spectaculaire glacier du 14 Juillet, dont le front de glace plonge directement dans les eaux du fjord. L’enthousiasme est palpable à bord malgré une météo grise et venteuse qui n’entame en rien notre motivation. Après le petit-déjeuner, les zodiacs sont mis à l’eau et nous entamons notre première croisière au cœur de cet environnement polaire fascinant.

Très vite, la faune arctique nous offre un premier cadeau : un jeune morse repose seul sur un minuscule glaçon dérivant dans la baie. Après une approche tout en douceur, nous avons le bonheur de l’observer à quelques mètres seulement. Les premières espèces d’oiseaux marins sont ensuite présentées par notre équipe d’expédition : eiders à duvet, guillemots à miroir et fulmars boréaux se succèdent sous nos regards émerveillés. Nous longeons ensuite le majestueux front glaciaire dont les séracs et les crevasses révèlent d’incroyables nuances de bleu azur. Plus tard dans la matinée, malgré une houle soutenue à l’entrée de la baie, nous observons à distance respectueuse une impressionnante colonie de mouettes tridactyles accompagnées de macareux moines et de guillemots de Brünnich. Une entrée en matière remarquable pour cette première découverte de la faune du Grand Nord.

L’après-midi, nous débarquons à Camp Zoé, où se trouve la cabane du célèbre trappeur Henry Rudi. Surnommé le « Roi des ours polaires », ce Norvégien fut l’un des plus célèbres chasseurs et trappeurs du Svalbard durant la première moitié du XXe siècle. Sa cabane témoigne encore aujourd’hui de la vie rude et isolée des hivernants de l’époque. Autour de nous, la neige se retire progressivement de la toundra moelleuse, laissant apparaître mousses, lichens et les premières saxifrages qui apportent leurs touches de couleur au paysage encore marqué par l’hiver. Après une courte ascension, nous atteignons un superbe point de vue dominant les environs, avec en toile de fond le magnifique glacier suspendu Tynarbreen. La météo s’embellit progressivement, le vent tombe et une douce lumière vient illuminer montagnes et vallées.
Sur le chemin du retour, nous découvrons un ancien piège à renard, discret témoignage des trappeurs qui parcouraient ces terres reculées au siècle dernier. Deux lagopèdes mâles, encore vêtus de leur plumage hivernal d’un blanc immaculé, sont aperçus furtivement avant de disparaître dans le relief.

Mais la plus grande surprise de la journée nous attend encore. Alors que nous remontons à bord des zodiacs et que Rémi annonce le retour vers le navire, un ours polaire apparaît soudain. Tel un fantôme surgissant du paysage arctique, il avance avec une aisance et une élégance impressionnantes. Nous restons fascinés par la puissance tranquille et l’agilité du seigneur de l’Arctique. Soucieux de ne pas perturber son comportement naturel, nous regagnons rapidement le navire afin d’assurer notre sécurité tout en respectant la quiétude du plantigrade.

En début de soirée, le commandant nous fait l’honneur de sa présence pour le traditionnel verre de bienvenue. Ce moment convivial marque officiellement le début de notre expédition. Après une première journée déjà riche en émotions, en rencontres animalières et en paysages grandioses, chacun mesure la chance de vivre une telle aventure au cœur du monde arctique.
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